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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

L'émulation et la sympathie imitative comme méthode
Anne Querrien   L'Ecole mutuelle - Une pédagogie trop efficace ?
Les empêcheurs de penser en rond 2005 /  19 € - 124.45 ffr. / 181 pages
ISBN : 2-84671-133-X
FORMAT : 14,0cm x 20,5cm

L'auteur du compte rendu: Guy Dreux est professeur certifié de Sciences Economiques et Sociales en région parisienne (92). Il est titulaire d'un DEA de sciences politiques sur le retour de l'URSS d'André Gide.
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L'organisation et la sélection scolaires, les niveaux et rythmes pédagogiques, l'adéquation entre les contenus et les méthodes ou encore l'autorité professorale apparaissent comme autant d'éléments nécessaires à toute institution éducative. Aussi, si l'apprentissage efficace des savoirs nécessaires à la vie sociale et professionnelle semble être l'objectif légitime de toute institution scolaire, l'histoire de l'éducation offre des épisodes qui permettent d'entrevoir des buts moins évidents, plus cachés.

L'ouvrage de Anne Querrien s'inscrit dans une démarche peu conforme : dévoiler des aspects de la nature du système scolaire à partir de certains de ses refus. En l'occurrence, présenter l'histoire d'une méthode d'enseignement qui, bien qu'ayant fait ses preuves, à cause même de son succès selon l'auteur, a lentement disparu du système scolaire comme d'une bonne partie de son histoire. Cette histoire est celle des écoles mutuelles, plus précisément d'une méthode dite mutuelle, initiée par Jean-Baptiste de la Salle. Si la méthode classique reposait sur une relation personnelle entre le maître et son élève, l'objectif de l'instruction de l'ensemble des enfants rendait indispensable la définition de nouvelles méthodes capables de soutenir un enseignement réellement collectif.

Si la méthode simultanée, où la lecture est collective et doit être suivie par tous, est une innovation importante, elle ne transforme pas la place centrale de l'autorité du maître. Or c'est ce que remet en cause la méthode mutuelle. C'est là le point décisif. En organisant la collaboration de chaque élève dans l'apprentissage des autres, en les confrontant à ce qu'ils comprennent mais aussi à ce que les autres ne comprennent pas, elle rend les élèves sans cesse actifs. "[L'élève] se corrige par l'exemple d'autrui, il corrige son camarade par son exemple, il est tenu incessamment en haleine pour l'action et la révision. […] En dirigeant, ils se rendent compte à eux-mêmes de ce qu'ils ont appris, c'est-à-dire exécutent réellement l'exercice nécessaire pour bien savoir." explique un article paru dans Le Moniteur en 1818, signé par le ministre de l'Intérieur.

Au fond, cela revient à remplacer l'autorité de l'enseignant par l'hétérogénéité active de la classe. Son examen permanent, dans l'émulation et la sympathie imitative, permet de se dispenser du maître ou, plus précisément, d'établir un autre type de rapport au maître, et à travers lui, un autre type de rapport au savoir. Se plaçant dans une perspective foucaldienne, Anne Querrien insiste sur les dispositifs scolaires qui visent, au-delà ou à travers les nécessités de l'apprentissage, à disciplinariser les corps et les esprits. Enjeux que révèle précisément l'efficacité et les succès mêmes de la méthode mutuelle : en permettant, en effet, à un plus grand nombre d'élèves d'apprendre à lire, écrire et compter dans un laps de temps réduit, on finira, en effet, par reprocher à cette méthode d'être potentiellement source de désoeuvrement et finalement de désordre, et ce d'autant plus que les élèves n'auront pas assimilé le respect nécessairement dû au maître.

Histoire scolaire donc, mais aussi histoire sociale plus générale où il s'agit de repérer le rapport aux familles, notamment les plus pauvres, le rapport au travail qu'établit l'institution scolaire et finalement de mieux comprendre "le principe d'autorité dans la société" et "le mode de circulation de cette autorité".


Guy Dreux
( Mis en ligne le 03/02/2006 )
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