L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Samedi 20 juillet 2019
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Vichy avant Vichy : le cas du contrôle des moeurs
Marc Boninchi   Vichy et l'ordre moral
PUF 2005 /  28 € - 183.4 ffr. / 318 pages
ISBN : 2-13-055339-7
FORMAT : 15,0cm x 21,5cm

Préface de Gérard Noiriel.

L’auteur du compte rendu : Mathilde Larrère est maître de conférences en Histoire contemporaine à l'université Paris XIII et à l'IEP de Paris.

Imprimer

Marc Boninchi rassemble dans son ouvrage l’analyse de plusieurs lois du régime de Vichy, lois qu’il qualifie «d’ordre moral», à savoir la répression de l’adultère, de l’abandon de famille, de l’homosexualité, de la prostitution, de l’alcoolisme et de l’avortement. Si les discours officiels, la propagande, ont déjà fait l’objet de nombreux travaux, l’auteur, historien du droit, parvient à renouveler l’approche de ses questions. S’appuyant sur des archives inédites du ministère de la Justice, il s’attache à suivre les travaux préparatoires de ces lois, à en déterminer les impulsions pour en éclairer la genèse. Il suit ensuite l’application de ses lois par les juges (magistrats du parquet comme du siège).

Le premier apport de son travail est de montrer qu’en dépit de la cohérence apparente de cette politique répressive, moralisatrice, familiale, n’hésitant pas à s’immiscer dans la vie privée des individus, on ne saurait y voir l’application d’une politique volontariste, impulsée par le régime, comme pourraient le faire croire les nombreux discours officiels. Bien au contraire, les diverses lois ou circulaires n’ont quasi jamais été prises à l’initiative de l’un des dirigeants de Vichy, lesquels se désintéressaient en fait de la politique familiale. Le contraste entre les discours familiaux de Vichy et la faiblesse des réalisations concrètes - Pétain allant même jusqu’à supprimer le ministère de la famille créé à la fin de la République ! – est un des intérêts de l’ouvrage. L’impulsion de la législation d’ordre moral fut le fait de personnalités diverses, et la fabrication de la loi resta sous le contrôle de l’administration judiciaire, les ministres se contentant de donner leur aval. Le régime de Vichy a sans aucun doute libéré les énergies des défenseurs traditionnels de l’ordre moral et d’une certaine conception de la famille, qui ont pu profiter de la destruction de l’Assemblée législative et de l’absence de débat public et contradictoire pour imposer leurs positions. Ce faisant, Marc Boninchi révèle une fois de plus l’autonomie de l’appareil administratif sous Vichy, et plus encore de sa sphère judiciaire. Il démontre aussi la grande latitude des juges dans l’application des lois, dont parfois ils suivent, quand ils ne la renforcent pas, l’orientation répressive (c’est le cas pour l’adultère, l’homosexualité), mais qu’ils peuvent aussi vider de son sens (les juges refusent ainsi de reconnaître l’état d’ivresse comme une circonstance aggravante lors d’un délit).

Mais ce que Marc Boninchi vise surtout à démontrer tient à la continuité entre la législation de Vichy et la législation républicaine. Il en fait un de ses arguments centraux, dans son chapitre introductif et dans sa conclusion, ce qui est repris et valorisé par Gérard Noiriel dans sa préface, satisfait de rajouter une pierre dans son jardin des Origines républicaines de Vichy. La thèse est au début convaincante. Il montre bien comment, dans l’entre-deux-guerres, et très nettement en 1939, la IIIe république a inauguré une politique familiale et d’ordre moral, et amorcé l’intervention de l’Etat dans la vie privée des individus, au nom de «l’intérêt national». Il insiste ainsi sur les dispositions répressives du code de la Famille de 1939, qui visaient déjà l’avortement, l’abandon de famille et l’alcoolisme, mais surtout sur la préparation d’une loi contre l’homosexualité dès 1939, qui n’aboutit pas du seul fait de la guerre.

Malheureusement, cette problématique fort stimulante résiste mal à l’examen, chapitre après chapitre, des différentes lois de Vichy. Car, à chaque fois, l’auteur insiste sur le caractère de rupture que représente la législation de l’Etat français et son application par les juges. La loi de 1939 sur l’homosexualité (qui ne fut pas adoptée) reposait certes sur d’indéniables présupposés homophobes, mais se présentait avant tout comme une loi de protection des mineurs : elle pénalisait les relations homosexuelles entre un adulte majeur et un mineur. La loi de 1942 relève, elle, d’une logique étrangère à la protection des personnes, mais bien d’un impératif de morale publique et d’une volonté de normalisation des comportements sexuels. Elle instaure un authentique interdit sexuel.

D’autre part, mettre sur le même plan la répression contre l’alcoolisme, ou contre l’abandon de famille et celles contre l’homosexualité ou l’adultère peut se justifier mais soulève quand même quelques problèmes. Les premières relèvent de la protection de la santé publique ou des individus, quand les secondes ne sont qu’affaires de morale. Aussi, la question de la continuité républicaine de l’une ou de l’autre ne saurait-elle se poser dans les mêmes termes. Que les tentations répressives et moralisatrices aient pu exister dans la société d’avant Vichy, dans des groupes de pressions, et que Vichy aient été l’occasion de les faire aboutir est un fait que Marc Boninchi démontre bien. Mais on ne saurait y lire les origines «républicaines» des lois répressives de l’Etat français.

L’auteur soulève également la question du maintien d’une partie de cette législation en dépit de la restauration de la légalité républicaine : la loi sur l’homosexualité persiste ainsi dans le droit français, et ce jusqu’en 1982. Mais à nouveau, il ne faut pas comparer sans nuances au maintien de la répression de l’alcoolisme ou de l’abandon de famille après 1945, à l’appui d’une thèse sur la continuité entre Vichy et la république.


Mathilde Larrère
( Mis en ligne le 13/03/2006 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • Les origines républicaines de Vichy
       de Gérard Noiriel
  • Le Vice ou la vertu
       de Cyril Olivier
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2019
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd