L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Jeudi 22 février 2024
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Retour sur le coup de poignard...
Pierre Jardin   Aux racines du mal - 1918. Le déni de défaite
Tallandier 2005 /  27 € - 176.85 ffr. / 639 pages
ISBN : 2-84734-158-7
FORMAT : 14.5 21.5 cm

L'auteur du compte rendu : Agrégé d’histoire et titulaire d’un DESS d’études stratégiques (Paris XIII), Antoine Picardat est professeur en lycée et maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Ancien chargé de cours à l’Institut catholique de Paris, à l’université de Marne la Vallée et ATER en histoire à l’IEP de Lille, il a également été analyste de politique internationale au ministère de la Défense.
Imprimer

La Première Guerre mondiale a constitué la déchirure dont sont sorties les pires catastrophes du XXe siècle : régime communiste, fascisme, nazisme et Seconde Guerre mondiale. C’est un fait entendu. En Allemagne, le traumatisme de la défaite et l’opprobre qui a marqué la république de Weimar dès sa naissance, ont préparé le chemin qui a finalement permis à Hitler d’accéder au pouvoir. C’est un autre fait entendu. Mais pour les Allemands, cette défaite n’est pas n’importe quelle défaite. Autre fait entendu : à peine la guerre terminée, se développe une théorie, en réalité une légende, celle du «coup de poignard dans le dos». La défaite n’a pas été une défaite militaire mais une défaite politique. L’armée allemande n’a pas été battue. Elle a tenu tête victorieusement au monde entier et elle n’a été forcée de déposer les armes qu’en raison de la trahison de l’arrière. Le mauvais esprit du pays, la démoralisation, la propagande bolchevique, puis la mutinerie de la flotte début novembre 1918, enfin la révolution à Berlin et l’abdication de Guillaume II ont eu raison de son héroïque résistance et ont rendu inutiles ses immenses sacrifices.

Tous ces faits sont sus, mais sont-ils bien connus ? La gestation et la naissance de la légende du «coup de poignard dans le dos» sont-elles si notoires ? Pas sûr. Aussi Pierre Jardin entreprend-il dans Aux racines du mal d’en reconstituer le processus. Le titre et le sous-titre du livre sont sans ambiguïté : c’est le déni de la défaite de 1918 qui a rendu possible le nazisme et qui plus tard l’a aidé à accéder au pouvoir. La couverture souligne cette évidence puisque l’on y voit le gratin des conjurés du putsch raté de novembre 1923 à Munich. Aux côtés de Hitler, de Röhm ou de Brückner, Ludendorff fascine : caricature de militaire, serré dans un uniforme dont il déborde au cou. C’est donc cet homme au visage dénué de la moindre trace d’intelligence, à l’expression bêtement arrogante qui a été le commandant de l’armée allemande entre 1916 et 1918 et le principal initiateur de la légende du «coup de poignard».

Dans les deuxièmes et troisièmes parties, Pierre Jardin démontre bien comment les militaires, Ludendorff en tête, ont fabriqué la légende de toute pièce pour dégager leur responsabilité et masquer leur impéritie. Ils ont en effet sous-estimé les conséquences de l’entrée en guerre des Etats-Unis, entrée qu’ils ont choisi de provoquer d’un cœur léger. Ils ont gâché les possibilités offertes par la paix de Brest-Litovsk, en laissant de très nombreuses forces d’occupation à l’Est au lieu de les ramener vers l’Ouest. Ils ont enfin cassé l’armée allemande dans des offensives incohérentes au printemps 1918. Mais l’un des grands intérêts du livre de Pierre Jardin est de rechercher les origines de la légende beaucoup plus en amont, jusque dans l’avant-guerre. Si elle s’est imposée spontanément dès la défaite, c’est que la légende concrétisait toute une série de peurs et de fantasmes répandus dans les milieux conservateurs depuis la fin du XIXe siècle. Ces peurs concernaient essentiellement la place de la social-démocratie dans la société et la vie politique allemandes. Pour les conservateurs, nationalistes et autres pangermanistes, la social-démocratie incarnait des valeurs internationalistes et égalitaristes incompatibles avec l’esprit allemand, avec le besoin d’unité nationale et avec le respect prussien de la hiérarchie. L’élimination de la social-démocratie était pour eux une nécessité et ils n’acceptèrent pas la politique du chancelier Bethmann-Hollweg, qui cherchait au contraire à l’intégrer dans le système politique pour mieux la neutraliser.

Pierre Jardin décrit donc minutieusement les luttes politiques internes sans merci que les conservateurs, rassemblés derrière la bannière de l’État-major, incarnation du sens national et des valeurs prussiennes, livrèrent contre Bethmann-Hollweg et contre les socialistes. Son livre est plus un livre sur la défaite allemande vue de l’intérieur et les affrontements qui l’accompagnèrent, que sur la défaite elle-même. Il ne décrit pas les opérations militaires, il ne relate pas les négociations, mais il détaille avec beaucoup de précision le jeu des nombreux acteurs civils et militaires. Il s’adresse donc à des lecteurs avertis, capables à la fois de suivre les méandres des intrigues et de les situer dans un contexte que l’auteur évoque à peine.

Étant donné le nombre des faits abordés et la nature de l’ouvrage, à savoir une étude historique approfondie, on peut s’étonner, et déplorer, l’absence d’une bibliographie à la hauteur du travail produit. Pierre Jardin propose une cinquantaine de titres en fin d’ouvrage, mais il ne distingue pas les sources primaires des autres et surtout, il n’indique jamais dans le texte les références des innombrables citations ou documents qu’il mentionne. C’est le principal reproche que l’on peut adresser à un travail par ailleurs remarquable de précision et dont l’originalité de la démarche est à saluer.


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 30/03/2006 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • La Première Guerre mondiale
       de John Keegan
  • Les Fondements historiques du national-socialisme
       de Ernst Nolte
  • Un entretien avec Ernst Nolte
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2024
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd