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De l'art à la science et au marché
Jean-Paul Gaudillière   La Médecine et les sciences - XIXe-XXe siècles
La Découverte - Repères 2006 /  8.50 € - 55.68 ffr. / 121 pages
ISBN : 2-7071-4519-X
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm
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Jadis perçue comme une grande aventure progressiste menant l’Homme de ses grands maux à ses grands remèdes, la médecine n’échappe désormais plus - à l’instar des sciences – à des travaux historiques, sociologiques et anthropologiques beaucoup moins apologétiques et à des analyses nettement plus désenchantées, plus lucides, qui, à la suite des fameux travaux de Foucault, d’Illich et de Latour, ont pour objectifs d’opérer la généalogie des concepts, des enjeux, des pratiques médicales (ou scientifiques) et de les réintégrer dans leur tissu institutionnel, intellectuel, politique et sociologique.

Ambitieux malgré son nombre limité de pages, solidement structuré, serré, dense, riche en pistes de réflexions, en informations (au sens noble de ce terme) et dans sa relecture de la littérature, le petit ouvrage de Jean Paul Gaudillière a pour objectif de montrer la transformation de l’art, d’ailleurs à l’origine distinct de ceux de la chirurgie et de la pharmacologie, qu’était la médecine en cette institution fondamentale de l’ère industrielle et cet organe de contrôle social qu’elle est aujourd’hui. Divers aspects de ce processus d’institutionnalisation sont abordés.

Dans le premier chapitre de l’ouvrage, Monsieur Gaudillière analyse la naissance des cliniques, lieux aujourd’hui voués aux soins et au diagnostic mais qui, à l’origine, ont plutôt servi à constituer des protocoles d’observation et un savoir standardisés ; la professionnalisation, c’est-à-dire la création d’un corps de métier délimitant lui-même ce qui relève ou non de son domaine, qui a légitimement accès à ses pratiques, et en écarte les importuns, parmi lesquelles les sages-femmes (notamment par le truchement de la monopolisation des outils médicaux) ; la naissance des spécialisations (au travers du cas de la gynécologie) et la mise au point de procédures de mesure telles que la thermométrie. A ce propos, l’auteur rappelle d’ailleurs que le succès, la normalisation de la thermométrie est largement dû au fait que, avec l’avènement des caisses de mutuelles, les cliniques se trouvent face à la nécessité de justifier les dépenses et de prétendre à des résultats.

Dans le second chapitre, l’auteur se penche sur les relations entre la médecine et les laboratoires où sont étudiés, de manière ici aussi standardisée, des substituts aux corps humains et où se construisent les représentations de nouveaux «objets» corporels (des objets chevelus, pour reprendre l’expression de Bruno Latour) comme les bactéries. Le troisième chapitre est consacré à la biopolitique, c’est-à-dire à l’étroite collaboration (issue de l’époque des Lumières et accentuées avec la question des «classes dangereuses» de la révolution industrielle) entre médecine, statistique et intervention de l’administration. Il s’intéresse d’abord, d’une part, à l’hygiène (avec pour cas d’étude les épidémies de choléra et le développement des techniques prophylactiques) et, d’autre part, à l’eugénisme et à la question du contrôle des naissances, devenues obsessionnelles à la fin du XIXe siècle et qui perdure jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dès lors que les Etats ont besoin d’une population abondante et apte au service militaire et que le modèle familial normatif devient celui de la famille bourgeoise à descendance restreinte. Il traite ensuite de la transformation des orientations de la biopolitique après la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci s’articule alors sur la notion de risque, de risque assurantiel (la couverture sociale s’étant généralisée) et est plutôt axée sur les maladies cardio-vasculaires, le vieillissement, le cancer, etc.

Les deux derniers chapitres traitent respectivement de la pharmacologie (donc de l’industrie pharmaceutique) et des technosciences. Concernant la pharmacologie, L’auteur évoque l’évolution de celle-ci des officines à l’industrie, laquelle naît dans les années 1880 et devient un système de production et de distribution de masse à partir des années 1920. Mais, au-delà des questions économiques (l’auto-accroissement - comme dirait Ellul - de la «pharmacologisation» de la société par le biais du système de couverture sociale), institutionnelles et de perte d’autonomie de certaines professions, l’auteur montre, notamment avec le cas des psychotropes, quelles influences la découverte et l’utilisation de molécules peuvent avoir sur la définition même des maladies, du champ du pathologique, et, derechef, sur les diagnostics.

Quant aux technosciences, elles marquent l’arrivée d’objets, de techniques (parmi lesquelles l’ingénierie génétique) qui changent totalement la donne médicale, en termes de pratiques comme en termes de représentations. Il faut noter au passage que, dans ce dernier chapitre, l’auteur souligne (en écho avec André Pichot) que l’eugénisme demeure, mais sous une forme libérale, non autoritaire, et que, désormais, l’Etat n’est plus l’acteur principal de l’étau biopolitique, puisque la logique privée, boursière, y joue un rôle grandissant. On lira d’ailleurs avec attention (et les prophéties d’Ellul en tête) les conclusions effrayantes sur la tendance extensive ou expansive de la biomédicalisation de la société, donc du contrôle social que Monsieur Gaudillière tire de ces constats.


Frédéric Dufoing
( Mis en ligne le 22/01/2007 )
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