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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Une opération d’envergure
Olivier Wieviorka   Histoire du débarquement en Normandie - Des origines à la libération de Paris 1941-1944
Seuil - Points histoire 2010 /  11 € - 72.05 ffr. / 441 pages
ISBN : 978-2-7578-1781-0
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en janvier 2007 (Seuil - L'Univers Historique)

L'auteur du compte rendu : Antoine Picardat est agrégé d’histoire et diplômé en études stratégiques. Il a enseigné en lycée, en université, aux IEP de Paris et de Lille, et été analyste de politique internationale au ministère de la défense. Il est actuellement élève-administrateur territorial à l’Institut national des Études territoriales à Strasbourg.

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L’historien qui entreprend de traiter le Débarquement se heurte d’emblée à une sorte de Mur de l’Atlantique de papier. Le sujet a déjà été abordé des milliers de fois. Tous les aspects en sont connus, toutes les questions ont été posées, tout les avis donnés, toutes les polémiques lancées, reprises, retombées. Bref, tout est fait. Tout est fait, mais il reste à faire. C’est tout l’intérêt de l’Histoire !

Comment innover donc ? D’abord en écrivant en français. L’essentiel de la bibliographie est en effet en anglais. Curieusement, les Français se sont peu intéressés à cet épisode, toutes proportions gardées bien sûr. En tout cas moins que leurs collègues Anglais, Américains ou Canadiens. Ensuite, en choisissant une approche originale, mais c’est ici très difficile tant est grande la densité de livre. Alors, il reste la solution de la synthèse. L’abondance bibliographique présente en effet deux défauts bien connus : personne ne peut la maîtriser intégralement et, à force d’être pointues, les études finissent par faire perdre de vue les problèmes d’ensemble. Du coup, la synthèse constitue, en elle-même, une approche originale. C’est ce choix qu’a fait Olivier Wieviorka dans cette Histoire du débarquement en Normandie. À travers une présentation et un récit d’ensemble, s’appuyant sur les nombreux travaux antérieurs, et sur des archives inédites, il dégage les grands enjeux de l’événement et corrige quelques idées reçues.

Le débarquement a bien entendu été un événement militaire. Histoire du débarquement en Normandie n’est pas pour autant un simple récit de campagne. Olivier Wieviorka ne néglige pas les opérations militaires, il en donne les grandes lignes, apporte également d’intéressantes précisions tactiques, mais il ne s’en tient pas là. La campagne de Normandie, et, au-delà, la libération de l’Europe, est d’abord une affaire politique. C’est ensuite une affaire économique et industrielle, une affaire de logistique, puis seulement une affaire militaire. D’ailleurs, le sous-titre du livre donne immédiatement le ton : Des origines à la libération de Paris 1941-1944. On remonte donc assez loin, pour comprendre et expliquer la genèse de l’événement.

Le choix de bien exposer ces aspects successifs se reflète dans le fait que, sur 441 pages, Olivier Wieviorka en consacre plus de la moitié à la préparation du Débarquement, sous ses différents aspects. Il ne commence véritablement à faire parler la poudre qu’après 227 pages. Auparavant, il explique les choix politiques, les contraintes dont les décideurs ont dû tenir compte, comme les exigences soviétiques ou les divergences anglo-américaines sur le théâtre d’opérations (où ouvrir un second front : Europe du nord-ouest ou Méditerranée ?). Une autre contrainte, majeure, fut celle des moyens matériels et de leur acheminement en Angleterre, à pied d’œuvre pour l’assaut. On comprend là une partie de l’immense tour de force qui fut réalisé par les planificateurs alliés, pour concevoir et exécuter l’ensemble de l’opération. Si c’est le combat, le courage des soldats et leurs souffrances qui décidèrent de l’issue du débarquement et de la campagne, la part de «l’intendance» fut tout aussi décisive. Dans l’armée américaine, seuls 38% des effectifs étaient combattants, le reste accomplissait des missions de soutien, et seulement 21% formaient les unités de mêlée : infanterie et cavalerie (blindés).

Un chapitre intéressant est consacré à la prise en compte du traumatisme psychologique subi par les soldats au combat. Les Américains les premiers virent chez un homme que craquait non pas le signe de la lâcheté, comme c’était le cas notamment pendant la Première Guerre mondiale, mais la conséquence d’un traumatisme. Du coup, des protocoles de prise en charge précis furent établis, en fonction de la nature et de l’ampleur du traumatisme. Cette clairvoyance leur permit de sauver des hommes, mais aussi d’en récupérer et, dans de nombreux cas, de les renvoyer au combat… Les bombardements stratégiques, les interrogations allemandes, le rôle de la Résistance sont bien entendu traités. De même que le dur combat politique, toujours, que de Gaulle dut livrer pour faire reconnaître son gouvernement comme légitime, notamment par les Américains.

Tout au long de ce récit synthétique et précis, Olivier Wierviorka entreprend également de tordre le cou à quelques légendes qui s’attachent à l’histoire du débarquement. Première légende : le Débarquement a été le fruit d’une remarquable coopération anglo-américaine, une sorte d’osmose. Faux. Ce ne fut évidemment pas la zizanie, mais les tensions n’ont pas manqué, les intérêts nationaux à faire prévaloir ou les égoïsmes sacrés, non plus.

La corne d’abondance américaine a déversé en Europe des quantités infinies de matériel, dans lesquelles les planificateurs d’Overlord n’eurent qu’à puiser. Faux. Les États-Unis n’ont pas pleinement mobilisé leur économie et leur société. Ils ont, c’est certain, fourni un énorme effort, mais la production est toujours restée insuffisante par rapport aux besoins. Les militaires ont donc dut faire des choix, les chefs ont dut arbitrer entre des demandes impossibles à satisfaire toutes. L’un des goulets d’étranglement de l’opération fut ainsi les barges de débarquement elles-mêmes. On sait aussi combien le problème du carburant fut un problème, jusqu’en 1945.

Les opérations de Normandie furent une partie de campagne : le rouleau compresseur allié, sous la forme d’une énorme supériorité matérielle, écrasa les Allemands. Faux. La bataille fut extrêmement dure. Les Anglo-Américains souffrirent beaucoup, notamment devant Caen et dans le bocage, face à un adversaire plus expérimenté et supérieur tactiquement.

Les soldats alliés, notamment les Américains, étaient animés d’un enthousiasme délirant et firent campagne dans un esprit de croisade libératrice. Faux ; en tout cas, à nuancer sérieusement. Les soldats alliés étaient surtout animés du sens du devoir. Mais leur motivation était assez variable et pas toujours très élevée, notamment dans l’infanterie. Quant à leur perception des enjeux, elle était souvent approximative. Pour beaucoup, le véritable ennemi était le Japon. Une partie des difficultés tactiques et des défaillances psychologiques s’explique ainsi.

La campagne de Normandie enfin, fut marquée par des violences contre les civils. Du fait des combats et des Allemands bien sûr, mais aussi du fait des libérateurs. Viols, vols, meurtres furent commis, notamment par les Américains.

Malgré quelques lourdeurs de style, Histoire du débarquement en Normandie est un ouvrage de toute première qualité, servi par une information vaste et précise, mise au service d’une réflexion portant sur tous les domaines. À n’en pas douter, une référence en français sur le sujet.


Antoine Picardat
( Mis en ligne le 25/05/2010 )
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