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De Charles X à internet : Le Figaro !
Claire Blandin   Le Figaro - Deux siècles d'histoire
Fayard 2007 /  25 € - 163.75 ffr. / 308 pages
ISBN : 978-2-200-26877-0
FORMAT : 16,0cm x 24,0cm

Préface de Alain-Gérard Slama.

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).

Claire Blandin a collaboré à Parutions.com.

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Universitaire, maître de conférences à Paris 12, Claire Blandin a soutenu une thèse de doctorat sur Le Figaro littéraire (1946-1971). En septembre 2006, elle fait partie du comité d’organisation (avec Ludivine Bantigny, Pascale Goetschel, Jean-Claude Lescure et Véronique Odul), dans le cadre du Centre d’histoire de Sciences-Po, d’un colloque sur Le Figaro («Le Figaro, histoire d’un journal»). Son travail répond à l’intérêt renouvelé des historiens pour la presse. Depuis la fin des années 60, de nombreuses études ont été entreprises pour replacer l’histoire de la presse dans le cadre plus vaste de l’histoire des media. Des perspectives neuves sont ouvertes : l'histoire des entreprises de presse, en relation avec le renouvellement des techniques mais aussi avec les progrès d’une culture de masse, l’histoire culturelle, l’histoire des intellectuels et l’histoire politique. Pourtant, si de nombreuses monographies avaient été consacrées aux titres français (Le Monde, le Canard enchaîné), Le Figaro n’avait jusqu’ici fait l’objet d’aucune étude générale. En revanche un certain nombre de travaux, souvent dus à ses journalistes, s’étaient intéressés à des points précis ou à des périodes du journal. Dans une très courte préface critique, Alain-Gérard Slama donne son point de vue d’historien mais aussi de témoin, puisqu’il est l’une des plumes du Figaro. Il indique ce que sont pour lui les permanences de la culture du Figaro : «une sorte d’éclectisme libéral», «un témoignage de l’esprit du temps», qui lui a permis d’accueillir d’excellents auteurs à chaque époque, et enfin le «primat de la liberté».

Le livre se lit aisément, avec des notes abondantes en bas de page (ce dont on ne saurait trop remercier l’éditeur !) ; une courte bibliographie (parce que l’essentiel est cité dans les notes de bas de page) et un index complètent l’ensemble. Une des difficultés du travail de l’historien tient pour Le Figaro à l’absence de sources pour la plus longue part de son histoire. Les archives ou n’existent pas, ou pour celles qui existent ne sont pas mises à disposition des chercheurs. Claire Blandin a utilisé les collections disponibles des numéros du journal, les archives de la famille Brisson, les témoignages et les études publiées sur Le Figaro, et veut présenter une synthèse. Elle remplit assez largement son objectif.

On suit avec intérêt l’histoire d’un titre : Figaro, né en 1826, mais qui ne prend véritablement son essor, après quelques épisodes variés, qu’à partir de 1854 grâce à Hippolyte de Villemessant, personnalité originale, qui lui donne sa devise, citation de Beaumarchais, «Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur», et accentue sa ligne politique. Au départ Figaro n’est qu’un journal littéraire, dans les conditions de liberté restreinte que laisse le pouvoir sous la Restauration aux journalistes, profession qui s’invente alors. Un des intérêts du travail de Claire Blandin est d’ailleurs de montrer l’évolution de la presse face au pouvoir (législation, censure, etc.) depuis les années 1830. A travers les articles littéraires et les critiques artistiques, le journal sait pourtant marquer son opposition. Sous la direction de Villemassant, le 13 novembre 1866, Figaro devient Le Figaro, journal quotidien, avec en sous-titre Journal littéraire. Il est lu par une clientèle de bonne bourgeoisie, aisée et cultivée, parisienne et provinciale. Henri Rochefort, Jules Vallès y tiennent des rubriques, le dessinateur Caran d’Ache a une page, et le journal modifie progressivement son ton, comme ses choix politiques (après avoir soutenu l’Empire, il devient républicain). Tout en gardant le souci des chroniques littéraires et légères, un ton mondain, le journal lance des enquêtes ; Jules Vallès y fait un reportage sur une mine dans la région stéphanoise. Le reportage est alors une nouveauté que Le Figaro met en pratique avec intelligence. En 1874, son installation dans le quartier de la presse, rue Drouot, marque la réussite du quotidien. Les années 1880 sont une époque faste pour le journal, qui invente, en 1874, une rubrique fort suivie de petites annonces en tout genre. Le journal s’impose comme un des grands titres de la presse française, 4e quotidien de la capitale en 1880. Il perdra pourtant une partie de ses lecteurs en raison de son soutien à Dreyfus. Le directeur de la Belle Epoque est Calmette, à qui Proust dédicace Du côté de chez Swan. Calmette qui sera assassiné dans son bureau le 16 mars 1914 par Madame Caillaux qui craignait que son journal ne publie sa correspondance privée avec son mari, Joseph Caillaux, radical, contre lequel Le Figaro menait une campagne active.

La Première Guerre mondiale est une période noire marquée par la censure et le «bourrage de crâne» ; Le Figaro devient «l’otage d’une information de guerre» (p.102), l’opinion publique perd confiance dans son journal, tendance générale que Le Figaro partage avec les autres titres de la presse. Les années 20 ne voient pas revenir la prospérité de la Belle Epoque, et financièrement ce sont des temps difficiles : les contraintes matérielles obligent les journaux à tripler leur prix de vente et des revues hebdomadaires politiques et littéraires concurrencent de façon efficace les quotidiens. La loi du 29 mars 1935 qui définit la carte de journaliste marque le début de la reconnaissance officielle de la profession. Dans le climat général de difficultés de la presse, les industriels, souvent saisis par la passion de la politique, s’offrent des journaux : c’est le cas de l’industriel du textile Prouvost, et pour Le Figaro c’est le parfumeur François Coty, financier et de l’Action Française (en 1919) et de Mussolini, qui entre en 1922 dans la société du journal, après une première tentative infructueuse. Il cherche un journal pour soutenir sa carrière politique.. et le trouve !

Il infléchit la politique du Figaro, vers une droite dure, fait entrer à la rédaction Urbain Gohier, antisémite notoire, mais finalement, à la suite de son divorce, son épouse confie le 1er mai 1934 à Pierre Brisson, la rédaction du journal. Celui-ci reprend la ligne antérieure du Figaro, attire des auteurs renommés (Mauriac, Morand, après la guerre : Raymond Aron), et sait durant la guerre épargner au Figaro la collaboration ; la décision d’arrêter la publication du journal en novembre 1942 lui permet de redevenir à la Libération l’un des grands titres de la presse quotidienne. Il est le grand journal conservateur de référence, face au Monde, nouveau venu . La prospérité est de retour lors des fastes des années 50, avec une pléiade d’auteurs et de journalistes qui donnent son lustre au journal (Louis Gabriel-Robinet, Raymond Aron, François Mauriac, André Siegfried, Thierry Maulnier, James de Coquet…). Pierre Brisson a réorganisé Le Figaro en le dotant de statuts qui garantissent l’indépendance de la rédaction (deux sociétés : une Société propriétaire qui détient le capital, et une Société fermière qui détient les pouvoirs de gestion, de direction et de rédaction du journal).

Pierre Brisson disparaît brutalement en 1964. Une période de difficultés et d’épisodes judiciaires commence pour les journalistes et la rédaction, alors que l’évolution générale de la société française et de la presse dessert plutôt le journal, et ici on aurait aimé avoir davantage de précision sur le journal en 1968. Les difficultés financières s’accumulent ; Hersant, dans un climat de tensions et de conflits internes au journal, rachète Le Figaro en 1975. En 1978, une nouvelle politique redonne du souffle : celle des magazines en supplément, avec une ligne éditoriale légèrement différente : Le Figaro–Magazine (hebdomadaire), bientôt complété par Le Figaro-Madame (mensuel). Le journal renoue avec la prospérité jusqu’à la fin des années 80 ; en 1988, François Olivier Giesbert passe du Nouvel Observateur au Figaro ; mais 2001 marque le retour des difficultés, qui se traduisent par le rachat par Dassault en 2004 ; rachat qui provoque de vives tensions avec les journalistes qui y sont hostiles. En 2005, le déménagement dans les nouveaux locaux du boulevard Haussmann accompagne l’accentuation de l’orientation à droite. Le paysage de la presse française est alors dominé par deux grands groupes industriels, l’un et l’autre à la fois presse et armement : Dassault et Lagardère. Le prix du quotidien ne cesse d’augmenter et internet pose de nouveaux défis à la presse écrite.

En guise de conclusion, Claire Blandin analyse la brochure d’auto célébration que publie Le Figaro à l’occasion de la présentation de sa nouvelle formule à ses lecteurs, le 3 octobre 2005. 4 titres, 4 époques et une «belle histoire» ainsi résumée dans un parcours chronologique orienté : «1826-1854 : une enfance bohème. 1854-1924 : l’éclat du nouveau riche. 1925-1976 : l’opulence du grand bourgeois. 1976-2005 : le retour aux sources» (p.294).

En presque deux siècles Le Figaro a conquis et gardé une place originale dans la presse française ; resté fidèle à certains des choix initiaux (journal littéraire, mondain), devenu une référence de la droite française, le journal s’est constamment adapté aux situations neuves, a inventé avec efficacité des méthodes qui expliquent sa longévité (reportages, petites annonces, suppléments….) et lui ont assuré un lectorat fidèle. Référence dans la presse, il a à chaque époque attiré des talents.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 20/12/2007 )
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