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Le Choc de 40 revisité
Maurice Vaïsse   Mai-juin 1940, Défaite française, Victoire allemande - Sous l’oeil des historiens étrangers
Autrement - Mémoires 2000 /  18.32 € - 120 ffr.
ISBN : 2-86260-991-9

sous la direction de Maurice Vaïsse
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Cet ouvrage trouve son origine dans une table ronde organisée en 1997 par le Centre d'études d'histoire de la Défense (C.E.H.D.), au cours de laquelle des historiens allemands, américains et britanniques furent confrontés à leurs collègues français ainsi qu’à des témoins et acteurs, français également, de ces événements. Il contient les textes de plusieurs interventions qui furent présentées ce jour-là, mais également des contributions d’historiens qui n’y furent pas présents. Tout ce travail s’inscrit bien évidemment dans la lignée du maître-ouvrage de Marc Bloch, l’Étrange Défaite Saluons donc au passage les éditions Autrement de contribuer ainsi au renouveau de l’histoire militaire en France, ce qu’elles ont entrepris de faire depuis peu, à la surprise de beaucoup d’observateurs.

La première partie, plus axée sur les questions strictement militaires d’ordre tactique et opérationnel, s’intitule "l’Etrange Victoire allemande". On y trouvera ainsi un rappel sur "La Nouvelle Historiographie de la campagne de 1940", par le professeur allemand Klaus-Jürgen Müller; deux textes d’historiens militaires américains (Dennis E. Showalter et le colonel Robert A. Doughty), respectivement sur "Ce que l’armée française avait compris de la guerre moderne" et "l’Echec de la logique et de la raison"; l’historien militaire britannique Martin S. Alexander étudie "Gamelin et les Leçons de la campagne de Pologne", et le lieutenant-colonel/historien allemand Karl-Heinz Frieser déconstruit "La Légende de la Blitzkrieg".

Dans la seconde partie, intitulée "l’Etrange Défaite française", on aborde plus généralement les questions d’ordre géopolitique et géostratégique, avec exclusivement des articles d’historiens britanniques : "l’Accueil des réfugiés français en Grande-Bretagne" (Nicholas Atkin); "Les Britanniques considéraient-ils la défaite française comme irrémédiable ?" (Philip M.H. Bell); "l’Empire français en 1940 : Un atout vital ?" (Martin Thomas); "Étrange Défaite française ou Etrange Victoire anglaise ?" (Julian Jackson).

Disons-le d’emblée : ce livre constitue à notre avis une petite révolution dans l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale, particulièrement dans la première partie de l’ouvrage, car c’est bel et bien dans le domaine militaire que le plus grand nombre de mythes historiques néfastes ont vu le jour, et ce dès les lendemains de la défaite de la France. Bien sûr, ces mythes furent essentiellement créés de toutes pièces, tant par Vichy que par Berlin, mais le drame –car, selon nous, drame il y eut– a été que ces mythes ne furent jamais véritablement remis en cause par la suite, y compris par les historiographies alliée et antinazie…

Les deux principaux mythes militaires concernant la campagne de France de mai-juin 1940 sont, d’une part, celui de la supposée bêtise et de la tout aussi supposée "non-combativité" de l’armée française, et, de l’autre, celui de la supériorité militaire allemande et de sa fantasmatique Blitzkrieg (guerre-éclair).

Tant Showalter que Doughty et Alexander rappellent en effet ce que nombre d’historiens ont déjà montré : l’armée française s’est battue, et bien battue; ses pertes furent en effet comparables à celles enregistrées lors de la bataille de Verdun. Le mythe de la lâcheté française fut bel et bien une création vichyste, destinée à culpabiliser une population martyre et à dédouaner certaines élites de leurs responsabilités historiques. Malheureusement, bien se battre n’est pas suffisant pour gagner les guerres, encore faut-il que ces combats tactiques brillants s’inscrivent dans une perspective stratégique saine.

Là encore, on connaissait les responsabilités du haut commandement français, mais les historiens anglo-saxons présents dans ce volume apportent de fort utiles nuances aux points de vue simplistes qui ont prévalu jusque-là Ainsi, Gamelin n’était pas l’imbécile que la propagande vichyste, toujours à la recherche de boucs émissaires, a complaisamment décrit, au point que l’idée reste encore communément admise aujourd’hui. De même, les réflexions sur la guerre mécanisée moderne n’avaient pas été, dans les années 1930, le seul fait du colonel De Gaulle. En revanche, et c’est là que le texte de Robert Doughty ("l’Echec de la logique et de la raison") prend toute son importance, la pensée des élites françaises, militaires en particulier, mais pas uniquement, était bien trop imprégnée de cartésianisme et de positivisme pour répondre efficacement à une situation faite de chaos, de dynamisme, et d’une extrême mobilité; une situation "moderne", en quelque sorte, que le "classicisme" français était bien incapable d’affronter…

Ces réévaluations des performances militaires françaises appelaient en retour une réévaluation des performances militaires allemandes. Là encore, ce livre fait oeuvre utile en mettant à la disposition du public français des analyses entièrement originales. Ainsi en est-il du texte de Karl-Heinz Frieser, "la Légende de la Blitzkrieg", court résumé d’un gros ouvrage paru à Munich il y a quelques années (Blitzkrieg Legende – Der Westfeldzug 1940, Munich, Oldenbourg Verlag, 1995). Et malheureusement difficilement accessible pour qui ne maîtrise pas parfaitement la langue de Goethe et de Clausewitz.

Lieutenant-colonel de blindés dans l’armée allemande actuelle et docteur en histoire travaillant au service historique de la Bundeswehr, Frieser s’est longuement penché sur le déroulement détaillé de l’offensive de la Wehrmacht et les conclusions qu’il nous livre sont stupéfiantes. On apprend en effet que la victoire allemande du printemps 1940 tient plus à l’improvisation et à l’opportunisme qu’à une authentique doctrine militaire, pensée, élaborée et planifiée dans ses moindres détails, qu’il n’y eut donc jamais de Blitzkrieg, terme forgé après coup par les journalistes au service de la propagande de Goebbels; tout au plus assista-t-on à une "guerre rapide" durant laquelle certains chefs subalternes –comme Guderian– surent saisir des occasions… tout en désobéissant aux ordres de Berlin qui les inondaient de messages leur intimant de s’arrêter !

Pour comble, Frieser nous apprend qu’à plusieurs reprises, la Wehrmacht frôla la catastrophe, comme lorsque ses blindés et ses véhicules furent pris dans un gigantesque embouteillage, courant sur plusieurs centaines de kilomètres, au sortir de la trouée des Ardennes; pendant quelques jours, l’aviation française rata ainsi une occasion unique de faire un "carton" proprement historique…

Les travaux de Frieser s’inscrivent ainsi dans le cadre d’une nouvelle historiographie militaire trouvant principalement son origine aux États-Unis et qui, depuis une vingtaine d’années, réévalue de fond en comble la soi-disant supériorité militaire allemande, dont la décadence a commencé dès la fin du XIXè siècle, après quelques décennies brillantes. Mais cette nouvelle historiographie anglo-saxonne ne se contente pas de réévaluer et de détruire les mythes entourant l’armée allemande au XXè siècle, puisqu’elle repense toutes les certitudes que l’on avait sur la naissance et le développement des principes de la guerre mécanisée depuis la révolution industrielle.

La richesse des idées et des propositions nouvelles contenues dans cet ouvrage reste immense, et on ne saurait les résumer ici. Ce recueil bouleverse de façon majeure l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et il mérite donc d’être lu comme tel, mais aussi largement diffusé et discuté. Dorénavant, l’histoire de la France et celle de l’Allemagne dans le cadre de cette conflagration planétaire ne pourront plus jamais être écrites comme elles l’ont été depuis plus de cinq décennies.


Laurent Henninger
( Mis en ligne le 12/09/2000 )
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