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Dans la nébuleuse des œuvres catholiques
Daniel Moulinet   Laïcat catholique et société française - Les Comités catholiques (1870-1905)
Cerf - Histoire religieuse de la France 2008 /  49 € - 320.95 ffr. / 582 pages
ISBN : 978-2-204-08459-8
FORMAT : 14cm x 23,5cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d'histoire, ATER d'histoire contemporaine à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, Nicolas Champ prépare, sous la direction du professeur Marc Agostino, une thèse d'histoire contemporaine consacrée aux espaces religieux dans le département de la Charente-Inférieure au XIX° siècle.
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Sous la Troisième République, outils et preuves de l’acculturation du sentiment républicain, les comités républicains ont été maintes fois mis en exergue dans la littérature polémique de l’époque et dans l’historiographie. Il n’en est pas exactement de même pour les «comités catholiques». Pourtant, quiconque a brassé la presse religieuse ou conservatrice des premières décennies du régime n’a manqué, à un moment ou à un autre, de les croiser.

Ces «comités catholiques» sont l’objet de l’étude de Daniel Moulinet. Prêtre du diocèse de Moulins où il s’est particulièrement occupé de la mise en valeur des archives diocésaines, enseignant à l’Université catholique de Lyon, D. Moulinet nous livre ici le texte de l’«ouvrage inédit» qu’il présenta lors de la soutenance de son «habilitation à diriger des recherches» en 2004. D’emblée, il faut souligner la grande clarté et les qualités d’exposition de l’ouvrage : les analyses sont à la fois ramassées et claires et les conclusions intermédiaires synthétisent parfaitement la portée des chapitres qu’elles achèvent. Le plan est solidement organisé – généalogie intellectuelle de la structure étudiée ; fonctionnement et histoire des comités ; prosopographie des acteurs des comités ; panorama des œuvres.

Le lecteur pressé, grâce à un plan très détaillé et à des index bien conçus, trouvera très rapidement les informations qu’il recherche. De même, il faut saluer l’heureuse initiative de l’éditeur qui joint à l’ouvrage un CD-Rom contenant la totalité des annexes présentées lors de la soutenance. La partie consacrée à l’analyse des œuvres, les deux dictionnaires qui y figurent – celui des œuvres et celui des hommes d’œuvres – rendront de considérables services pour identifier des personnages et des œuvres catholiques. Quant aux nombreux documents reproduits, ils constitueront une mine pour les enseignements d’histoire religieuse ou d’histoire de la Troisième République dispensés dans le premier cycle universitaire.

L’objectif de D. Moulinet n’est pas de livrer une étude exhaustive et totale de la nébuleuse des œuvres catholiques. Il se concentre sur celles qui apparaissent dans les congrès catholiques tenus de l’Ordre moral à la veille de la Séparation des Églises et de l’État. Deux assemblées sont plus particulièrement scrutées : les assemblées générales des Comités catholiques de France qui se tiennent à Paris et celles des comités catholiques du Nord et du Pas-de-Calais. Sont également envisagées de manière plus ponctuelle d’autres instances : Congrès nationaux catholiques et une poignée de congrès régionaux de catholiques tenus à Nantes, Poitiers, Reims et Rouen. Les sources sollicitées sont donc majoritairement des documents imprimés. Malgré leur grande richesse – l’ensemble du corpus représente quelques 30 000 pages ! –, D. Moulinet souligne les limites de ces sources quasi-officielles. Par leur nature, celles-ci présentent une vision édulcorée des débats internes. C’est ce que révèle, d’ailleurs, à plusieurs reprises, la correspondance d’un des dirigeants des comités, Charles Chesnelong, qu’utilise abondamment D. Moulinet. Le recours à d’autres correspondances privées, aux archives diocésaines ainsi qu’aux archives de la surveillance policière qui dut s’exercer sur des comités très rapidement suspects d’hostilité au régime, aurait pu, peut-être, s’avérer fructueux mais cela aurait, assurément, dépassé les capacités d’un seul homme !

Au contraire des comités catholiques qui se mettent en place au lendemain de la Séparation des Eglises et de l’Etat, qui sont clairement mis sous la tutelle de l’autorité diocésaine, ces assemblées catholiques témoignent d’une relative autonomie à l’égard de la hiérarchie ecclésiastique – plus observable à Paris qu’à Lille. Certains membres de l’épiscopat trouvent l’attitude des assemblées excessivement combatives et appellent à plus de modération : c’est particulièrement le cas du cardinal Guibert, archevêque de Paris.

Ces congrès ont un triple objectif : vitrine des œuvres catholiques, encouragement à leur développement et enfin ambition de donner aux catholiques un poids politique. Les deux premiers aspects sont en fait intimement liés et c’est sur ce plan-là que l’action des comités est la plus riche d’avenir : le développement – non sans difficultés – des universités catholiques et des écoles libres en est l’exemple le plus connu. Les méthodes des comités et des œuvres catholiques sont éminemment modernes et les catholiques n’hésitent pas à recourir aux mêmes techniques que leurs adversaires – tracts, brochures de propagande, presse – pour en assurer le succès. Dans une problématique sensiblement différente, Yves Deloye dans ses Voix de Dieu (Fayard, 2006) a montré que ces outils ont été amplement utilisés sur le terrain électoral par les catholiques. Les comités catholiques visent incontestablement, par ces œuvres, à fonder une nouvelle société, une contre-société. Certes, comme le rappelle à plusieurs reprises avec raison D. Moulinet, la volonté de restauration du catholicisme des Assemblées se refuse à être assimilée à un retour pur et simple à l’Ancien Régime – leur véritable horizon de sens est plutôt un Moyen-Âge que ces dirigeants catholiques perçoivent comme une époque où le politique est totalement subordonné au religieux. De ce fait la distance est grande par rapport à la société française environnante. Des formules qui laissent des traces résument parfaitement les positions des comités : «Nous sommes catholiques jusqu’au Syllabus», affirme Chesnelong en 1876 (p.95) et «Nous sommes la contre-Révolution irréconciliable», proclame deux ans plus tard Albert de Mun (p.102).

Donner un poids politique aux catholiques souffre de plus de difficultés. Les positions monarchistes partagées par la plupart des dirigeants de ces comités, les problèmes que pose pour certains d’entre eux la distinction entre leurs convictions religieuses et politiques fragilisent le rôle des comités catholiques. C’est l’impossibilité pour le principal animateur des assemblées parisiennes, Chesnelong, de renoncer à son engagement monarchiste et de figurer au nombre des «Ralliés», qui amène la quasi-suspension de l’Assemblée générale des catholiques et le ralentissement des travaux du comité parisien. Acceptant le Ralliement, les Assemblées du Nord et du Pas-de-Calais poursuivent leurs activités. Celles-ci ne sont pourtant pas indemnes de divisions qui se devinent plus qu’elles n’apparaissent au grand jour sur les questions de la démocratie chrétienne et des rapports noués entre patronat et monde ouvrier.

Quel est le bilan de ces comités catholiques ? Un évêque, Mgr Turinaz, y répondait clairement en 1895 : «Il serait inutile de le dissimuler : nous sommes en pleine déroute» (p.189). D. Moulinet se montre plus nuancé : «lentement, avec des limites évidentes, des demi-réussites et des demi-échecs, cette action des œuvres prépare la réintégration des catholiques engagés au sein de la nation française» (p.510).

Le travail de D. Moulinet apporte une contribution importante à l’histoire du catholicisme des premières décennies de la Troisième République. Certes, la défense du catholicisme contre la laïcisation de la société entreprise par les républicains était un aspect connu mais, jusqu’à présent, les structures qui avaient permis cette défense étaient restées dans l’ombre. Nous en disposons maintenant un tableau d’ensemble.


Nicolas Champ
( Mis en ligne le 16/09/2008 )
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