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Triste Pacifique
Dominique Barbe   Histoire du Pacifique - Des origines à nos jours
Perrin - Pour l'Histoire 2008 /  27 € - 176.85 ffr. / 688 pages
ISBN : 978-2-262-02558-8
FORMAT : 15,5cm x 24cm

L'auteur du compte-rendu : Hugues Marsat est agrégé d'histoire. Enseignant dans le secondaire, il mène parallèlement des recherches sur le protestantisme aux XVIe-XVIIe siècles.
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Dans le même temps où les éditions Perrin publient une Histoire de la Méditerranée, elles éditent aussi une Histoire du Pacifique des origines à nos jours, complétant ainsi une série inaugurée il y a dix ans avec une Histoire de l’Atlantique de Paul Butel. Comme pour signifier que l’histoire du Grand Océan n’en recèle pas moins sa part de tragédie à l’instar de celle des autres mers, la couverture en gris, noir et blanc évite les poncifs des plages de sable fin bordées de cocotiers et d’un lagon dans les eaux duquel se reflète le bleu du ciel. Ce n’est pas pour autant que ce confortable volume de près de 700 pages, œuvre de Dominique Barbe, enseignant à l’université de Nouvelle-Calédonie, oublie l’image paradisiaque qui affuble l’Océan Pacifique dans l’inconscient occidental depuis le XVIIIe siècle.

Une première partie sur le Pacifique avant l’arrivée des Occidentaux donne d’emblée une première idée des interrogations qui subsistent encore dans l’historiographie du Pacifique. En quatre chapitres essentiellement construits sur l’archéologie et l’ethnographie dans cet espace où seuls quelques peuples riverains ont fait la découverte de l’écriture, l’auteur trace les grandes lignes de la préhistoire de ce monde insulaire que Dumont d’Urville a découpé, avec le succès que l’on sait, en Malaisie, Micronésie, Mélanésie et Polynésie. Les peuples des continents, peu tournés vers l’océan quand ils ne se ferment pas complètement à l’instar de l’Empire du Milieu, sont davantage réservés pour la suite. Remarquons au passage que Dominique Barbe oublie sagement et prudemment les hypothèses tarabiscotées des explorations chinoises sans pour autant en fermer complètement la porte.

S’ouvre ensuite une deuxième partie qui, couvrant une période allant du XVIIIe siècle à l’attaque de Pearl Harbor en 1941, forme à elle seule un véritable livre dans le livre. Car l’intrusion européenne, une fois dépassés les voyages préliminaires du galion de Manille, du portugais Torrès ou du hollandais Tasman, constitue l’événement qui bouleverse l’espace pacifique en connectant avec le reste du monde ou même simplement entre elles, des rives continentales ou insulaires qui n’entretenaient que des liens épisodiques.

L’ouvrage apparaît donc dès lors comme l’histoire d’une colonisation, phénomène dont le Pacifique résume à merveille la diversité des situations, de la prise de contrôle total d’un espace au mépris de ses aborigènes à l’émergence d’une réaction nationaliste pour échapper à la domination, obligeant l’auteur à faire souvent du cas par cas mais montrant aussi que des dynamiques communes existent bel et bien si l’on en doutait. Le lecteur se voit donc obligé de consulter très fréquemment les quatre malheureuses cartes générales du Pacifique coincées entre la bibliographie et les index, bien après les notes de fin de volume. Dors et déjà, il faut avouer que des cartes plus précises, comme celles des îles Salomon ou de la Micronésie, manquent cruellement pour repérer l’une ou l’autre des nombreuses îles citées. L’ouvrage se lit mieux avec une carte précise ou un atlas à côté de soi.

Très pédagogique, sans en avoir le ton, Dominique Barbe n’hésite pas à plonger souvent profond, parfois trop, dans les histoires nationales pour expliquer telle ou telle évolution, au risque de perdre de vue les flots. Mais comment expliquer la naissance de la République de Chine taïwanaise sans aborder les rapports entre le Guomindang et le Parti communiste chinois ? L’Histoire du Pacifique ne se limite cependant pas à une histoire politique : tous les aspects sont envisagés depuis l’exploitation économique qui s’apparente le plus souvent à un pillage des richesses naturelles marines ou terrestres jusqu’aux missions religieuses, véritables cannes de colonisateurs qui ont souvent entretenu devant les peuples ce long monologue culturel abordé par l’auteur et qui ne s’interrompt que progressivement.

Avec la troisième partie du livre, l’aire Pacifique entre alors dans le temps de l’américanisation et de la mondialisation, par la voie de la violence et dans le bruit de la Seconde Guerre mondiale dont la moindre des conséquences n’est pas de désenclaver complètement et temporairement des îles perdues qui le redeviennent ensuite. A l’écart de la mondialisation économique dès lors qu’ils ont lâché leurs richesse, ces bouts de terre, atolls coralliens pour un certain nombre quand ils ne sont pas volcaniques, montrent qu’il existe un Pacifique à deux vitesses : le leur et celui dont géographes et économistes s’obstinent à dire qu’il est l’océan du XXIe siècle, prompt à détrôner l’Atlantique. En attendant, les eaux recouvrent certaines îles de Tuvalu ou des Kiribati.

Pour le coup, le Pacifique de Bougainville et des vahinés au rythme de la colonisation puis de la mondialisation apparaît bien loin et bien triste. Son Histoire rappelle que l’Afrique n’est pas le seul espace à s'inscrire dans les livres noirs de ces deux dynamiques. Dominique Barbe, en bon historien, expose sans tabou, explique sans excuse ni lamentation pour les impérialismes européens, américain et japonais comme pour les us et coutumes des peuples du Pacifique. Il offre ainsi une autre vision du Grand Océan, riche d’enseignements.


Hugues Marsat
( Mis en ligne le 16/12/2008 )
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