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Berlin à moitié
Jacqueline Hénard   Berlin-Ouest : histoire d'une île allemande - 1945-1989
Perrin 2009 /  17.80 € - 116.59 ffr. / 248 pages
ISBN : 978-2-262-03064-3
FORMAT : 14cm x 21cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Pour les générations d’avant 1989, Berlin aura symbolisé l’histoire de la guerre froide, son lieu de mémoire le plus proéminent du fait d’un mur qui barrait la ville et matérialisait le face-à-face entre deux systèmes antagonistes… Une histoire qui débute avec la fin de la guerre mondiale et le partage de l’Allemagne entre les vainqueurs, connaît un pic de tension en 1948/49 avec le blocus puis en 1961, avec la construction du mur, et se prolonge jusqu’à sa destruction, prélude à l’effondrement du système communiste. Entre-temps, le monde a changé mais les murs semblent toujours une solution commode aux politiciens en manque d’imagination…

Journaliste au Frankfurter Allgemeine Zeitung et berlinoise de l’ouest, Jacqueline Hénard a le sens de l’observation et la plume vagabonde : alternant les faits historiques, les détails et les anecdotes, elle livre sur sa (moitié de) ville un récit historique original, pas toujours exempt de bourdes (p.54 : le baccalauréat et le lycée français sont apparus à Berlin au XVIIe siècle… deux siècles avant leur création par Napoléon, bigre !), mais qui se lit comme un honnête reportage, saupoudré d’une bonne dose d’autobiographie, l’auteur se rappelant sa jeunesse berlinoise et livrant au passage ses impressions d’alors.

Berlin donc, et déjà Berlin occupée, unique objet du ressentiment allié ? De fait, si l’auteur ne retrace pas les lendemains de la défaite allemande, ceux-ci demeurent dans la mémoire et l’inconscient berlinois, notamment dans le regard porté sur les armées occupantes. Car l’occupant, le soldat français, américan, anglais ou, à l’occasion, soviétique est, plus qu’un élément de décor, un protagoniste de l’histoire berlinoise. On le croise souvent dans ce volume, rappel constant d’un passé douloureux. Le mur est également un personnage central qui donne à la ville une identité schizophrène et incarne un défi. De fait, l’épopée des passeurs – terme que l’auteur n’emploie bizarrement pas – vaut également son pesant d’anecdotes, entre la complicité passive ou active des soldats de l’ouest, et les stratagèmes plus ou moins élaborés de l’autre côté du mur, pour fuir le paradis socialiste. Berlin, vitrine idéologique, pour les uns comme pour les autres : à l’Ouest, un isolat libéral au cœur de la RDA communiste où un acteur alcoolique et un jet-setter local font people, à l’Est, un terrain où le totalitarisme soviétique s’épanouit et où les pratiques de terreur – au nom de la liberté – figurent la réalité de l’idéologie stalinienne… Le face-à-face est original. Du reste, l’auteur fait un tableau, «de l’autre côté du miroir» d’un Berlin Est un peu fantasmé par les gauchistes des années 70, une semi-capitale aux allures fantômatiques que la nuit du 9 novembre 1989 va révolutionner… encore une fois !

Mais aux côtés des forces d’occupations, on croise également, au hasard, des Ossies et des Wessies, des étudiants, contestataires ou juste militants (dont certains fuiront vers l’Est), des terroristes, des motards passionnés, un hippopotame star, des leaders politiques plus ou moins dépassés par 1989, un ancien maire – Klaus Schutz – tout simple, un boxeur assassin, un no-man’s-land, la célèbre Christiane F. (13 ans, droguée, prostituée…)… Car cette histoire de Berlin ouest est aussi une histoire des Berlinois et de la vie quotidienne, de l’économie, du mode de fonctionnement de cette «île allemande». Faisant feu de toute anecdote, l’auteur sait mettre en lumière, au cœur de la grande histoire, les Berlinois, leur caractère, leur mémoire commune (avec, notamment la question des Juifs berlinois survivants et de leur devenir dans l’immédiat après guerre). C’est ce mélange entre grande et petite histoire, vie quotidienne et moment historique, qui fait le charme de l’ouvrage.

Le livre est sympathique également par l’ampleur de ses annexes : relativement inclassable (un peu témoignage, un peu étude historique, un peu reportage…), il n’en est pas moins d’une lecture agréable et instructive pour tous les curieux qui voudraient visiter Berlin autrement…


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 06/10/2009 )
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