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Le puzzle américain
Michel Goussot   Espaces et territoires aux Etats-Unis
Belin - Sup Géographie 2004 /  21.50 € - 140.83 ffr. / 240 pages
ISBN : 2-7011-3204-5
FORMAT : 17x24 cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d’histoire, Nicolas Plagne est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure. Il a fait des études d’histoire et de philosophie. Après avoir été assistant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il enseigne dans un lycée de la région rouennaise et finit de rédiger une thèse consacrée à l’histoire des polémiques autour des origines de l’Etat russe.
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L’auteur, professeur en khâgne à Neuilly et maître de conférences à l’IEP de Paris, a déjà écrit plusieurs ouvrages de géographie des villes et des transports en France et aux Etats-Unis. Ce nouvel ouvrage, comme l’indique son titre, est consacré à la diversité des façons de concevoir et représenter l’espace étatsunien, ou, si l’on préfère, de distinguer et relier les «espaces» et «territoires» des Etats-Unis, dans leurs relations et articulations, sans se limiter à une nomenclature réductrice ni à un catalogue de régions ou à une juxtaposition d’entités administratives.

L’auteur veut s’inscrire dans une géographie contemporaine dynamiste et relationnelle, sans naturalisation excessive des divisions convenues, quelle que soit leur pertinence. Il y a donc une volonté de fluidité transversale aux thèmes et aux frontières et de variation des approches dans cet ouvrage très riche en cartes et documents (mais sans iconographie, règle de la collection). La préface revendique cette position épistémologique et pédagogique, en renvoyant à des références théoriques de la géographie anglo-saxonne et française actuelle.

Mais que signifie cette distinction espace/territoire ? Le territoire est un espace «qualifié par une appartenance juridique … ou par une spécificité naturelle ou culturelle (…). Implique la reconnaissance de limites. La notion de territoire est associée à celle de frontière», selon le dictionnaire de George et Verger. Dans la table des matières de Goussot, on trouve de multiples occurrences de la notion et par nature celle-ci se prête à la pluralité. Les Etat-Unis sont, selon l’auteur, un espace fait de territoires. Comme la nature ne fixe rien absolument à l’homme, qui définit par sa technique et son organisation sociale son apropriation et son exploitation des potentiels de l’espace, les territoires sont avant tout des unités culturelles, juridico-administratives, économiques, voire écologiques nées de la pénétration humaine et de ses modalités historiques. La notion d’«espace» intervient explicitement seulement au chapitre 6 («Espace représenté et perçu») comme une notion plus générale, l’objet de la pensée, de l’imagination et de la pratique, qui se prête à des territorialisations relatives. Si en préface l’auteur ne parle que de «l’espace américain» en général, le pluriel du titre renvoie sans doute à cette multiplicité mentale des approches de cet espace, mais aussi à des aires d’action variables, superposées et contemporaines d’institutions (l’espace judiciaire, politique, etc). Il eût été préférable que l’auteur s’expliquât plus clairement à ce sujet en introduction.

Le manuel compte quinze chapitres. Il traite d’abord de «l’identité américaine par le territoire» (1) en montrant le façonnage du territoire national à l’échelle du continent par la succession de phases de colonisations européennes, principalement anglaise, et d’apports africain et asiatique. Cette formation originairement multi-ethnique de la Nation sensée libérer le pays neuf des péchés du Vieux monde, et notamment du nationalisme et de l’intolérance (billevesée idéologique justement nationaliste reprise par Revel chez nous qui égale la concience américaine à un pur démocratisme libéral ouvert à tous) a créé un nationalisme d’un nouveau genre, dont la politique d’immigration contrôlée et sélective est une manifestation évidente.

«La conscience politique du territoire» (2) revient sur les divisions et subdivisions des Etats-Unis comme Etat fédéral, et rappelle l’ambiguïté originelle de la constitution tranchée par la guerre de sécession, mais la force du principe de décentralisation, qui laisse un rôle politique et une efficacité perceptible aux Etats. «La conscience géométrique du territoire» (3) évoque la constitution des territoires d’Etat pendant la marche vers l’Ouest sur la base du quadrillage en lopins de terres pour migrants (territoire «marchand») et la permanence d’un domaine public immense. «La conscience d’un sanctuaire» (4) traite des Etats-Unis comme idéal insulaire de sécurité absolue dans la liberté et sous la Constitution et de l’angoisse originaire (depuis la Guerre d’indépendance) de l’invasion et de l’agression étrangère. Une géographie de la Défense nationale avec ses bases et ses centres de production, ses zones de secrets, sa culture de la milice d’auto-défense et du droit aux armes pour chacun en découle. «La diversité des milieux» (5) met en relation géographie physique et perception de la structure naturelle entre sentiment d’immensité et d’ouverture et réalité des atouts et des contraintes des paysages et des régions, notamment pour la géographie de l’agriculture.

Le chapitre 6, «Espace représenté et perçu», est le plus théorique et traite des «mythes de la représentation initiale» pour les découvreurs et les cartographes ; de diverses approches intellectuelles de l’espace américain (géographes français, influence des anthropologues et sociologues sur les approches géographiques de l’espace aux Etat-Unis, notamment sur la notion d’interchangeabilité des lieux) ; enfin de «ville et nature» (rapports entre écologisme, conscience environnementale, redéfinition de la ville et du paysage urbain et rôle de l’ouest dans l’invention d’une nouvelle appréhension de l’espace et du territoire). «Des milieux à protéger» (7) montre que les Etats-Unis ont été, en raison de leur richesse naturelle même mais aussi du pillage des ressources provoqué par une hybris de l’abondance, le lieu d’invention de l’écologie avec la fondation des parcs nationaux sous l’égide de Theodore Roosevelt, et étudie les progrès de cette conscience protectrice de la nature par des agences publiques. La pollution, les problèmes environnementaux liés à la production d’énergie et la gestion de l’eau (richesse disputée) font l’objet de «Ressources et risques anthropiques» (8).

«Population et territoire» (9) revient sur des caractéristiques connues des Etats-Unis : une population largement urbaine et de plus en plus centrée sur des métropoles (dont la mégalopole du nord-ouest), très inégalement distribuée (périphérique : côtière, frontalière et sur les lacs, mer intérieure de l’Amérique du nord) et dont la croissance et la mobilité favorisent de plus en plus l’ouest et le sud (la Sun Belt), régions également les plus dynamiques économiquement, ce qui occasionne un déplacement du centre de gravité du pays. La géographie des groupes ethniques est prise en considération. «Populations et dynamiques démographiques» (10) utilise les méthodes de projection (intégrant accroissement naturel et problème des migrations) pour étudier les évolutions prévisibles d’ici 2025 et montre permanences et changements, zones de vieillissement et Etats jeunes.

On laisse le lecteur découvrir ce que désignent «Les aménités du territoire» (11), chapitre original pour les Français puisque basé sur une notion étatsunienne. Il y est question des mécanismes de redistribution, de compensation et du facteur de l’opportunisme social dans les dynamiques régionales. «Les espaces moteurs du territoire» (12) souligne le rôle propulseur des secteurs économiques, de l’industrie, des frontières et de leur ouverture par le NAFTA (que nous appelons ALENA, accord de libre-échange nord-américain très controversé aux Etats-Unis, qui déstabilise les industries de main d’œuvre et fait du Mexique le sous-traitant d’une part de l’industrie étatsunienne – qu’on pense aux maquiladoras - au détriment de populations salariées et de régions traditionnelles). La synergie des frontières favorise certains Etats dans cette redistribution.

«Espaces régionaux en mutations : études de cas» (13) revient plus particulièrement sur les suds (entre Old Dixie agricole conservateur et Nouveau sud industriel et technologique), les mutations agricoles de la Californie et le Nord-ouest. «Le rôle fondamental des transports» (14) étudie la clé du fonctionnement unitaire de l’espace américain : des réseaux bien organisés et diversifiés, donnant un rôle décroissant mais encore important au train (transport moteur de l’appropriation de l’Ouest) – de moins en moins pour les passagers et de plus en plus pour les marchandises - ; un rôle croissant et aujourd’hui important à la route. On peut regretter ici le manque de mise en perspective historique sur l’action de l’industrie automobile pour favoriser cette évolution et sur la culture de la liberté familiale motorisée (et polluante mais relativement économique grâce aux tarifs de l’essence). L’auteur s’intéresse aussi à l’impact du NAFTA sur la mobilité. Ports et aéroports, «portes maritimes et aériennes du territoire» (15) et – pour les aéroports : nœuds de circulation (hubs) interne et internationale - terminent cette géographie des transports à sa limite avec l’extérieur. La géographie des ports mondiaux à conteneurs des façades océaniques – interfaces avec le Monde globalisé - et de leurs hinterlands en recomposition s’intègre à une ouverture vers les grands larges de la Triade (océans atlantique et pacifique). L’ouvrage se clôt avec des annexes sur les sources d’informations américaines.

En conclusion, l’auteur revient sur l’épistémologie de «la géographie post-moderne» et sur son projet, adéquat à la réalité multiface et insaisissable, inépuisable de la vastitude américaine, tout de même d’abord définie par cette infinité et sa démesure… sanctuarisée, qui constituerait le fond de la conscience étatsunienne. Justifiant son projet liant identité mentale et territoire, il fait de son «approche dynamique et systémique du couple espace-territoire des Etats-Unis» une des voies d’analyse possibles de l’étude de l’Amérique. Quoi qu’on pense de cet aspect théorique, l’étudiant de sciences humaines et sociales ou l’honnête homme passionné trouveront dans ce manuel bien fait et riche en informations actualisées, en cartes et en pistes, une lecture stimulante et un outil très commode.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 22/04/2005 )
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