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Les Chambres et les Eglises
Jean-Pierre Delannoy   Les Religions au parlement français - Du général de Gaulle (1958) à Valéry Giscard d'Estaing (1975)
Cerf - Histoire 2005 /  39 € - 255.45 ffr. / 480 pages
ISBN : 2-204-07852-2
FORMAT : 15,0cm x 23,5cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d'histoire, allocataire-moniteur d'histoire contemporaine à l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, Nicolas Champ prépare, sous la direction du professeur Marc Agostino, une thèse d'histoire contemporaine consacrée aux espaces religieux dans le département de la Charente-Inférieure au XIX° siècle.
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La République est laïque, c’est-à-dire qu’elle est la République. L’Etat est indépendant de la religion, c’est-à-dire qu’il est l’Etat.». Cette affirmation tautologique de Michel Debré, prononcée au Sénat en 1959, rapportée par l’auteur (p.248), pourrait résumer, en la caricaturant, l’attitude officielle prise par les gouvernants des premières décennies de la Cinquième République face au fait religieux, indépendance et non-immixtion des sphères politique et religieuse.

En adoptant pour terrain d’études le Parlement français, i.e. l’Assemblée nationale et le Sénat, Jean-Pierre Delannoy prend un observatoire essentiel pour rendre compte de l’importance du fait religieux dans la société française. S’étendant de la présidence du général de Gaulle à la première année de celle de Valéry Giscard d’Estaing, le champ chronologique adopté est original puisqu’il rompt partiellement avec le découpage traditionnel de l’histoire politique contemporaine en présidences successives. La date finale adoptée est totalement justifiée : il s’agit de prendre en compte l’ensemble des réformes «libérales» prises au début du septennat de V. Giscard d’Estaing, réformes où se fit entendre la voix de l’Eglise catholique.

Deux questions se devaient d’être analysées dans ce travail. Et elles le sont magistralement. Il s’agit de l’école et de la régulation des mœurs au travers des débats du contrôle des naissances et de l’avortement. Toutefois, si elles constituent le cœur de l’ouvrage, d’autres questions, moins attendues, sont également évoquées, en particulier, celle de la représentation de l’Islam dans les travaux parlementaires et, plus largement, celle de la laïcité dans le paysage politique français. En considérant l’outre-mer français et le rôle de la France à l’étranger, l’auteur montre bien que, malgré quelques critiques, comme sous la Troisième République, «l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation».

Jean-Pierre Delannoy démontre que, dans l’ensemble du champ politique français représenté au Parlement, la laïcité ne fut jamais remise en question au cours de la période étudiée. L’adoption du texte de la Constitution de 1958 est, à ce titre, éclairante : nul ne se soucie de revenir sur l’article premier de la Constitution de 1946, «La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale». Cependant, si les parlementaires se montrent attachés à l’affirmation du principe de la laïcité, le statut à part de l’Alsace-Moselle et de l’outre-mer n’est pas, pour autant, remis en cause.

Les débats qui eurent lieu autour de la loi Debré de 1959 sont reconstitués avec une grande clarté. Quoique l’opposition ait vu dans cette loi un instrument défavorable à l’école laïque, l’auteur insiste à juste titre sur le fait que les gouvernements successifs ont toujours été soucieux de réaffirmer la primauté de l’Etat face à l’Eglise dans l’enseignement. Progressivement, l’aspect religieux des établissements privés sous contrat disparaît des débats du Parlement. En 1975, lorsque la question de la laïcité de l’enseignement est de nouveau posée, ce qui fait débat, c'est non tant la neutralité religieuse de l’enseignement et des enseignants que leur neutralité politique.

La marche des débats et de la procédure parlementaire concernant les lois sur les mœurs est minutieusement analysée. Pour la question de la contraception, le point de vue de Lucien Neuwirth est fort bien présenté. Au travers des travaux de la commission spéciale chargée d’étudier la question de la contraception, la transformation de la norme morale établie par l’Eglise catholique à ce sujet en simple opinion privée contingente et qui donc ne relève pas du législateur est très bien rendue.

Enfin, il convient de souligner avec l’auteur qui les signale à plusieurs reprises, l’imprécision et, souvent, le caractère caricatural des représentations du fait religieux par les parlementaires de la Cinquième République. La religion se résume bien souvent au seul catholicisme qui se limite, encore une fois, à la seule hiérarchie ecclésiastique. Les références historiques sur lesquelles s’appuient les parlementaires pour légitimer leur action sont aussi bien hasardeuses. Ainsi, en 1972, le monopole des pompes funèbres qui passe des fabriques et des consistoires aux municipalités en 1904 est présenté par un sénateur comme postérieur à la loi de Séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 (p.203) ! Le choix des personnalités religieuses auditionnées en cette qualité par les commissions parlementaires, par exemple lors de la préparation de la loi Veil, témoigne également de cette vision biaisée du fait religieux : ne sont auditionnées que des personnalités représentatives des confessions religieuses reconnues dans la législation concordataire du XIXe siècle. De même, la représentation de l’Islam après la fin de la guerre d’indépendance algérienne est des plus simplistes, se résumant progressivement à la question de l’intégration des harkis dans la société française.

Quoique publié dans une collection dévolue à la recherche historique, ce travail est en fait une thèse de droit et c'est nettement perceptible dans l’écriture de l’auteur comme dans la logique de la démonstration. Il est regrettable, pour le plaisir de la lecture, que, bien souvent dès l’introduction partielle de chaque partie ou sous-partie, nous connaissions déjà les résultats auxquels va aboutir la démonstration qui suit. Plus regrettable mais nullement imputable à l’auteur, l’absence d’index. L’approche méthodologique du sujet, un peu désincarnée, dénote aussi la formation juridique de l’auteur et laisse sur sa faim le lecteur historien. Certaines questions que se poserait ce dernier restent sans réponse. Ainsi, sur les parlementaires proprement dit. A l’instar du sénateur communiste Georges Cogniot qui intervient régulièrement sur les questions éducatives, un certain nombre de parlementaires apparaît de manière récurrente au fil des pages et le lecteur aurait aimé en savoir un peu plus sur eux, sur leur formation, sur leur représentativité au sein de leurs partis respectifs, sur leurs prises de position à l’extérieur du Parlement… Si Jean-Pierre Delannoy manie avec une grande maestria la masse gigantesque des sources imprimées – débats des Chambres, rapports de commissions… –, nous pouvons nous étonner qu’il ait si peu utilisé de sources manuscrites. Pourtant, lorsqu’il les utilise (pp.382-383), cela lui permet de donner des analyses très intéressantes permettant de nuancer les conclusions officielles présentées en séance. En outre, alors que nous sommes en pleine histoire du temps présent, il aurait pu être utile que l’auteur emploie sources orales et entretiens avec les parlementaires encore vivants pour essayer de cerner leur point de vue sur les questions religieuses.

Ces quelques remarques n’enlèvent rien à la qualité de ce travail rigoureux et impartial et il faut louer l’attention avec laquelle l’auteur commente finement l’argumentaire déployé par les parlementaires. En nuançant ou en détruisant bien des a priori et des idées reçues, il rendra de très grands services à tous ceux qui s’intéressent à la question, sensible, du fait religieux dans la société contemporaine et à ceux qui estiment que, si le politique n’a pas à reconnaître les cultes, il ne doit néanmoins pas les méconnaître.


Nicolas Champ
( Mis en ligne le 19/01/2006 )
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