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Un vieil empire chargé d’histoire et de culture
Michel Abitbol   Histoire du Maroc
Perrin - Pour l'Histoire 2009 /  25.90 € - 169.65 ffr. / 673 pages
ISBN : 978-2-262-02388-1
FORMAT : 15,5cm x 24cm

Les auteurs du compte rendu :

Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant est adjoint au directeur du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).

Jean-Pierre Sarmant est inspecteur général honoraire de l’Éducation nationale.

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Souvent séduit par le Maroc, qui est pour lui une destination touristique particulièrement appréciée, le public français est conscient de la richesse de la culture de ce pays mais n’a le plus souvent sur son histoire qu’une vue partielle, orientée par le passé commun : les débuts de la pénétration française, l’entrée en scène tonitruante de l’Allemagne qui envoie une canonnière devant Agadir, Lyautey et le protectorat… Au contraire, le livre de Michel Abitbol embrasse toute l’histoire du Maroc, depuis l’Antiquité jusqu’à la mort de Hassan II en 1999. Les périodes antérieures aux débuts de la pénétration européenne (1830 environ) occupent la moitié de l’ouvrage.

Le nom ancien du pays, Maghrib al Aqsa, c’est-à-dire «Occident lointain», évoque un bout du monde. Cette image d’un pays replié sur lui-même est en partie justifiée pour ce qui est des influences venues de l’est : le Maroc ne fut ainsi touché que partiellement par les influences puniques et romaines ; sa conquête et son islamisation prirent un temps particulièrement long ; plus tard, enfin, il ne fut pas, à la différence du reste du Maghreb, soumis à la domination ottomane.

L’ouvrage nous décrit un Maroc en revanche très ouvert vers le nord. Ce n’est que récemment que, si l’on excepte les presidios demeurés espagnols de Ceuta et Melilla, le détroit de Gibraltar est devenu une frontière. A l’époque de la conquête musulmane de l’Espagne et des expéditions ibériques des dynasties Almoravide et Almohade a succédé, dans la foulée de la reconquista, celle des incursions portugaises et espagnoles sur le littoral marocain et l’immigration massive des musulmans «andalous» expulsés d’Espagne.

Le royaume n’est pas moins ouvert vers le sud. Le commerce transsaharien a joué un rôle essentiel dans l’économie marocaine. Il explique l’importance historique de ce grand sud dont sont surgis notamment les Almoravides et les Almohades. Le fait que les régions sahariennes entre le Dra’ et Tombouctou aient été depuis le Moyen Age sous suzeraineté marocaine n’a pas été oublié. Il explique l’irrédentisme d’une opinion qui a eu beaucoup de mal à admettre l’indépendance de la Mauritanie, considérée comme une création coloniale qui a amputé le Maroc. Ce sentiment pratiquement unanime a été habilement mis à profit par Hassan II pour lancer en 1975 la «marche verte» qui a conduit au «retour au Maroc» de l’ancien Sahara espagnol. Cette appropriation reste contestée, mais, pour Michel Abitbol, les droits historiques qui la fondent sont incontestables.

A l’époque où le Maroc faisait plus ou moins jeu égal face aux ambitions des puissances chrétiennes, succède à partir du début du XIXe siècle l’âge de la domination écrasante de l’Europe. S’amorce alors un engrenage qui va conduire inexorablement à la perte de l’indépendance. Le processus n’est ralenti que par les rivalités qui opposent Espagne, Angleterre, Allemagne et France. Cette période angoissante au cours de laquelle les élites marocaines, à l’image de leurs homologues d’Égypte ou de Turquie, voient venir le danger et constatent que la société ne parvient pas à y répondre est décrite par l’auteur avec une empathie particulière.

Plus que sur d’autres aspects de l’œuvre de Lyautey, l’auteur valorise son rôle de restaurateur de l’autorité morale et du prestige de la monarchie ‘alawite. Il est en revanche sévère pour l’action de ses successeurs, dont certains rêvaient de faire du Maroc une seconde Algérie française, comme le souhaitaient beaucoup de colons. Selon les mots de Lyautey, ces derniers avaient «une mentalité de pur Boche, avec les mêmes théories sur les races inférieures destinées à être exploitées sans merci».

L’auteur s’abstient de porter un jugement sur le bilan du protectorat. Les tableaux chiffrés qu’il fournit permettent cependant au lecteur de se faire sa propre idée. Ainsi, les chiffres relatifs au développement économique et à l’équipement à la veille de l’indépendance donnent une image d’ensemble flatteuse, mais les écarts entre les diverses catégories de la population sont énormes. Deux exemples suffisent : en 1934, le revenu moyen d’un Français du Maroc était plus de trois fois supérieur à celui d’un Français en métropole et plus de onze fois supérieur à celui d’un Marocain musulman ; en 1953, le nombre de véhicules automobiles par habitant est cinq fois plus élevé qu’en Égypte et deux fois plus qu’en Espagne… mais moins de 15% des véhicules sont possédés par des musulmans.

Tout au long de l’ouvrage, Michel Abitbol accorde une attention particulière au destin de la communauté juive du Maroc. Vieille de plus de vingt siècles, elle a été longtemps la plus nombreuse du monde musulman. A partir du début du XIXe siècle, cette communauté a été attirée par l’activité économique des villes côtières et s’est adaptée rapidement à la nouvelle conjoncture. L’œuvre d’éducation en langue française de l’Alliance israélite universelle a donné aux juifs une longueur d’avance sur leurs voisins musulmans. Les juifs n’ayant pas considéré la perte d’indépendance du Maroc avec la même détresse que leurs compatriotes, la fracture entre les deux communautés s’est accentuée au cours du protectorat. Les démonstrations d’affection du futur Mohammed V pour ses sujets juifs, particulièrement bienvenues à l’époque des persécutions vichystes, n’ont pas suffit à enrayer ce processus, de même que, après 1948, son appel à ne pas confondre israéliens sionistes et fidèles sujets marocains. Après une émigration intense commencée à la veille de l’indépendance et poursuivie dans les années qui l’ont suivie, la communauté juive marocaine est aujourd’hui réduite à un effectif de quelques milliers d’âmes.

L’auteur s’attache également à décrire les interactions entre l’Espagne et le Maroc, tout particulièrement pour l’époque ou existait un «Maroc espagnol», sujet souvent négligé par des récits pour qui l’histoire récente du Maroc se réduit à un tête-à-tête avec la France.

Cet ouvrage à la documentation très riche bénéficie des sources arabes, juives et européennes dont des citations contribuent à rendre la lecture agréable. Il vient à point au moment où le dixième anniversaire de l’accession au trône de Mohammed VI est l’occasion de s’intéresser à une dynastie ‘alawite qui règne sur le Maroc depuis plus de trois siècles.


Jean-Pierre et Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 01/09/2009 )
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