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Le Football de A à Z
Paul Dietschy   Histoire du football
Perrin - Pour l'Histoire 2010 /  25 € - 163.75 ffr. / 519 pages
ISBN : 978-2-262-02710-0
FORMAT : 15,6cm x 24,2cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).
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Le sport est rentré désormais dans le champ de préoccupations des historiens, ce qu’illustre ce beau travail de Paul Dietschy, maître de conférences à l’université de Franche-Comté et spécialiste de l’histoire du sport. 522 pages de texte auxquelles s’ajoutent 100 pages d’appareil critique : notes en fin de volume (on regrette l’abandon des notes de bas de page, à la lecture plus aisée), sources et bibliographie, chronologie, index. Une liste des acronymes, particulièrement utile dans un monde qui en use et en abuse ! Un cahier central de photographies, dont la première est la reproduction d’une estampe du calcio dans la Florence des Médicis en 1689, et la dernière, les joueuses en liesse de la Mannschaft féminine à Shanghaï en 2007 ; de la France : la figure de De Gaulle à la remise de la coupe de France en 1967.

Un ouvrage universitaire, mais qui touche, bien au-delà d’un public de spécialistes, tous ceux qui, passionnés de ballon rond ou simples curieux, cherchent à en apprendre davantage sur un sport qui mobilise les foules dans un immense spectacle ravivé tous les quatre ans par la tenue des coupes du monde. Ce n’est pas uniquement de football d’ailleurs dont nous parle Paul Dietschy, à travers les développements de ce sport depuis la fin du XIXe siècle, c’est aussi l’histoire d’une grande puissance, l’Angleterre, celle qui inventa le foot, de son influence au XIXe siècle, des aptitudes françaises à organiser les institutions dans le cadre desquelles se déroule le jeu, de son extension selon des aires géo-culturelles précises, porté par des passeurs variés (missionnaires, militaires, hommes d’affaire…), sur les routes de la colonisation et de l’expansion européenne.

Puis vint le temps de la dépossession de l’Angleterre, au fur et à mesure que, dans un contexte international différent, se construisent d’autres ambitions, d’autres rapports de force. Au début du XXIe siècle, toutes les nations jouent au football. Toutes ? Non, pas absolument, il existe des irréductibles, ces «terres de mission» qu’évoque dans une conclusion intitulée (foot oblige !) «Prolongations», Paul Dietschy ; des terres de mission qui sont loin d’être des confettis : les États-Unis (où le soccer, en dépit de quelques progrès, demeure secondaire) et l’Asie : en Inde comme en Chine, le jeu ne s’est pas encore imposé. Autre «terre» à conquérir : l’espace féminin, tant chez les supporters que les chez les joueuses ; là aussi, des progrès sont en cours.

L’ouvrage s’ouvre sur un «Coup d’envoi». Le plan adopté est chronologique et en 10 chapitres retrace l’évolution du sport, du jeu de l’Angleterre victorienne (1) au football contemporain (10). Un chapitre (9) est tout entier consacré à «l’exception française». Détaché du rugby en 1863, le jeu s’autonomise, définit ses règles (11 joueurs, 90 minutes de jeu) et les édite pour la première fois en 1890 (elles seront régulièrement retouchées depuis). Des temps décisifs apparaissent, dont la Première Guerre mondiale qui a largement contribué à diffuser une pratique du jeu, via les poilus, dans toutes les classes sociales et dans l’espace européen. Les années 1920/1940 sont elles aussi déterminantes : elles voient naître les premières organisations nationales et internationales, entre autres, à l’initiative du français Jules Rimet, président de la FIFA à partir de 1921, la coupe du monde en 1930.

Ce sont aussi les années des dictatures et totalitarismes en Europe et chaque régime cherche à mobiliser ses masses autour des stades pour de multiples raisons : communion populaire, encadrement des foules, exaltation de la virilité… Ce sont les débuts d’une instrumentalisation politique qui n’a jamais totalement disparu (Paul Dietschy met en relation le silence des organisations de foot au moment de l’apartheid avec l’attribution à l’Afrique du sud de l’organisation de la coupe du monde 2010). On voit également apparaître dans l’entre-deux-guerres la figure du supporter (les Italiens inventent alors le terme de tifosi, ceux qui sont pris par le virus - le typhus ! - du foot), qui jouit d’une liberté paradoxale dans un encadrement aux fortes contraintes. En Allemagne, les Juifs se voient interdits de jeu, tout comme sont démantelées les associations socialistes et communistes ; en Italie, le foot est une expression du nationalisme et les clubs italiens recrutent des joueurs argentins en insistant sur leur identité d’origine. En Union Soviétique, les associations sportives se multiplient et fleurissent les clubs de foot.

L’entre-deux-guerres est enfin la période où commence à se construire le sport spectacle avec le secours de la radio et – inévitable et corrélée à cette évolution - la mainmise du politique sous toutes ses formes sur un jeu qui nécessairement exalte le nationalisme, tandis qu’apparaît le professionnalisme dans le monde des joueurs. Trop d’intérêts se combinent pour laisser le terrain au seul amateurisme, quelles qu’en soient ses vertus et les valeurs qu’il prône. Un des effets est la modernisation accélérée du football et des associations sportives. On voit aussi émerger le cadre européen et ses différents championnats, ses clubs vedettes, tandis qu’apparaît dans un horizon lointain un continent sud américain ambitieux.

L’Amérique latine entre avec ardeur et talent dans la compétition internationale, et l’Uruguay remporte la première coupe du monde en 1930, cette coupe Jules Rimet que le Brésil obtiendra de conserver définitivement en 1970. L’Uruguay est le premier, mais le Brésil surgit avec un football dont chacun s’accorde à reconnaître les qualités artistiques, jeu très différent des styles européens, qui sera magnifié par "o reis" Pelé ; à son sujet, les commentateurs parleront de «révolution noire» et le sociologue brésilien Gilberto Freyre vante les vertus du métissage «afro-brésilien». Avec Pelé, ce sont d’ailleurs d’autres enjeux qui font irruption : la reconnaissance des noirs brésiliens, la réussite sociale et financière de Pelé, chef d’entreprise heureux qui sut gérer intelligemment sa reconversion, héros adulé de tout un pays. Terre d’élection du football, l’Amérique du sud remplit ses stades, et les affrontements entre équipes peuvent y prendre la forme de guerres. Telle celle que, de façon excessive, on a surnommé la «guerre du football», déclenchée en 1969 entre le Salvador et le Honduras, même si, quoi qu’on en ait dit, le match à la victoire contestée fut un détonateur et non l’occasion du conflit. En 1986, derrière Maradona et «la main de Dieu», c’est tout un pays, l’Argentine, qui prend sa revanche sur la guerre des Malouines.

En revanche, l’Afrique, où foisonnent les joueurs de talent, ne parvint jamais réellement à s’imposer comme continent de foot en dépit de la coupe du monde 1982. Ce qui conduit Paul Dietschy à parler de schizophrénie à propos du football africain dans lequel cohabitent un football continental, très politisé, lieu des amateurs et… désinvolte à l’égard des règles, et - hors frontières - le football des joueurs expatriés, qui constituent une élite professionnelle internationale.

Dans les années 1970, c’est un autre football qui s’impose assez vite : le foot-spectacle. La raison tient essentiellement dans l’intervention massive des médias - en particulier de la télévision -, des conditions financières dans un marché qui explose sous l’effet d’une forte concurrence. Coût considérable des droits de rediffusion, salaires des joueurs : en 2001, 75 millions d’euros pour le transfert de Zinedine Zidane de la Juventus de Turin au Real Madrid... Simultanément, le jeu spectacle augmente le poids des supporters, élargit le marché à d’autres classes sociales, d’autres spectateurs ; désormais, on peut regarder chez soi la retransmission en direct d’un spectacle dont l’issue n’est jamais écrite à l’avance. Dans les stades, la violence s’invite aussi avec les passions, le hooliganisme devient un fait de société. Des incidents dramatiques émaillent cette histoire, on se souvient du stade du Heysel en 1985 où 39 supporters de la Juventus moururent dans la panique liée au comportement des hooligans de Liverpool. Sur un autre plan, Paul Dietschy montre toute cette société du football qui rassemble joueurs, spectateurs, journalistes, commentateurs sportifs, dirigeants.

Sport, le football est également le miroir de la société, de ses enjeux, des cultures différentes, d’un milieu à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre. Suivre une partie de football, un championnat, une coupe du monde, c’est, bien au-delà d’une simple confrontation d’équipes, observer (découvrir ? retrouver ?) toute une histoire, un patrimoine culturel. C’est en cela que la lecture du travail de Paul Dietschy est passionnante, y compris pour des lecteurs qui a priori ne s’intéressent pas particulièrement au foot.

Certes, dans un travail aussi épais, on peut regretter des inégalités dans la tension, dans le traitement du sujet, des énumérations, des ruptures fortes entre simples descriptions et réflexions de fond. On aurait sans doute apprécié de suivre davantage les itinéraires des joueurs ou d’aller plus loin. Mais ces reproches sont la rançon de la curiosité éveillée chez le lecteur qui devient insatiable. Il est d’ailleurs vivement conseillé aux lecteurs curieux d’en apprendre davantage et d’aller consulter le blog www.wearefootball.org, blog d’historiens universitaires passionnés par le foot. Paul Dietschy fait partie de son comité de rédaction.

L’Histoire du football de Paul Dietschy vient compléter les travaux pionniers d’Alfred Wahl (Les Archives du Football. Sport et société en France (1880-1980), Gallimard, 1989, et La Balle au pied, Gallimard - «Découvertes», 1990) et constitue une somme de référence bien au-delà d’un ouvrage de circonstance publié à l’occasion de la coupe du monde.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 13/07/2010 )
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