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Athée, tais-toi !
Georges Minois   Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants
Albin Michel 2012 /  25 € - 163.75 ffr. / 459 pages
ISBN : 978-2-226-23931-0
FORMAT : 17,0 cm × 24,5 cm

André Comte-Sponville (Préfacier)
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L’homme dit : faisons Dieu ; qu’il soit à notre image ;
Dieu fut ; et l’ouvrier adora son image
».

Tel est l’aphorisme que Sylvain Maréchal plaça en exergue de son ouvrage Le Lucrèce français, publié en 1781. Cette parodie de le Genèse reflète tout à fait l’athéisme de l’écrivain et révolutionnaire français, lequel fut très lié à Gracchus Baboeuf. Sylvain Maréchal fut d’ailleurs l’auteur, en 1800, d’un Dictionnaire des athées anciens et modernes. Au cours du discours préliminaire, il écrivit : «On nous arrête pour nous dire : « Qu’importe à la chose publique qu’il y ait des athées ? A quoi sert d’encataloguer leurs noms ? Pourquoi renouveler cette vieille querelle ? On n’y pensait plus. De plus grands intérêts nous pressent»… D’autres nous ont dit : «Y pensez-vous ? Votre dictionnaire des athées anciens et modernes servira dans certaines circonstances d’une liste de proscription…», si les hommes de Dieu redevenaient ce qu’ils étaient» (p.11).

La thèse que défend l’historien Georges Minois dans son monumental Dictionnaire des athées, agnostiques, sceptiques et autres mécréants, dernièrement paru aux éditions Albin Michel, est que, plus de deux siècles plus tard, la situation n’a pas fondamentalement changé. Il serait en effet possible d’écrire peu ou prou la même chose. Dans le domaine de l’athéisme, l’histoire aurait sinon reculé, du moins piétiné, comme si les Lumières du XVIIIe siècle avaient cessé de nous éclairer. En raison du funeste retour de l’intolérance religieuse, l’athée ne serait accepté que pour autant qu’il se taise. Comme le relève Georges Minois, tel serait le cas dans les pays musulmans, où l’athée est supposé ne pas exister, ainsi qu’en Occident, où l’incroyant est prié de ne pas ébruiter ses opinions et où ses interventions publiques provoquent tollé sur tollé.

Iconoclaste, ce dictionnaire l’est assurément. Par ce biais, l’auteur vise à reconnaître le caractère tout à fait minoritaire et original de l’athéisme, notamment en ce qui concerne l’expression dans l’espace public ainsi que la revendication ouverte de l’incroyance. La religion demeurerait la norme. Depuis le précédent de 1800, aucune publication de ce type n’a vu le jour. Contrairement à la situation prévalant par exemple outre-Atlantique et outre-Manche, où les publications athéistes sont souvent hautes en couleurs et virulentes, l’athéisme français est quant à lui honteux. Il hésiterait à s’exprimer face aux religions. Ainsi que l’indique Georges Minois, c’est un peu comme si la liberté religieuse était exclusivement comprise comme le droit d’avoir une religion et non pas comme le droit de ne pas en avoir.

Sans prétendre à l’exhaustivité, vain dessein s’il en est, l’historien s’est efforcé de rendre compte du large éventail des nuances de l’athéisme, lesquelles vont de l’athée le plus rigoureux aux sceptiques et agnostiques, qui refusent de se prononcer dans un sens ou dans l’autre, sans oublier par exemple les matérialistes. Ce choix parait très pertinent dans la mesure où, pour dresser un panorama complet de l’incroyance, exercice dans lequel le médiéviste a excellé, il est plus intéressant de ne pas se limiter aux athées purs et durs, mais d’étudier de surcroît tous les personnages qui ont contribué directement ou indirectement à déstabiliser les religions établies. Parmi ceux-ci, le lecteur retrouvera des valeurs sûres comme notamment Louis Aragon, Giordano Bruno, Emil Cioran, Karl Marx, Michel Onfray et Jacques Prévert. Certaines entrées sont quant à elles un peu plus étonnantes (Henry James, Thomas Jefferson, etc.).

L’auteur revient par exemple sur nombre de Révolutionnaires français, dont l’Alençonnais Jacques René Hébert. Partisan de la déchristianisation de la France, au profit du culte de la Raison, celui-ci n’eut de cesse de brocarder dans un style fleuri «la bougre de calotte et la foutre aristracasserie, qui se tiennent par le cul comme des hannetons». Multipliant les attaques contre la religion, il écrivit en mars 1791 que «c’est foutu, nous ne nous laisserons pas mettre dedans par les Jean-Foutres de calotins. Leurs confessions, leur purgatoire, leurs absolutions, leurs indulgences ne sont plus aujourd’hui que de la graine de niais. Les prétendues clés de saint Pierre, avec lesquelles les engueuseurs de papes ouvraient autrefois les deux battants du grand salon du Père éternel, ne nous semblent plus que des rossignols avec lesquels le pontife latin voudrait encore crocheter nos maisons et nos coffres, et enlever ce que nous possédons». Toutefois, le Normand considérait que «le sans-culotte Jésus» avait été «le jacobin le plus enragé de toute la Judée» (p.214).

Peut-être aurait-il été positif de prévoir un index dans cet ouvrage à bien des égards constructif qui n’est en aucune façon le fruit d’un antireligieux primaire.


Jean-Paul Fourmont
( Mis en ligne le 24/04/2012 )
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