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Un objet ? Un monument !
Pascal Dibie   Ethnologie de la porte
Métailié 2012 /  22 € - 144.1 ffr. / 422 pages
ISBN : 978-2-86424-841-5
FORMAT : 15,2 cm × 24,0 cm
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Longtemps accrochés à l’idée que l’exploit tient avant tout dans la fermeture et la défense de la cité plutôt que dans son ouverture, les historiens sont passés à côté de l’aspect autant réel que symbolique des ouvertures». Face à l’immense non-dit sur la «porte», Pascal Dibie réhabilite dans cet essai les rituels de passage et le symbolisme qui s’y rattache avec une connaissance et une maîtrise du sujet remarquables. Cette mise en perspective de la porte et du seuil dans nos civilisations témoigne de la complexité de l’humain dans sa relation au corps, au divin, au sacré, au politique et dans ses rapports sociaux.

De la mythologie à l’époque contemporaine, le matériau de cette étude est dense et riche (papyrus d’Egypte, textes de la Grèce ancienne et de la fondation de Rome, Troisième Evangile et Actes des Apôtres, Dante, Apollinaire, etc.). A l’instar de l’ethnologue, le lecteur voyage sur terre et dans le temps : de Babylone et son symbole absolu, la Porte d’Ishtar, aux propylées d’Athènes, aux entrées solennelles des vainqueurs sous les arcs de triomphe de la Rome antique tandis que les vaincus passent sous le joug, anti-monument si bas qu’il contraint à courber le dos, aux ponts-levis et ceintures de chasteté du Moyen-âge, aux portes du monde d’Asie, d’Océanie..., au passage des allemands sous l’arc de triomphe de Paris pour marquer la prise de la capitale, à la révolution industrielle qui amène confort et nouvel espace d’intimité.

Pascal Dibie décrypte la sociabilité qui s’organise à travers nos portes et la manière dont les hommes les passent… ou pas : portes des villes où les zones d’asile se tenaient au pieds des fortifications, remparts, murailles devenus boulevards, périphériques et banlieues, là où de nos jours, toute une population interlope vit comme si «la banlieue, la mise au ban agissait tel un repoussoir contre tout étranger qui voudrait accéder à la ville». Portes infranchissables même ouvertes à la cour du roi : la logique de prestige et de ségrégation garantie la distance en tant que fin en soi. Principe de distinction justement si difficile à abolir qu’il faut plus d’un siècle de luttes pour imposer un nom aux rues et l’inconcevable banalité-égalité de la numérotation des portes. Portes d’églises, passage du profane au sacré, qui perdent aujourd’hui «leur blindage symbolique et se laïcisent à outrance en même temps que l’idée des sanctuaires qu’elles protégeaient quitte notre imaginaire collectif». Folklore hexagonal d’entrées parlementaires chez nous mais, en Angleterre après un traumatisme sous Charles 1er, la méfiance à l’égard de la monarchie est entretenue et exprimée officiellement - encore aujourd’hui - par la Chambre des Communes… en claquant la porte au nez du «Black Rod». Portes de prison armées de bossages en pointes et portes du Palais marquées de «symboles repoussoirs». Portes du corps, portes et corps : histoire de la pudeur à travers les siècles. Ouverture automatique de portes transparentes devant nous, décloisonnant l’espace à l’ère de la mondialisation mais «retirant aux gestes toute circonspection et tout raffinement».

Malgré le non-dit historique, la porte s’est inscrite dans notre langage et l’auteur émaille son récit d’exemples dont voici un petit florilège : les fornix, premiers arcs maçonnés de la Haute Antiquité, abritent les péripatéticiennes rebaptisées fornicatrix (d’où : fornication, forniquer) ; les portes des villes sont fortifiées pour faire «front» à l’ennemi (1292, d’où : frontière) ; pour se faire ouvrir les portes du pont-levis les chevaliers donnaient du cor… donc «sonnaient» ; on frappe à l’huis (la porte - d’où : huis-clos, huisserie) ; aux portes des villes il faut montrer son «sauf-alant et venant» (XIIIe) devenu «passe-port» (1420, d’où : passeport) complété, après la fuite du roi à Varennes, d’une approbation temporaire dite «visa» (1522) ; la nuit dans Paris sans électricité, les passants étaient éclairés jusqu’à leur porte par des hommes ''avec des cierges'' (d’où : concierge)…

Un travail colossal et passionnant sur l’histoire de la Porte qui rappelle que «ce n’est pas la matérialité qui fait l’objet» mais bien les rituels et symboles qui s’y rattachent.


Marie-Claude Bernard
( Mis en ligne le 20/11/2012 )
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