L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Jeudi 21 juin 2018
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Histoire Générale  
 

Le Soudan, du Paléolithique au XXIe siècle
 Collectif   Histoire et civilisations du Soudan - de la préhistoire à nos jours
Bleu autour Soleb 2017 /  49 € - 320.95 ffr. / 960 pages
ISBN : 978-2-35848-092-5
FORMAT : 20,2 cm × 25,3 cm
Imprimer

Une somme impressionnante sur le Soudan : sept auteurs, coordonnés par Olivier Cabon, dressent un panorama remarquable de ce pays mal connu, trait d’union entre l’Afrique et la Méditerranée. Un panorama appuyé sur de nombreuses citations de sources et une très belle iconographie. Olivier Rolin (auteur de deux romans sur le Soudan : Méroé et Port-Soudan, le second situé dans un Soudan imaginaire) présente le pays dans une belle préface ; il a repris pour l’occasion ses carnets de voyage de 1994 et en tire des images : Khartoum, ville où se rencontrent Nil blanc et Nil bleu, les pyramides de Méroé, la falaise mauve de Gébel Barkal, les lions de grès rouge de Naga, etc.

Le Soudan : un pays largement ignoré, à la fois proche et lointain, connu aujourd’hui surtout par des nouvelles de conflits incessants : la sécession du Soudan sud (riche en pétrole) en 2011, suivie de guerres en dépit des tentatives de l’ONU ; autre guerre : la guerre du Darfour au nord, un régime impitoyable installé à Khartoum. Bref, le Soudan apparaît essentiellement dans l’actualité tragique.

L’ouvrage présente une image infiniment plus complexe et rappelle que le Soudan est le lieu d’une des plus vieilles civilisations. Le plan est chronologique. La première partie couvre la période du Paléolithique au XVIe siècle : 495 pages érudites de Claude Rilly, ancien directeur de la section française de la direction des Antiquités du Soudan, directeur de la mission archéologique française à Sedeinga, chargé de recherche au CNRS, qui, pour ce travail, a reçu le prix Jean-Leclant pour l’année 2017. Claude Rilly enrichit son texte de nombreuses citations de sources bienvenues, et d’une riche iconographie, qui éclairent cette histoire complexe.

La région est peuplée depuis le Paléolithique, comme le prouvent les fouilles effectuées sur l’île de Saï, au Nord du Soudan (présentée par Vincent Francigny, directeur de la mission archéologique de l’île de Saï). Un royaume de Kerma s’y est développé, avant que la colonisation égyptienne ne le défasse et ne s'établisse vers 1450 avant notre ère. Les pharaons égyptiens dominent ce pays de Koush, le Nord du Soudan actuel, de 1450 à 850 avant notre ère, et y laissent des traces encore visibles. Pour autant, les relations sont difficiles et les guerres, régulières ; les Koushites finissent par l’emporter et soumettre les Égyptiens, ouvrant la voie à une dynastie de «pharaons noirs» (850-664).

Cependant, cette domination n’a qu’un temps et commence l’époque du repli sur le royaume de Napata (664-290). Méroé en est la capitale, et le royaume sort de l’orbite méditerranéenne. Avec Hérodote qui relate l’épisode de l’envoi d’espions du roi perse Cambyse à Méroé, au pays qu’il nomme terre des Éthiopiens, épisode dont on ne sait s’il est historique ou légendaire, le royaume napatéen renoue des relations commerciales avec la Perse. C’est lors de l’installation de la dynastie lagide en Égypte (305-31) que les Grecs découvrent le royaume de Koush, et transmettent la tradition présente chez Homère et relayée par Hérodote qui fait de de la terre des Éthiopiens une terre de sagesse et d’hommes vertueux.

De 290 à 350 après JC, s’épanouit le royaume de Méroé qui fournit à ses voisins du nord, ivoire, ébène, or, peaux de fauve, esclaves exotiques fort appréciés, éléphants de combat... tandis que les savants d’Alexandrie multiplient traités littéraires et géographiques sur cette terre à la fois voisine et lointaine, pour laquelle on imagine un mythe de fondation grecque. La période suivante voit la chute du royaume de Méroé, puis la domination romaine et, à partir du VIe siècle, la lente christianisation de la région (543-1500), avant son islamisation, conséquence de l’installation des Ottomans à Constantinople, et la naissance d’un royaume Fung (1500-1820). De cette histoire tourmentée, restent des souvenirs qui perdurent au-delà des civilisations qui avaient conquis la région : pyramides de Méroé construites après les derniers pharaons égyptiens, églises de Dongola ornées de riches fresques murales inspirées par Byzance, alors même qu’Istanbul a remplacé Constantinople.

Le Soudan, ce bilad as-sudan, «pays des noirs» que décriront les géographes arabes, et qui n’existe pas encore, vit ainsi sous l’ombre portée des grandes civilisations méditerranéennes, qu’il s’approprie en partie… Une histoire riche et largement méconnue hors d’un cercle étroit de spécialistes et qui, ici, est mise à la portée du plus grand nombre.

Cette période trouve un terme au XIXe siècle avec, dans un premier temps, l’expansion égyptienne sous le règne de Méhemet Ali, puis, lorsque les Anglais imposent leur protectorat à l’Egypte et étendent leur présence au Soudan, à la suite de l’accord anglo-égyptien de 1899 qui y établit un condominium anglo-égyptien, non sans rencontrer de fortes oppositions. S’ouvre une phase de modernisation dans le contexte de la colonisation et de perte d’indépendance. Le Soudan voit ses richesses exploitées, devient une terre de tourisme. L’indépendance n’est obtenue qu’en 1956. Bernard François dresse de façon claire les grandes lignes de cette histoire depuis 1820. L’ouvrage se termine sur une description des différents aspects de la vie au Soudan actuel (rites de mariage, condition féminine, etc.) et surtout sur les superbes portraits, réalisés par Olivier Gabon, maître d’œuvre de cette belle entreprise éditoriale et également auteur d’une «petite bibliothèque subjective» et d’Indices, index qui clôt le livre.

On ne peut que saluer ce beau travail qui s’adresse tout autant aux spécialistes qu’au grand public soucieux de mieux connaître (ou de découvrir) ce grand pays de l’Est africain, voie de relation entre Méditerranée et continent africain.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 02/02/2018 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd