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Qui a peur du loup ?
Michel Pastoureau   Le Loup - Une histoire culturelle
Seuil 2018 /  19,90 € - 130.35 ffr. / 156 pages
ISBN : 978-2-02-140395-4
FORMAT : 19,3 cm × 24,0 cm
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Lire Michel Pastoureau est toujours un véritable plaisir, plaisir d’écriture et plaisir de découverte. Cet historien, chartiste de formation, nourri d’une solide érudition (l’ouvrage se termine sur une abondante bibliographie), maîtrise avec talent l’art de rendre ses lecteurs intelligents sans les ennuyer.

S’il est surtout connu du grand public pour son histoire des couleurs, il est à l’origine spécialiste d’héraldique et a soutenu en 1972 une thèse sur Le Bestiaire héraldique médiéval, recherche qu’il a toujours poursuivie, et qui a abouti à quelques publications : L’Ours, histoire d’un roi déchu (2007), Bestiaires du Moyen Age (2011), Le Roi tué par un cochon (2009).

Avec le loup, Michel Pastoureau rassemble quarante ans de lectures, séminaires, communications diverses autour de cet animal qui occupe en Europe une place fondamentale dans la culture, l’imaginaire et, à certaines époques, le quotidien des populations. Une place de choix dans ce que, reprenant une expression de François Poplin, Michel Pastoureau nomme le «bestiaire central», constitué dès la proto-histoire : «Il s’est bâti autour d’un noyau primitif composé de huit animaux à la fois sauvages et indigènes : l’ours, le loup, le sanglier, le cerf, le renard, le corbeau, l’aigle et le cygne». Les ont rejoints : taureau, cheval, chien, porc, âne, coq… sans oublier le dragon, le lion, l’éléphant et le singe…

Le loup, Michel Pastoureau le démontre dans une introduction éclairante - qui est aussi une réflexion sur l’Histoire –, a accompagné la vie des hommes, semant la terreur ainsi que l’attestent nombre de documents d’archives, même si le discours actuel proposé au grand public tend à minimiser ses méfaits… Des méfaits plus ou moins violents selon les époques, les périodes de prospérité ou au contraire de famine, au cours desquelles le loup sort des bois…

Ainsi durant les XII-XIIIe siècles, la peur du loup s’amenuise, mais reprend avec vigueur dès les temps difficiles de la fin du Moyen Age et de l’époque moderne, marqués par les épidémies, les famines, les guerres et leur cortège de malheurs. «Le fauve ne s’attaque plus seulement au bétail mais aussi aux enfants, voire aux adultes. Le nier, comme le font aujourd’hui certains défenseurs du loup, c’est nier la réalité historique. Tous les documents vont dans le même sens : le loup quand il a faim peut s’attaquer aux humains. Ce que ne fait plus le loup actuel, rare, prudent et craintif».

Michel Pastoureau s’inquiète des tendances en vogue qui se plaisent à nier le travail de l’historien et la lecture des sources pourtant dument attestées : «Cette remise en question des sources historiques et du travail des historiens par des avocats trop zélés de la cause animale a quelque chose d’inquiétant. (…) prendre nos savoirs actuels pour des vérités éternelles et universelles, transposables telles quelles, sans précaution aucune, dans le passé, y compris le passé lointain, est non seulement absurde mais aussi dangereux».

Toutefois, le loup garde durablement, jusqu’à une date récente, une exécrable réputation, dont les traits principaux se retrouvent dans la définition qu’en donne Buffon dans son Histoire naturelle : le loup «désagréable en tout, la mine basse, l’aspect sauvage, la voix effrayante, l’odeur insupportable, le naturel pervers, les mœurs féroces, il est odieux, nuisible de son vivant, inutile après sa mort».

Si le loup a durablement terrorisé les populations (la bête du Gévaudan de sinistre mémoire était probablement un – ou plusieurs - loup), qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Il est devenu l’un des grands héros de la littérature enfantine, apaisé, «civilisé». R. Kipling avec Mowgli, l’enfant élevé dans la jungle par les loups, est le premier à inverser la lecture traditionnelle ; depuis le loup fait peur «pour rire», voire émeut, devient une peluche pour enfant… mais reste un animal fascinant.

Cette histoire culturelle du loup, de l’Antiquité à nos jours, fort bien écrite, qui ouvre de vastes horizons de réflexion et met à mal nombre de clichés, est abondamment illustrée, d’une riche iconographie qui rajoute au plaisir de lecture.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 04/02/2019 )
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