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A contre-jour, à contre-Champs
Ludivine Bantigny   ''La plus belle avenue du monde'' - Une histoire sociale et politique des Champs-Elysées
La Découverte 2020 /  21 € - 137.55 ffr. / 286 pages
ISBN : 978-2-348-05457-0
FORMAT : 13,5 cm × 22,0 cm
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Historienne, maîtresse de conférences à l’université de Rouen, Ludivine Bantigny est une spécialiste de l’histoire des mouvements sociaux. C’est sous l’angle de l’histoire sociale et politique qu’elle a repris l’histoire des Champs-Elysées. Aussi ne faut-il pas s’attendre à un guide touristique de «la plus belle avenue du monde» mais à une analyse historique de sa construction et de son rôle dans la ville, hier et aujourd’hui, dans la lignée de l’oeuvre des sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot.

D’emblée l’auteure avertit son lecteur : «A distance du légendaire, le livre propose une histoire sensible de l’avenue, au carrefour de ses moments rares et de sa vie ordinaire». Les illustrations photographiques en noir et blanc, vont dans ce sens : le Fouquet’s en flammes (16 mars 2019), une mendiante (8 août 2010), des policiers face aux Gilets jaunes (24 novembre 2019), mais aussi des reproductions de gravures, de vues stéréoscopiques, photographie du théâtre de marionnettes, vitrines de marques, etc. Toute la diversité des Champs-Elysées (étendus au quartier et aux rues et avenues annexes) est appréhendée.

Ludivine Bantigny a fondé son étude sur des sources variées : riche bibliographie (donnée en notes de bas de page, ce qui est appréciable…), témoignages et entretiens. Elle donne la parole aux anonymes qu’elle a rencontrés : Joseph le kiosquier, Hélène, concierge (fonction oh combien importante !) dans «un Palace du quartier», Boualem et Sikar, balayeurs, Léa, hôtesse d’accueil au Fouquet’s, Alma, fille d’avocats d’affaires… Ces Champs-Elysées, devenus célèbres, auxquels il est coutume d’accoler l’épithète de «plus belle avenue du monde», sont relativement récents dans le paysage parisien. «C’est une histoire contradictoire que celle des Champs-Elysées : l’histoire d’un bout de campagne, hors les murs et parfois hors la loi, où l’on ne s’aventurait pas sans méfiance. Mais dès lors comment s’est fabriquée l’avenue de la célébrité ?».

Rien de glamour en effet à l’origine des «Champs-Elysées» : un lieu marécageux, dangereux, loin de tout, qui reçoit au XVIIe siècle le nom qui fera sa fortune, un plan de Paris l’atteste en 1694. La référence à l’Antiquité l’ennoblit, mais pour autant le lieu ne devient pas prestigieux, les vaches y pâturent, et la «voie royale» tournée vers Versailles, plantée, à l’initiative du roi, d’arbres et de jardins, demeure champêtre. Les immondices s’accumulent dans les fossés et l’endroit ressemble surtout à un égout poussiéreux en plein air. Tout change avec les initiatives du marquis de Marigny, frère de la marquise de Pompadour et surintendant des bâtiments du roi, qui en 1764 en entreprend l’urbanisation, tandis que la place Louis XV (actuelle place de la Concorde) est édifiée par l’architecte Gabriel.

Le quartier attire les lieux de plaisir, théâtres éphémères, jeux, etc., et reçoit une foule mélangée socialement, ce qui restera sa marque identitaire durant les siècles suivants. L’Empire poursuit la volonté d’en faire un lieu prestigieux, lieu de parade à l’occasion du mariage de Napoléon et de Marie-Louise, projet de l’Arc de triomphe, mais en 1815 l’occupation des troupes étrangères est dévastatrice. Cédés par l’Etat à la Ville de Paris (loi du 20 Août 1828), les Champs-Elysées confirment leur vocation de lieu de parade, lieu politique (en décembre 1848, le palais de l’Elysée devient lieu de résidence du président de la seconde République et le demeure), l’haussmannisation sous le Second empire et la Troisième République accentue sa fonction de lieu mondain, voie vers le bois de Boulogne. Le tracé des avenues depuis l’Etoile, l'aménagement des espaces verts, la construction des immeubles se déploient sous les initiatives de Haussmann, d’Hitorff et d’Alphand. De riches particuliers y font édifier de superbes hôtels dont la plupart ont été détruits et dont l’hôtel de la Païva (aujourd’hui propriété du très sélect Traveller’s club) est l’un des rares témoins survivants.

Depuis, les «Champs» ont connu heurs et malheurs selon les moments, tout en restant un lieu à part dans l’espace parisien, peu fréquenté par les parisiens eux-mêmes, mais ouvert aux visiteurs, aux touristes français ou étrangers, et - surtout depuis la création du RER - aux banlieusards. Des permanences s’imposent : lieu de parade idéale, qu’il s’agisse de célébrer des victoires dramatiques - la fin des guerres - ou plus anecdotiques - le championnat du monde de football - ou encore des funérailles - celles de Victor Hugo, «dans le corbillard des pauvres», ou de Johnny Hallyday…

Un lieu de manifestations politiques : manifestation gaulliste du 30 mai 1968, ou celles des Gilets jaunes depuis octobre 2018. Un lieu de manifestations nationales telles le défilé du 14 juillet, ou les fêtes du bicentenaire de la Révolution en 1989. Un espace de fête, lors de la nuit de la saint Sylvestre par exemple. Un espace de culture avec les nombreux cinémas qui dans les années 1960 accueillaient seuls, ou presque, les «exclusivités» en «sortie nationale». Un espace spontanément associé au luxe, ce dont témoignent avec éloquence le côté des numéros impairs avec ses banques, restaurants prestigieux (le Fouquet’s exemplaire…), enseignes de grand luxe, concessionnaires automobiles. En face, le côté pair, ensoleillé l’après midi, lieu agréable de promenade, est fréquenté par un autre type de visiteurs, touristes et badauds, clientèle des commerces plus populaires, des franchises, des centres commerciaux, des fast-foods. Deux mondes qui le plus souvent s’ignorent. Ainsi, note Ludivine Bantigny : «Les Champs-Elysées racontent les inégalités au plus haut de leur intensité».

Un ouvrage intéressant, bien documenté, qui invite à regarder d’un autre oeil l’avenue la plus célèbre de Paris et, somme toute, à la découvrir méconnaissable…


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 02/12/2020 )
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