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Zoom sur la Fosse
Agnès Terrier   L'Orchestre de l'Opéra de Paris - De 1669 à nos jours
La Martinière 2003 /  45 € - 294.75 ffr. / 327 pages
ISBN : 2-7324-3059-5
FORMAT : 24x28 cm

Préface de Hugues-R. Gall.
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Si l’Opéra de Paris a fait à de nombreuses reprises l’objet d’études ou de recherches historiques, son orchestre en revanche n’avait jamais donné lieu à une publication. C’est chose faite, grâce au travail d’Agnès Terrier, à la demande de l’actuel directeur de l’Opéra, Hugues Gall. En retraçant le parcours de cette formation, la plus ancienne de France, ce beau livre met en lumière ceux qui sont dans l’ombre, les musiciens de la fosse. Parent pauvre de l’institution – le public ne s’installait-il pas pendant les ouvertures jusqu’à une période récente ? - l’Orchestre de l’Opéra de Paris méritait bien cet éclairage.

Six chapitres, correspondant aux grandes phases du développement de l’orchestre, nous transportent à travers plus de quatre siècles d’histoire de la musique et des musiciens : histoire des compositeurs, avec les grands noms qui se succèdent à sa direction, de Lully à Lieberman, en passant par Rameau ou Habeneck ; histoire des interprètes de Nicolas Dauvergne à Patrice Fontanarosa ; histoire de la facture instrumentale enfin, à travers les améliorations techniques apportées au fil des siècles, et l’introduction progressive de nouveaux timbres.

Ce qui ressort, à la lecture de cet ouvrage, extrêmement documenté grâce au précieux fonds d’archives de la Bibliothèque du Palais Garnier, c’est la continuité avec laquelle l’orchestre de l’opéra a travaillé et évolué. Les déménagements, les révolutions, les guerres, et même les hauts et les bas de sa renommée nationale et internationale semblent ne pas l’avoir affecté. Il n’est touché que par la Première Guerre mondiale, qui mobilise plus des deux tiers de ces effectifs.
Cette continuité a rendu possible la transmission d’un esprit d’excellence et d’un savoir-faire, relayé par le Conservatoire de Paris, dont les musiciens de l’orchestre sont aussi souvent professeurs. A cet égard, ce livre est remarquable par l’hommage qu’il rend aux hommes qui ont composé cette phalange, si souvent oubliés dans les mémoires au profit de leurs chefs.

Cette continuité a permis, aussi, la construction, lente et progressive de l’orchestre symphonique tel que nous le connaissons aujourd’hui. La lecture de l’ouvrage balaie ainsi nombre d’idées reçues, et notamment l’image d’un orchestre comme structure figée, n’ayant pas évolué depuis des siècles. C’est parfois un véritable feuilleton à travers les chapitres que de suivre l’introduction, un à un, des nouveaux instruments, du positionnement des musiciens par rapport au public (hier sur la scène, de dos, aujourd’hui en contrebas de face, dans la fosse), ou encore la querelle qui opposa compositeurs, musiciens et chefs autour de la battue de la mesure. A travers cette rétrospective, c’est bien de la construction de notre orchestre moderne dont il s’agit, et du long processus musical à la recherche de son timbre, de son unité.

Mais cet ouvrage ne se contente pas de retracer l’histoire musicale de l’orchestre : son histoire sociale n’est pas oubliée. Il faut souligner dans ce domaine la qualité et la précision du travail d’Agnès Terrier, qui n’a apparemment pas hésité à se plonger dans les archives des feuilles de paye, contrats des musiciens et statuts de l’orchestre de son origine à nos jours ! On découvre ainsi que certaines des caractéristiques de la profession de musicien d’orchestre datent de la création de cette première institution musicale de France : des carrières longues, de l’adolescence à la retraite dans la plupart des cas, l’établissement de la paye sur une base annuelle et non en fonction des prestations, ou encore l’existence de conflits opposant les musiciens à leur administration !

D’autres aspects de l’histoire sociale sont également mis en avant, comme le niveau de vie des musiciens par rapport au reste de la population et aux autres artistes de l’opéra, ou encore la lente introduction des femmes dans l’orchestre (La première, la harpiste Lily Laskine, n’y trouve droit de cité qu’en 1909, faute de postulants d’un niveau acceptable dans les rangs de ses concurrents masculins depuis plusieurs sessions !). Les années 20-30 font également l’objet d’une description précise, cette période marquant un tournant dans l’encadrement social de la profession.

On pourrait bien sûr reprocher à Agnès Terrier d’avoir négligé ou peu mis en avant certains aspects. La place accordée à l’orchestre dans la politique culturelle est souvent maigre. Si des comparaisons sont souvent dressées avec des formations françaises concurrentes (mais non rattachées à un opéra), il aurait pu être intéressant également de mentionner quelques orchestres lyriques étrangers et de mettre leurs évolutions en parallèle. Enfin, la période contemporaine semble manquer parfois d’objectivité ou de remise en question, et est sans doute la moins intéressante de l’ouvrage.

Reste la richesse du contenu iconographique de cet ouvrage, qui mêle manuscrits, lettres, portraits des personnages célèbres et photographies de grande qualité. De nombreuses citations d’écrivains (Rousseau notamment) ou de personnalités de chaque époque contribuent également à enrichir les textes.
Bien plus qu’un catalogue (ce livre a été rédigé en lien avec l’exposition qui se tient actuellement, et jusqu’au 3 mars 2004, au Palais Garnier), c’est là un livre très agréable à lire, ponctué d’anecdotes croustillantes, comme le récit du jour où Habeneck cassa son violon sur la tête d’un musicien…


Blandine Malefant
( Mis en ligne le 22/12/2003 )
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