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Autodafés, incendies et autres ravages…
Lucien X Polastron   Livres en feu - Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques
Gallimard - Folio essais 2009 /  9.10 € - 59.61 ffr. / 543 pages
ISBN : 978-2-07-039921-5
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication en janvier 2004 (Denoël - Médiations).
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Lucien X Polastron nous invite à une déambulation dans un immense champ de ruines : celui qui, de la Thèbes du XIVe siècle avant notre ère jusqu’à Bagdad en 2003, aura vu disparaître en fumée tant de ces inestimables dépositaires du savoir humain que sont les bibliothèques. Voici une lecture qui désespérera les bibliophiles et fera grincer les dents de tous les bookworm qui se respectent. Car Livres en feu propose une chronologie très complète du «génicide» infini qui, depuis la nuit de l’écriture, ravage les bibliothèques. Que ce soit pour des raisons idéologiques, par négligence ou accidentellement, le livre semble être, après l’homme, la victime systématique des caprices et des barbaries de l’histoire.

Qui n’a dans l’esprit les traumatisantes cérémonies des bûchers nazis, dans lesquels étaient précipités les écrits des auteurs jugés indésirables par le parti ? Cette image très forte apparaît pourtant comme métonymique quand on lit l’ouvrage de Polastron. On y apprend en effet que l’autodafé, loin d’avoir été l’apanage du régime hitlérien, est une pratique ancestrale, pour ainsi dire obligée quand une culture, une civilisation ou un dogme prétendent s’imposer à d’autres…

Servi par une érudition sans faille et une plume virevoltante, volontiers ironique, le récit de Polastron nous fait progressivement prendre conscience de l’ampleur du désastre, quand il énumère les millions de volumes, de manuscrits, d’incunables ou d’imprimés détruits tantôt par le brandon des oulémas, tantôt par celui des inquisiteurs et des conquérants de tous poils. Le lecteur se prend alors à se demander rêveusement ce que serait le monde actuel si un tel patrimoine écrit avait pu être sauvegardé et transmis.

Quand la sauvagerie des fanatiques n’y est pour rien, ce sont les accidents, intempéries et catastrophes naturelles qui s’y mettent… Lors d’un incendie en 1883, des 13000 volumes rassemblés à la Bibliothèque de l’Indiana, on parvint à en sauver… deux ! En 1906, un tremblement de terre éjecte de leurs rayonnages les 200000 livres de la bibliothèque publique de Stanford et les enflamme. Une fuite de gaz, un commutateur tourné et c’est 100000 livres qui disparaissent à Norwich en 1994… On assiste cependant parfois à de belles scènes et de nobles élans de solidarité pour préserver les ouvrages précieux, comme par exemple à Florence en novembre 1966, quand l’Arno en crue inonda la Biblioteca Nazionale et que des milliers de volontaires se relayèrent pour se passer les volumes à la chaîne. Il faudra paraît-il encore dix ans pour décrotter et restaurer les 35500 volumes sauvés…

Enfin, Polastron a l’audace d’intégrer dans son panorama de la destruction l’outil sur lequel reposent pourtant tous les espoirs de sauver l’écrit : l’ordinateur. Peu confiant dans le miracle de la numérisation, il prophétise la disparition des archives intermédiaires utilisées jusqu’à présent par le grand public, «suréquipé par la communication électronique chez soi» et annonce la cohabitation – déséquilibrée – de deux lectorats bien différents : «le piéton des livres et celui qui charge ses lectures et sa carte de crédit depuis son canapé.» En 2100, annonce-t-il, plus de papier, «c’est la désubstantialisation généralisée des échanges qui le veut : l’argent liquide disparaît de nos poches, déjà le journal est évanescent». Privée de sa matière première, ouverte à l’infini dans une dimension virtuelle et inépuisable, la bibliothèque rejoindra alors les fantasmes de ce grand auteur biblioclaste que fut Borges. Elle aura définitivement changé d’esprit. L’homme aussi.


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 30/06/2009 )
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