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Emmanuel Le Roy Ladurie   Histoire humaine et comparée du climat - Volume 1 - Canicules et glaciers (XIIIe-XVIIIe siècles)
Fayard 2004 /  25 € - 163.75 ffr. / 740 pages
ISBN : 2-213-61921-2
FORMAT : 16x24 cm

L’auteur du compte rendu : Rémi Luglia, professeur agrégé d’Histoire et interrogateur en deuxième année dans une classe préparatoire commerciale, est doctorant à Sciences-Po Paris où il mène une recherche sur l’histoire de la protection de la nature en France de 1854 à nos jours à travers le mouvement associatif.
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Emmanuel Le Roy Ladurie est considéré comme le créateur de l’histoire du climat. Ce grand historien a par ailleurs exploré de nombreux autres domaines historiques, tant sociologiques qu’institutionnels. Cette masse de connaissances, il nous la livre ici en croisant les données et les faits. C’est ce que l’on attend de l’historien mais l’originalité d’Emmanuel Le Roy Ladurie est d’y intégrer les données climatiques. On aboutit ainsi à une véritable somme sur la période qui s’étend de 1200 à 1741.

Le plan de l’ouvrage est rigoureusement chronologique : siècles et décennies s’enchaînent les uns aux autres. On a ainsi toute facilité pour s’y retrouver. Le corps du texte est constitué par les données climatiques collationnées par l’auteur. De nombreuses sources, toujours citées, sont mises à contribution : journaux personnels, chroniques royales ou monastiques, lettres diverses… Nombreux en effet sont les documents d’origine anthropique qui évoquent le temps qu’il fait. Preuve s’il en ait de l’importance vitale que nos ancêtres accordaient aux conditions météorologiques. Jusqu’au XVIIIe, voire jusqu’au XXe siècle, l’Europe peut être considérée comme une société de subsistance où les aléas pesant sur les récoltes sont synonymes de disettes ou de famines, pour l’essentiel d’une population très largement rurale et agricole.

Il existe d’autres méthodes pour connaître les climats du passé. Citons l’étude des cernes de croissance des arbres. L’auteur rassemble ici la variété de ces données, les compare et dresse une chronologie remarquablement précise des variations météorologiques. Notons d’emblée qu’il ne se contente pas de la météorologie mais qu’il nous montre aussi les variations sur une plus longue durée, ce qui, en gommant la variabilité saisonnière et annuelle, permet de percevoir et de définir les fluctuations d’ordre climatique. Emmanuel Le Roy Ladurie nous fait alors pénétrer dans l’univers fort débattu par des générations d’historiens du Petit Optimum Médiéval (POM) et surtout du Petit Age Glaciaire (PAG) qui va occuper l’essentiel de l’ouvrage.

L’intérêt premier de ce livre réside donc dans cette accumulation de données précises comparées à l’échelle de l’Europe. Vous voulez savoir combien de jours il a plu le mois où est né le futur Louis XIV (septembre 1638) ? La page 407 vous répondra 19 jours, ce qui est assez élevé comparativement aux années précédentes, grâce aux notations du langrave Hermann IV de Hesse.
Toutefois, Emmanuel Le Roy Ladurie va plus loin : il veut mettre en relation les données météorologiques et les sociétés humaines. Aux pages 491 à 493, par exemple, l’auteur nous apprend que l’hiver 1695-1696 en France a été plutôt doux et sec (ce qui est positif) mais que le printemps fut assez frais avec des mois de mai et de juin très arrosés. Conséquences en France : peu de vin mais du blé en quantité très correcte. Peu de problème donc. Par contre, en Finlande, ce n’est pas la même histoire : les gelées précoces détruisirent quasiment entièrement la récolte, ce qui obligea la population à manger du pain d’écorce de pin, puis ce qu’elle pouvait. Conséquence : une famine terrible qui fit périr entre 25 et 30 % de la population. Aucune aide ne parvint de l’extérieur faute de moyens de transport et par l’insuffisance de l’organisation des pouvoirs publics. On comprend à travers cet exemple très précis tout l’intérêt qu’il y a à croiser les données météorologiques avec les événements d’ordre politique (la Fronde ou l’échec tragique de l’armée suédoise en Russie en 1709 par exemple), sociétal ou démographique.

Sous la plume d’Emmanuel Le Roy Ladurie naissent de nouveaux facteurs explicatifs pour l’historien. On attend avec impatience la publication du second volume qui étudiera la période s’étendant de 1742 à nos jours et qui posera, n’en doutons pas, la question du réchauffement climatique d’origine anthropique. Souhaitons qu’il fourmille comme le présent ouvrage de données précises et comparées rapportées aux faits humains et aux structures de nos sociétés.


Rémi Luglia
( Mis en ligne le 07/10/2004 )
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