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Splendeurs et misères de la Sérénissime
Alvise Zorzi   Histoire de Venise
Perrin - Tempus 2005 /  11 € - 72.05 ffr. / 626 pages
ISBN : 2-262-02324-7
FORMAT : 11x18 cm

L'auteur du compte rendu : Rémi Mathis est élève à l'Ecole Nationale des Chartes. Il prépare une thèse sur Simon Arnauld de Pomponne sous la direction d'Olivier Poncet (ENC) et Lucien Bély (Paris IV).
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Si elle est l’une des plus visitées, Venise est peut-être la ville du monde qui traîne le plus de clichés et d’idées fausses. Il faut dire qu’il s’agit d’un lieu qui a toujours fasciné les hommes : cette cité flottant sur l’eau a attiré tous les écrivains, des plus anciens aux plus récents, du meilleur au pire, de Du Bellay à Sollers ; elle a été le centre du commerce pendant des siècles, un pôle artistique majeur et aujourd’hui encore une ville touristique de premier plan. Son système politique est sans équivalent au Moyen-âge et à l’Époque moderne. Aussi est-il bon que des livres fassent le point sur l’histoire de la Sérénissime, afin de mettre en cause les idées reçues et donner une vision synthétique de l’originalité vénitienne.

Si l’on ne peut retirer à ce livre le mérite d’exister et de constituer une première approche du le monde vénitien, le volume n’est – hélas – pas exempt de reproches. On peut dès maintenant regretter qu’il ne s’agisse que d’une réédition d’un livre, certes classique, mais désormais assez ancien (il date de 1979 en italien, 1988 pour la traduction française) sans que cela n’ait donné lieu à une mise à jour ou à une édition augmentée.

L’ouvrage nous narre comment les hommes qui ont eu l’idée de s’installer au milieu d’une lagune de la mer Adriatique, asséchant peu à peu les marais, ont construit une véritable cité qui a acquis son indépendance religieuse et politique. Puis, comment un système unique s’est mis en place, reposant sur des grandes charges dont les titulaires étaient élus. Peu à peu, Venise est devenue une place importante qui, faute de pouvoir tirer ses ressources de la terre, s’est tourné vers la navigation et le commerce jusqu’à tenir la première place en Méditerranée orientale. Cette puissance est bien visible quand en 1204, la croisade, détournée de son but premier, aboutit à la prise de Constantinople. Venise est alors la troisième ville d’Europe, elle est couverte de palais et attire les artistes. L’âge d’or se poursuit au-delà de la Renaissance, après la grande période des Tintoret et autres Bellini. Mais l’organisation se sclérose, les grandes familles qui faisaient la richesse de la Sérénissime par leur dynamisme commerciale se retirent de plus en plus de ces activités tandis que d’autres puissances montent dans la région. Le modèle a vécu et Venise perd ses possessions méditerranéennes, voit les troupes de Bonaparte l'envahir avant qu’elle ne soit intégrée à l’Empire autrichien. Ce livre nous raconte donc les vicissitudes qu'a connues la Sérénissime de sa fondation jusqu'au milieu du XIXe siècle, prenant ainsi la forme d'une courbe de Gauss dont la flèche se trouverait quelque part entre le XIVe et le XVIe siècle.

Cette Histoire de Venise suit un plan strictement chronologique qui, pour être clair, n'était pas forcément le plus pertinent. En effet, il se perd dans une narration très factuelle, complète mais fastidieuse : la lecture en est assez rapidement ennuyeuse et, surtout, il est très difficile d’en tirer une vision claire des événements, de prendre un peu de hauteur pour avoir une vision dégagée sur les grands traits de l’histoire vénitienne. On aurait aimé des arrêts sur image pour présenter le commerce ou la culture à certaines périodes, des chapitres plus thématiques afin de mieux appréhender ce qui fait l'originalité de la cité vénitienne. Peut-être aurait-il fallu qu’une introduction pose les questions actuelles, explicite les enjeux, expose une problématique générale ou un projet?

Le style de l’auteur est assez agréable et clair, quand il ne tombe pas dans l’emploi de tournures journalistiques. En revanche, il est décevant qu’un historien reprenne à son compte des jugements non nuancés de contemporains : n’est-ce pas oublier de critiquer ses sources ou au moins de nuancer son jugement que de parler de son «tempérament mou, timoré et bigot qui transparaissait à travers sa peu avenante physionomie» (p.464) à propos de Lodovico Manin ? Quelques imprécisions parsèment le texte : le lecteur peut se montrer sceptique quand, insistant sur l’originalité (bien réelle) de la culture vénitienne, l’auteur suggère un éventuel lien entre un couvre-chef représenté sur une pierre tombale de l’âge du bronze et celui des futurs doges de la cité quelques deux mille ans plus tard (p.11).

Le livre comprend une très utile chronologie à laquelle on se réfère souvent. On regrette en revanche qu’il n’y ait pas d’index. Autre regret : le lecteur curieux d’approfondir sa découverte n’aura droit qu’à une bibliographie assez pauvre et dont tous les livres ont plus de vingt ans ! On notera enfin dans les annexes l’absence de cartes, ce qui rend la lecture difficile.

En conclusion, que penser de cet ouvrage ? Il est difficile de comprendre à quel public il s’adresse. Le grand public sera peut-être rebuté par le caractère fastidieux de la longue chronique des doges et des guerres quand l’extraordinaire aventure des commerçants, des découvertes ou de la culture vénitienne aurait gagné à être mieux traitée. D’un autre côté, le livre n’est pas non plus destiné aux spécialistes qui n’y trouveront pas la rigueur ni la hauteur de vue recherchées. Les étudiants y trouveront par contre une mine d'informations.


Rémi Mathis
( Mis en ligne le 22/04/2005 )
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