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Tour du monde de la France à l’étranger
Martin Fraudeau   Ambassades de France - Tome 3, Les trésors du patrimoine diplomatique
Perrin 2006 /  53 € - 347.15 ffr. / 189 pages
ISBN : 2-262-02381-6
FORMAT : 25,0cm x 32,0cm

L'auteur du compte rendu : Rémi Mathis est élève à l'Ecole Nationale des Chartes. Il prépare une thèse sur Simon Arnauld de Pomponne sous la direction d'Olivier Poncet (ENC) et Lucien Bély (Paris IV).
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On voit chaque année de longues queues se former devant les principaux bâtiments parisiens afin de pouvoir visiter une fois dans sa vie le palais de l’Élysée ou celui de Matignon et s’extasier devant les ors de la République. Il est cependant des lieux plus confidentiels encore, ce sont les ambassades de France. Constituant la façade de la France à l’étranger, les bâtiments qui abritent la chancellerie ou la résidence du diplomate doivent être à la hauteur de l’idée que l’on veut donner du pays représenté. Pourtant, l’histoire des ambassades est longue et souvent chaotique : elle donne par là un aperçu de l’histoire des relations entre la France et le pays hôte, par un biais original. Ce volume – troisième et dernier d’un large projet qui visait à présenter une cinquantaine d’ambassades françaises – entraîne donc le lecteur dans la visite d’une vingtaine de nouvelles ambassades situées au quatre coins du monde.

Le livre est rédigé sous la direction de Mireille Musso, ministre plénipotentiaire, directeur des archives du ministère des Affaires étrangères. On trouve ainsi parmi les rédacteurs certains hôtes des bâtiments présentés (Berne, Londres) et des conservateurs à la direction des Archives du ministère, qui se sont à cette occasion plongés dans les fonds du Quai d’Orsay.

Les textes sont à la fois descriptifs et analytiques. Ils présentent l’édifice, en relation avec l’histoire de la représentation française et avec la ville dans laquelle il est situé. Ils reviennent sur son histoire, son acquisition ou sa construction, son aménagement. Il est souvent fait état des richesses artistiques qui y sont conservées – meubles, tapisseries, tableaux, faïences… – qui font l’objet d’une présentation plus ou moins longue enrichie par les nombreuses photos. Ainsi, derrière le luxe des édifices présentés, on peut se rendre compte de la constante difficulté à acquérir des bâtiments, en raison de leur coût et de l’impécuniosité des gouvernements. Il faut la menace des autres pays lorgnant sur l’hôtel Merlin de Douai pour que la France achète l’ambassade d’Athènes ; Louis Delavaud, ambassadeur en Suède, a toutes les difficultés du monde à obtenir l’achat d’un véritable lieu qui abrite ses services. Et bien souvent les bâtisses anciennes ne sont plus adaptées en raison de l’inflation de la taille des services.

On peut regretter que les textes soient souvent un peu courts, alors que la richesse historique et artistique des édifices appellerait de plus longs développements. Le projet n’était cependant pas de faire un historique complet des ambassades présentées dans le volume et les textes sont remarquablement servis par les photos qui leur sont complémentaires. Les superbes photos de Martin Fraudreau parviennent à restituer l’ambiance de ces bâtiments : l’originalité de chaque lieu est mise en valeur, évitant ainsi tout sentiment de répétition au fil des pages.

À travers les photos des bâtiments – et en relation avec les textes – on peut ainsi se rendre compte de la grande diversité architecturale des ambassades françaises, dépendant à la fois de leur histoire, de leur époque et de leur localisation. Parfois, on réutilise un ancien palais qui n’était pas du tout conçu pour servir d’ambassade (hôtel Broms de Stockholm), tantôt on édifie un bâtiment contemporain sans égard pour les traditions locales (Varsovie), tantôt on assiste à un savant mélange entre architecture traditionnelle du pays et architecture contemporaine (Ouagadougou).

Derrière les murs des résidences ou des chancelleries, c’est toute une histoire de la présence française à l’étranger qui nous est ainsi présentée. La résidence de l’ambassade de France en Suisse n’a à coup sûr rien à voir avec le bâtiment de Soleure, sous l’Ancien Régime. Si un Pomponne, un Courtin ou un Feuquières se plaignaient tout au long de leurs dépêches des conditions de vie à Stockholm sous Louis XIV, l’ambassade actuelle ne provoquera pas les mêmes réactions… Les bâtiments sont toujours le reflet de l’histoire des relations entre deux pays. Plus largement, elles constituent des blocs d’histoire et reflètent l’état des relations internationales sur un temps plus ou moins long. On a longtemps hésité entre Alexandrie et Le Caire avant de s’installer dans cette dernière ville. Ankara a longtemps paru un exil par rapport à la vie menée à Istanbul avant que Albert Laprade y édifie notre ambassade. La décolonisation a entraîné une multiplication des postes diplomatiques, nécessitant l’achat ou la construction de très nombreux bâtiments. Même inscrite dans la pierre d’une chancellerie, la diplomatie n’est donc jamais figée : certaines ambassades vivent leur jeunesse (en ce qui concerne le poste (Tachkent) ou le bâtiment (Varsovie)), d’autres vont au contraire bientôt disparaître pour laisser la place à un nouvel édifice (Pékin). Et même lorsque les relations semblent apaisées, les édifices ne sont pas à l’abri des avanies du temps : le superbe palais de Kensington Palace Garden à Londres a ainsi brûlé accidentellement il y a quinze ans, avant d’être reconstruit à l’identique.

Ainsi, même si l'on aurait aimé que les choix soient mieux explicités et les recherches plus approfondies, ce beau livre constitue un intéressant voyage à travers le temps et l’espace mais aussi une contribution importante à une meilleure connaissance des ambassades comme lieu.


Rémi Mathis
( Mis en ligne le 13/12/2006 )
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