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Patrick Sbalchiero   L'Eglise face aux miracles - De l'Evangile à nos jours
Fayard 2007 /  25 € - 163.75 ffr. / 479 pages
ISBN : 978-2-213-62097-8
FORMAT : 15,5cm x 23,5cm

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.
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Grande consommatrice de surnaturel – on peut considérer qu’elle en détient le quasi-monopole après en avoir expurgé toutes les autres manifestations concurrentes – l’Eglise fonde son pouvoir sur une série de miracles, depuis l’Ancien Testament jusqu’à nos jours, miracles censés attester de la réalité des croyances (le «miracle signe»). Car le miracle, c’est à dire la transgression des règles naturelles sous l’effet d’une volonté divine, ne fonctionne qu’avec une mémoire (le miracle secret ne fait rêver que John Irving, et le «miracle moral» ne relève que de l’intime), aussi faut-il associer miracle et publicité. C’est là que l’Eglise intervient, qui valide et enregistre les miracles, jusqu’à en distinguer les véhicules humains par la béatification et la canonisation. Il existe donc une traduction administrative du miracle. Faire une histoire du miracle, hors de toute croyance, s’avère dès lors possible : si le surnaturel est forcément subjectif, le miracle - objectivé par les institutions ecclésiastiques - se prête à une réflexion historienne, sans prosélytisme, comme un phénomène socio-religieux.

C’est avec cette ambition que Patrick Sbalchiero, docteur en histoire et habitué du miraculaire éditorial (on lui doit, en collaboration, deux importants dictionnaires sur la question) se penche sur le miracle dans l’Église. La démarche, inspirée par les charrettes de canonisations conduites sous le pontificat de Jean Paul II, est intéressante, en ce qu’elle entend dépasser le débat science/religion ou le débat anthropologie/spiritualité, pour produire une synthèse sur le phénomène. Partant des Évangiles (apocryphes compris), l’auteur descend le cours du long fleuve miraculaire, dont il explore les méandres, et surtout les contextes. Depuis les miracles évangéliques, il retrace une histoire du/des regard(s) ecclésiastique(s) sur le miracle, notamment pour une Église qui se transforme peu à peu en un État et une structure de gouvernement.

Du concile de Trente à Vatican I, puis Vatican II, le miracle se heurte en effet à diverses modernités (la mise en place d’une «administration» propre à gérer le surnaturel, la variété des miracles et de leur support, l’évolution des mentalités et des courants de pensée au sein de l’Église, l’essor d’une théologie de plus en plus circonspecte), et à des défis importants (le «faux» miracle, le surnaturel concurrent comme le spiritisme, le rationalisme scientifique ou, inversement, la crédulité…). Et les interrogations viennent très tôt, dès le XIIe siècle, dans un monde où le prodige est encore accepté comme tel, et dessine une piété originale autour de différentes figures de clercs et surtout de moines et de soeurs. Très porté sur le Moyen-âge, l’auteur, qui a fait son miel des travaux de référence d’André Vauchez, dresse un portrait synthétique du phénomène. Toutefois, l’ère moderne, et surtout l’ère contemporaine (XIXe et XXe siècles), sont un peu décevantes et relèvent plutôt d’une histoire culturelle de l’Église, dans laquelle le miracle ne se manifeste qu’à travers quelques débats déjà très labourés (le saint suaire, les apparitions mariales) et l’étude de mouvements plus portés sur le spectaculaire (la glossolalie des évangéliques, les approches émotionnelles des charismatiques…). Certes, il semble difficile - hors de l’accès à des archives – de proposer des interprétations nouvelles ou une synthèse originale sur la politique de Jean Paul II à cet égard (le miracle, signe des temps, indiquant un changement de paradigme historique ?), et c’est là qu’on approche les limites d’un tel sujet.

L’ouvrage est intéressant, même s'il ne correspond guère au résumé de la quatrième de couverture : il ne s’agit pas, contrairement à ce qui est proposé, d’une étude sur la sainteté sous le pontificat de Jean Paul II, sujet ambitieux (pour un pape persuadé de l’imminence d’une crise majeure, apocalyptique, et donc de la nécessité d’armer le camp des saints), mais bien d’une longue dissertation sur le miracle dans l’histoire de l’Église. Très solide pour les époques anciennes, l’ouvrage éclaire les divers aspects du miracle passé par la machine administrative de l’Église, depuis le phénomène jusqu’à la conclusion du procès en canonisation. Les amateurs d’histoire religieuse et d’anthropologie y trouveront une étude qui donne à penser, concernant un phénomène complexe.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 25/01/2008 )
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