L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Mercredi 12 mai 2021
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Histoire Générale  
 

La religion au quotidien
Waltraud Hahn   Un objet religieux et sa pratique - Le chemin de croix portatif aux XIXe et XXe siècles en France
Cerf - Images et Beaux Livres 2007 /  34 € - 222.7 ffr. / 310 pages
ISBN : 978-2-204-07797-2
FORMAT : 22,5cm x 28,5cm

Traduction de Laurent Knepfler et Dominique Lerch.

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).

Imprimer

Dans leur collection «Images et beaux livres», les éditions Cerf éditent la thèse de Madame Waltraud Hahn, traduite en français par Laurent Knepfler et Dominique Lerch. Ce travail érudit est précédé d’une bibliographie (sigles et abréviations) et complété d’index des noms de lieux et de personne. Des notes de bas de page, érudites et abondantes, complètent l’ensemble. Les illustrations sont nombreuses et de qualité, et s’imposent compte tenu du sujet : suivre et comprendre la pratique religieuse du chemin de croix aux XIXe et XXe siècles en France. Waltraud Hahn a utilisé le très riche matériel documentaire rassemblé à la bibliothèque du Saulchoir à Paris, et ses travaux se situent dans la lignée de ceux du frère Michel Albéric, o.p., spécialiste reconnu de l’iconographie religieuse et du catholicisme populaire, et conservateur de la bibliothèque du Saulchoir.

Une préface de Dominique Lerch redonne les grandes lignes de l’historiographie du sentiment religieux ; sentiment religieux que l’abbé Brémond (1865-1933) a été l’un des premiers à étudier comme un objet d’histoire (Histoire littéraire du sentiment religieux en France). A sa suite, les années 1970, passionnées par la découverte des arts et traditions populaires, d’histoire des «mentalités» (terme de l’époque aujourd’hui dépassé, on parlera d’histoire des représentations), ont mis en valeur l’importance de l’objet religieux, support de dévotion populaire.

Le chemin de croix portatif s’inscrit dans ce type de pratiques religieuses. Waltraud Hahn propose un plan en deux parties : «La dévotion du chemin de croix», et «Chemin de croix et objets de piété portatifs». Dans un premier temps, elle rappelle les origines de la dévotion au chemin de croix, née autour de la réforme catholique et largement diffusée aux XVIIIe et XIXe siècles. Dévotion qui, d’une certaine façon, remplace les pèlerinages à Jérusalem qui diminuent au début du XVIe siècle ; le chemin de croix apparaît alors comme un pèlerinage spirituel, pensé en Occident, plutôt en Europe du Nord ; sa popularité est liée à la vogue apparue dès le milieu du XIVe siècle en Flandre et Europe du Nord de la devotio moderna, qui incitait à une prière intériorisée ; par ailleurs l’époque insistait sur la Passion du Christ ; enfin, la diffusion de l’imprimerie permettait l’édition de livres, images, etc., à destination des foyers chrétiens. C’est dans ce contexte que naît l’idée d’un chemin de croix en quatorze stations qui reprennent les Évangiles pour partie et la tradition populaire pour d’autres (Véronique essuyant le visage du Christ, les chutes du Christ, la rencontre avec Marie, Jésus dépouillé de ses vêtements) ; une quinzième station (la Résurrection) peut être ajoutée. Sur ces bases, sont édités de nombreux ouvrages de piété qui connaissent un grand succès au XIXe siècle, dans une période de renouveau de la ferveur religieuse.

Au XIXe siècle, justement, ont été fabriqués de nombreux objets de dévotion, destinés aux élites et aux milieux populaires qui attestent de la vitalité de cette dévotion. On diffuse largement Les Instructions sur le Chemin de la Croix, Avec les Pratiques de cette dévotion. Dédiée à la Très Sainte Vierge, réédition d’un ouvrage italien imprimé à Rome en 1795. A l’époque, les maisons d’édition pieuse sont nombreuses, elles mettent volontiers en parallèle la Passion représentée dans les chemins de croix et le déroulement de la messe. Des associations et des confréries se fondent pour diffuser ces croyances, dans une société inquiète de l’au-delà, au temps fort de la foi dans le Purgatoire. Cette culture livresque s’accompagne de manifestations solennelles et publiques (à Lourdes, dans les grands sanctuaires de pèlerinage…) et dans les épreuves du Christ, les commentateurs retrouvent aussi les épreuves d’une Église en proie au combat anticlérical des années 1890/1905. Toute une iconographie d’images pieuses accompagne cette dévotion, iconographie sans doute plus édifiante qu’artistique (!), qui illustre pleinement tout un courant que l’on surnomme «sulpicien» en raison du quartier parisien des libraires et éditeurs des textes de piété.

Des artistes de renom n’ont pas pour autant dédaigné l’exercice : Maurice Denis ou Matisse par exemple. Production destinée aussi à l’Empire colonial, des chemins de croix sont édités en arabe par exemple. La Passion du Christ incite chaque chrétien à surmonter les épreuves individuelles ou collectives qu’il rencontre dans sa vie, et suivre les différentes éditions traduit les grandes préoccupations de l’histoire de France aux XIXe et XXe siècles. Suivre les éditions du chemin de croix, c’est donc aussi suivre une partie de l’histoire intellectuelle et culturelle française à la même époque.

Plus anecdotiques, mais peut-être plus émouvants : les différents objets de piété qui lui sont associés : éventails, images pieuses, chemins de croix portatifs, petits autels de poche, médailles gravées qui ornent les rosaires : une grande inventivité se déploie pour ces supports à la prière. Après la Seconde Guerre mondiale la tradition s’estompe.

En conclusion : un ouvrage fort intéressant, à la fois par la qualité de l’édition et par le sujet abordé. Un texte érudit mais qui se lit aisément et qui devrait rencontrer plusieurs publics : les étudiants en histoire et en histoire de l’art, les amateurs d’objets religieux, ceux qui s’intéressent à des titres divers à l’histoire religieuse.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 25/01/2008 )
Imprimer
 
SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

 
  Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2021
Site réalisé en 2001 par Afiny
 
livre dvd