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À la recherche de la Chrétienté perdue
Sébastien de Courtois   Chrétiens d'Orient sur la route de la Soie - Dans les pas des Nestoriens
La Table Ronde 2007 /  22 € - 144.1 ffr. / 364 pages
ISBN : 978-2-7103-2852-0
FORMAT : 14,5cm x 22,5cm

L'auteur du compte rendu: Agrégé et docteur en histoire, Jean-Noël Grandhomme est l'auteur d'une thèse, "Le Général Berthelot et l'action de la France en Roumanie et en Russie méridionale, 1916-1918" (SHAT, 1999). Il est actuellement maître de conférences en histoire contemporaine à l'université "Marc Bloch" Strasbourg II.
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l'heure où les média se font l'écho de la «percée» des Églises évangélistes et, dans une moindre mesure, des Églises orthodoxe et catholique, au Kazakhstan, en Kirghizie et même en Mongolie, tandis qu'un nombre croissant de Chinois se convertissent au christianisme et que la Corée est en train de devenir un pays majoritairement chrétien, ce livre nous rappelle que la parole du Christ a retenti voici des siècles déjà dans les steppes d'Asie centrale jusqu'aux rivages de la mer Jaune. Comme cela s'est produit aussi pour la diffusion du christianisme dans l'Occident des premiers siècles de notre ère, les idées – la foi – suivent les mêmes chemins que les marchandises, colportées par des commerçants, des voyageurs, des soldats, des fonctionnaires en mission. Sébastien de Courtois, jeune historien ayant à peine dépassé la trentaine – déjà auteur d'une histoire du génocide des Assyro-Chaldéens de l'Empire ottoman et de Perse pendant et après la Première Guerre mondiale -, a suivi l'itinéraire des missionnaires du monophysisme, les nestoriens, le long de la route de la soie.

En dehors d'une mise en scène initiale un peu «journalistique» - l'éditeur (on ne peut imaginer que l'idée soit de l'auteur) voudrait nous faire croire qu'un homme comme Sébastien de Courtois n'a entendu parler pour la première fois des nestoriens qu'en 2005 ! -, le récit nous fait vite sortir des sentiers battus. «L'air est pur, comme l'étaient les coeurs venus se réfugier ici», écrit le pèlerin, obligé de commencer son voyage au Kurdistan turc, car l'Irak lui est évidemment interdit. Dans cette région, où ne règne pas encore l'amour du patrimoine et de la diversité culturelle, les monastères perdus dans les montagnes n'intéressent ni les autorités, ni les villageois. Les derniers murs de Kotchanès, grand centre nestorien jusqu'en 1917, patriarcat-citadelle bâti sur un éperon rocheux, achèvent de s'écrouler dans l'indifférence ; ce qui tient encore debout a été transformé en hangar de séchage pour bouses destinées au chauffage (mais de quoi se plaint-on ? Dans le Golfe, on arase les ruines des églises au bulldozer). Le patriarcat existe toujours, mais il a été transféré à... Chicago.

Avant la frontière iranienne, les femmes mettent leur voile et se démaquillent, les hommes boivent une dernière rasade de raki. Et pourtant la Perse a existé avant l'islam : perse «païenne» dont les zoroastriens, les adorateurs du feu, constituent le dernier vestige ; Perse chrétienne aussi. À Ourmiah, où l'église aurait été fondée par saint Thomas, on montrait encore voilà peu les tombeaux des rois mages. Les chrétiens s'y prosternent devant Dieu face contre terre, usage que leur ont repris les musulmans. Pour se rendre d'une chapelle ruinée à un oratoire qui accueille épisodiquement un prêtre assyrien ou chaldéen, Sébastien de Courtois utilise les moyens de transport les plus improbables (train, taxis collectifs, autocar, chauffeurs de rencontre avec lesquels il fait un bout de chemin). Il peut s'avérer dangereux de voyager en compagnie de chrétiens : lorsque la police apprend la religion de ses hôtes, les torts sont inversés, de victimes d'un accident causé par un musulman, les chrétiens deviennent auteurs des faits. «Selon que vous serez puissants ou faibles...» La vie des minorités au Moyen-Orient est une longue suite d'humiliations, les habitants originels des montagnes à la beauté sauvage du Hakari doivent baisser la tête pour survivre. , dit le dernier lazariste d'Ispahan à l'Occidental de passage.

Sébastien de Courtois s'enfonce toujours plus profondément dans l'Asie mystérieuse. En ce qui concerne le confort, le globe-trotter ne doit pas être trop regardant : «Hôtel Azaran : quinze dollars la chambre pour un drap taché, un sommier affaissé, des murs gris et une moquette usée. C'est parfait.» Dans les anciennes Républiques soviétiques d'Asie centrale, il cherche les traces du christianisme jusque dans les grottes à Bouddhas et les retrouve dans des piles de manuscrits syriaques découvertes dans des caches ménagées au temps des invasions. Cette chrétienté autrefois brillante a disparu après le passage des Mongols à l'islam au XIIIe siècle. Tamerlan ne faisait pas le détail lorsqu'il élevait des pyramides de têtes.

En Chine le nom du Christ est également connu depuis bien longtemps. La stèle de Xi'an date de 781, mais raconte l'arrivée des premiers nestoriens dans l'Empire du Milieu dès 635 – c'est-à-dire à l'époque de nos Mérovingiens. Présentés à l'empereur, ils obtiennent en 638 un décret qui autorise la libre prédication de l'Evangile. Le christianisme est alors appelé par les Chinois : la «religion radieuse». Après 845 vient le temps de la persécution pour les «religions étrangères» (l'âme chinoise est peu accessible à l'universalisme). Mais la foi ne s'éteint jamais tout à fait. Des missionnaires venus d'Occident et du Moyen-Orient alimentent la flamme. Marco Polo témoigne de la vitalité du christianisme à son époque : les Onguts du roi Georges, Mongols chrétiens vassaux de Gengis Khan ; Sorganaki, mère chrétienne de Koubilaï Khan ont laissé leurs noms dans l'histoire. Dans cette Chine, où Sébastien de Courtois apprend la patience et découvre des méandres administratifs insoupçonnés, le jésuite Mateo Ricci en 1610 a failli convertir l'empereur. La querelle des rites a empêché ce changement majeur dans la géopolitique religieuse du monde.

Après la lecture de ce livre, le poncif du christianisme, «religion des Blancs», imposé au reste du monde, ne tient plus. Entre récit d'aventure, reportage et quête initiatique, cet ouvrage s'inscrit dans la droite ligne des relations de voyage du XIXe siècle et du début du XXe – auxquels l'auteur fait d'ailleurs plusieurs fois allusion, car il marche toujours sur les traces de quelqu'un. Il nous invite à le suivre, ou à nous inventer d'autres itinéraires car chacun a ses nestoriens...


Jean-Noël Grandhomme
( Mis en ligne le 12/03/2008 )
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