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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

L’honneur d’un militaire fonctionnaire
Christian Vigouroux   Georges Picquart, dreyfusard, proscrit, ministre - La justice par l'exactitude
Dalloz 2008 /  35 € - 229.25 ffr. / 529 pages
ISBN : 978-2-247-08025-0
FORMAT : 14,5cm x 21cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Âge à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).
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L’Affaire Dreyfus a mobilisé l’opinion publique en son temps (1894-1906), mais davantage encore l’opinion depuis, tant les questions qu’elle a posées demeurent fondamentales. De multiples livres et articles ont paru sur le capitaine Dreyfus, et les principaux acteurs, sauf un : le colonel Georges Picquart (1854-1914). Certes, quiconque s’est un jour intéressé à l’Affaire sait qu’il est celui par qui la Justice a pu être rendue ; les plus érudits se souviennent que, réhabilité en 1906, réintégré dans sa carrière, désormais général, il devient ministre de la Guerre. Mais en général les informations sur ce personnage pourtant essentiel s’arrêtent là.

C’est à ce destin particulier que s’est intéressé Christian Vigouroux, conseiller d’Etat. Théoricien, il est l’auteur de Déontologie des fonctions publiques (Dalloz, 2006) qui justement traite de questions qui font de l’Affaire Dreyfus une affaire intemporelle : quelle doit être la réaction du fonctionnaire face aux situations diverses qu’il affronte ? Comment les fonctionnaires peuvent-ils et doivent-ils contribuer à la construction permanente – et sans cesse précaire malgré tout - d’un Etat de droit ? Christian Vigouroux est également homme de terrain puisqu’il a été à plusieurs reprises directeur de cabinet de ministères «sensibles» : ministère de l’Intérieur (1990/92), Justice (1997/2000), ce qui le conduit à une compréhension intime de Picquart, le militaire mais aussi l’administrateur, le fonctionnaire face à la question du choix entre vérité et justice d’une part et raison d’Etat d’autre part.

On mesure donc l’intérêt du biographe pour son personnage, puisque Georges Picquart incarne absolument cet idéal du fonctionnaire, au-dessus des partis, qui fait passer l’honneur de l’Etat par la quête rigoureuse de la Justice, au-delà des conséquences personnelles et de l’intérêt qu’il y aurait à se taire et à exercer une cécité prudente. C’est l’admiration qu’il éprouve pour ce comportement qui a conduit Christian Vigouroux à se faire historien, à dépouiller les archives, à rechercher les documents sur un personnage qui en a laissé peu. L’ouvrage est divisé en deux parties : «Itinéraires et ruptures» (I), «Images, représentations et portraits» (II), avec cahier d’illustrations, bibliographie, chronologie, présentation des principaux noms cités, index.

Le sous-titre du livre (La justice par l’exactitude) reflète bien la personnalité de Georges Picquart. Alsacien, orphelin de père à 11 ans, il a été reçu à Saint-Cyr, en étudiant boursier. Après des affectations hors de métropole (l’Algérie, le Tonkin), il entre en 1890 à l’état-major du général marquis de Galiffet (lui-même figure originale, haute en couleurs, qui sera ministre de la Guerre pendant le procès de Rennes de 1899). Ses qualités (brillant, cultivé, polyglotte) lui permettent d’accéder en 1895 au poste de responsable de la «section des statistiques» (espionnage et contre espionnage militaire) et c’est à ce poste qu’il rencontre son destin…

Dirigeant le service secret de l’Armée en 1896 (la «section des statistiques», donc), en examinant le dossier, il acquiert la certitude de l’innocence de Dreyfus et n’aura alors de cesse de faire triompher la vérité. Cependant, en 1906, devenu ministre de la Guerre, il ne fera preuve d’aucune bienveillance particulière à l’égard des dreyfusards et ne cherchera pas à ce que justice complète leur soit rendue (en revanche il poursuivra de sa rancune ceux qui ont brisé sa carrière). Les conséquences immédiates de son engagement dans le camp dreyfusard sont lourdes : un an d’emprisonnement, sans jugement, l’exil, il est banni de l’armée pour 10 ans, et n’est pleinement réhabilité qu’en 1906. Il meurt d’une chute de cheval le 19 janvier 1914.

Christian Vigouroux, qui a dépouillé avec soin les archives disponibles, retrace le parcours de ce «marginal d’ordre», discret, secret, officier de renseignement avant tout, pas nécessairement sympathique, mais qui sut utiliser ses compétences professionnelles contre l’avis de sa hiérarchie et au service de ses convictions, ce qui demandait un réel courage. A l’époque, les contemporains ne s’y trompèrent pas et Picquart connut une notoriété réelle qui contraste avec l’oubli dans lequel il est tombé par la suite et dont ce livre le sort aujourd’hui. Il suit aussi l’homme après «l’Affaire», le ministre de la Guerre, dans une armée en pleine réforme au début du XXe siècle : un bilan contrasté.

Avec ce travail érudit, Christian Vigouroux rend hommage à un inconnu célèbre de l’Affaire, que le plus souvent on cite pour l’oublier aussitôt, et sa démonstration, au-delà de l’intérêt historique, incite à s’interroger sur l’actualité de l’Affaire Dreyfus et des questions qu’elle pose aux citoyens soucieux de démocratie, hier comme aujourd’hui...


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 29/09/2009 )
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