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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

''Le correcteur d’épreuves de la Révolution''
Joël Schmidt   Robespierre
Gallimard - Folio biographies 2011 /  8.40 € - 55.02 ffr. / 335 pages
ISBN : 978-2-07-043980-5
FORMAT : 11cm x 18cm

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.
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Que suis-je, moi qu’on accuse ? Un esclave de la liberté, un martyr vivant de la République, la victime autant que l’ennemi du crime (…). Un homme est calomnié dès qu’il me connaît : on pardonne à d’autres leurs forfaits ; on me fait crime de mon zèle. Otez-moi ma conscience, je suis le plus malheureux des hommes ; je ne jouis pas même des droits du citoyen : que dis-je ? Il ne m’est même pas permis de remplir les devoirs d’un représentant du peuple» (p.271). C’est en ces termes emprunts de gravité et de pessimisme que Robespierre évoquait naguère, à la tribune de la Convention, le sort qui lui était fait par ceux qu’il tenait pour les ennemis implacables de la République naissante. Depuis son exécution le 28 mai 1794, l’Incorruptible n’a eu de cesse d’être l’objet d’une certaine fascination. Les études qui lui ont été consacrées sont légion. A cet égard, la biographie de Joël Schmidt présente un intérêt particulier.

Incorruptible, Robespierre l’était assurément en dépit du traitement particulier que lui a réservé la postérité. En effet, observe l’auteur, «le rejet de Robespierre par la France est bien réel» (p.310). Ce qui peut paraitre paradoxal, dans la mesure où Robespierre se prétendait animé par «cette passion tendre, impérieuse, irrésistible, tourment et délices des cœurs magnanimes, cette horreur profonde de la tyrannie, ce zèle compatissant pour les opprimés, cet amour sacré de la patrie, cet amour plus sublime et plus saint de l’humanité, sans lequel une révolution n’est qu’un crime éclatant qui détruit un autre crime». Et le député d’ajouter qu’«elle existe cette ambition généreuse de fonder sur la terre la première République du monde ; cet égoïsme des hommes non dégradés qui trouve une volupté céleste dans le calme d’une conscience pure et dans le spectacle ravissant du bonheur public» (p.270).

Par République, dont le ressort est la vertu (p.226), l’homme fort du Comité de salut public entendait rien de moins qu’«un ordre des choses où toutes les passions basses et cruelles soient enchaînées, toutes les passions généreuses et bienfaisantes éveillées par les lois ; où l’ambition soit le désir de mériter la gloire et servir la patrie ; où les distinctions ne naissent que de l’égalité même ; où les citoyens soient soumis au magistrat, le magistrat au peuple, et le peuple à la justice ; où la patrie assure le bien-être de chaque individu et où chaque individu jouisse avec orgueil de la prospérité et de la gloire de la patrie ; où toutes les âmes s’agrandissent par la communication continuelle des sentiments républicains et par le besoin de mériter l’estime d’un grand peuple ; où les arts soient la décoration de la liberté qui les ennoblit ; le commerce, la source de la richesse publique, et non pas seulement de l’opulence monstrueuse de quelques maisons» (pp.227-228). Si l’ambition est louable, l’Incorruptible échoua à concrétiser son dessein. Fort d’une très vaste culture classique, «Robespierre le Romain» (p.28) considérait les précédents des Républiques antiques comme une intarissable source d’inspiration. Ce que B. Constant n’hésitera d’ailleurs pas à critiquer plus tard, lorsqu’il distinguera la «liberté des Anciens» de celle des «Modernes».

Au fil des pages, J. Schmidt retrace le parcours de Robespierre, et ce de son enfance à Arras où il est né en 1758 jusqu’à la guillotine. Comme le rappelle l’auteur, l’enfance du jeune Maximilien ne fut pas aisée, loin s’en faut : sa mère mourut en couches en 1764 et son père brilla par son absence jusqu’à disparaître totalement. Il serait mort à Munich en 1777. Les jeunes Robespierre furent donc recueillis par le grand-père maternel. En tant qu’aîné, Maximilien se sentira toujours une responsabilité particulière vis-à-vis de sa fratrie. Après une scolarité brillante au collège d’Arras, Maximilien poursuivit ses études à Louis-le-Grand à Paris. Il devint avocat, puis finit par être envoyé aux états généraux.

Pendant la Révolution, l’idéaliste gagna progressivement en importance politique jusqu’à devenir l’homme fort du Comité de salut public, à la tête duquel il souhaitait régénérer la France par la vertu et la Terreur. Toutefois, la «révolution permanente» (p.280) qu’il initia finit par le dévorer. Les dernières heures de sa vie furent en effet tragiques : sévèrement conspué à la tribune de la Convention, alors qu’il entendait «épancher son cœur» pour «étouffer (…) les flambeaux de la discorde par la seule force de la vérité» (pp.267-268), l’Incorruptible réclama une fin analogue à celle de ses devanciers romains : «qu’on me délivre du spectacle du crime, criait-il, je demande la mort» (p.287). J. Schmidt dresse en outre un éclairant portrait psychologique de l’Incorruptible, lequel apparait comme une sorte de héros en clair-obscur, la pureté des intentions de Robespierre le disputant à un aveuglement qui se transforma peu à peu en «cécité politique» (p.223) et qui lui fut fatal.

A cet égard, quelques lignes de Victor Hugo paraissent correspondre fidèlement à la réalité historique. L’auteur de Quatre-vingt-treize écrivit en effet que «le correcteur d’épreuves de la Révolution, c’est Robespierre ; il revoyait tout, il rectifiait tout ; il semble que, même lui disparu, la lueur sinistre de sa prunelle soit restée sur ce formidable exemplaire de progrès. Robespierre soignait son style comme son costume ; il ne risquait une phrase qu’en grande toilette (…). Il était vertueux comme il était propre. Il ne pouvait souffrir sur lui une graine de poussière ni de vice. Sa probité faisait partie de sa correction. Il ne fut pas la raison de la révolution, il en fut la logique, il en fut l’algèbre. Il eut l’immense force de la ligne droite ; il en eut aussi la puissance. Le défaut de sa politique fut celui de sa littérature, l’abstraction. Avec cela sagace, trouvant le joint, voyant juste. Pas un homme ne fut plus bourgeois, pas un homme ne fut plus populaire» (p.310).


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 21/06/2011 )
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