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L'ordre et la liberté
Jean-Philippe Dumas   Gambetta - Le commis-voyageur de la République
Belin - Portraits 2012 /  20 € - 131 ffr. / 168 pages
ISBN : 978-2-7011-5241-7
FORMAT : 13,5cm x 21,5cm

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.
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Il y a une autre France qui m’est encore plus chère [que la France glorieuse], c’est la France vaincue et humiliée, c’est la France accablée, c’est la France qui traîne son boulet depuis quatorze siècles, la France qui crie, suppliante, vers la justice et la liberté, la France que les despotes poussent constamment sur les champs de bataille, sous prétexte de liberté, pour lui faire verser son sang par toutes les artères et par toutes les veines ; la France que, dans sa défaite, on calomnie, que l’on outrage ; oh ! cette France-là, je l’aime comme on aime une mère ; c’est à celle-là qu’il faut faire le sacrifice de sa vie, de son amour-propre et de ses jouissances égoïstes ; c’est de celle-là qu’il faut dire, là où est la France, là est la patrie» (p.142).

On doit ce discours à Léon Gambetta (septembre 1872), à qui Jean-Philippe Dumas vient de consacrer une biographie parue aux éditions Belin. L’homme de la Défense nationale, celui qui tour à tour refusa la défaite face à la Prusse, puis s’opposa à l’annexion par le Reich de l’Alsace et de la Lorraine, fut l’une des figures les plus marquantes de la IIIe République. La très grande popularité de Gambetta n’est pas usurpée. D’ailleurs, sa renommée a traversé les époques jusqu’à nos jours. C’est pourquoi la trajectoire peu commune de celui que l’on appelait naguère «le commis-voyageur de la République» a donné lieu à de nombreux ouvrages. Toutefois, d’après l’auteur, aucune étude ne rend compte de l’infinie complexité du personnage. L’objet de cette biographie consiste à combler cette lacune.

Né à Cahors en 1838, Léon Gambetta était issu d’une famille de commerçants. Son père était un Génois immigré, tandis que sa mère provenait du Quercy. Le couple tenait un bazar, où durant son enfance le jeune Léon se blessa à l’œil. Ce qui lui valut les pires vexations à l’école. Elève cependant brillant, Gambetta partit étudier le droit à Paris, où il devint avocat en 1860. Dès 1868, l’ambitieux Gambetta se distingua au prétoire. Il fit en effet forte impression lors d’un procès provoqué par la souscription du monument Baudin. Défendant M. Delescluze, Gambetta prononça un flamboyant réquisitoire contre le Second Empire.

Sans aucune retenue à l’égard du pouvoir, le jeune avocat interpella avec véhémence les hommes du 2 décembre 1851. Il éructa contre ces individus «que la France ne connaissait pas jusque-là, qui n’avaient ni talent, ni honneur, ni rang, ni situation, (…) ces gens dont on peut répéter ce que Salluste a dit de la tourbe qui entourait Catilina, ce que César dit lui-même en traçant le portrait de ses complices, éternels rebuts de sociétés régulières : Aere alieno obruti et vitiis onusti, un tas d’homme perdus de dettes et de crimes, comme traduisait Corneille. C’est avec ce personnel que l’on sabre depuis des siècles les institutions et les lois, et la conscience humaine est impuissante à réagir, malgré le défilé sublime des Socrate, des Thraséas, des Cicéron, des Caton, des penseurs et des martyrs qui protestaient au nom de la religion immolée, de la morale blessée, du droit écrasé sous la botte d’un soldat» (pp.30-31).

Cette virulente diatribe valut à son auteur l’ire du pouvoir, mais selon la propre formule du jeune tribun elle lui permit d’«entrer par effraction sur la scène du monde» (p.32). Gambetta profita de cette gloire récemment acquise pour devenir membre du Corps législatif en 1869. Elu sur le programme radical de Belleville, le parlementaire s’imposa promptement comme l’une des figures de proue de l’opposition républicaine. S’il n’était pas favorable à la guerre de 1870, par patriotisme, le député vota néanmoins les crédits de guerre. Le 4 septembre, sur les ruines encore chaudes de l’Empire, Gambetta proclama la République à l’Hôtel de Ville en compagnie de Jules Favre et de Jules Ferry.

Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de la Défense nationale, Léon Gambetta parvint à s’extirper de la capitale en ballon. En province, il s’efforça d’organiser la résistance à l’occupant afin que la France puisse enfin se relever. Partisan d’une dictature de la patrie en danger analogue à celle que mirent en place ses glorieux prédécesseurs de 1793, Gambetta mobilisa et arma quelques 600 000 hommes en l’espace de seulement quatre mois. Hélas, la nation en armes ne réussit pas les prodiges réalisés quelques huit décennies plus tôt.

Scandalisé par l’armistice du 28 janvier 1871, Gambetta finit par démissionner du gouvernement quelques jours plus tard, mais fut réélu député en mars. Durant la Commune, le grand homme demeura silencieux. En revanche, il décida d’établir durablement la République en France, ce qui relevait à l’époque de la gageure en raison de la majorité monarchiste. Pour ce faire, l’infatigable avocat soutint à l’Assemblée la politique menée par Adolphe Thiers, créa une gazette, La République française, et parcourut le territoire afin de gagner le peuple à la cause républicaine.

Dans cette perspective, Léon Gambetta déclara par exemple lors d’un déplacement au Havre que «le parti républicain non seulement ne peut pas être taxé de factieux, et [que] ce n’est pas un parti de révolution, mais [que] c’est un parti de conservation qui garantit le lendemain et qui assure le développement pacifique, légal, progressif, de toutes les conséquences légitimes de la Révolution française». Influencé par la pensée d’Auguste Comte, le Républicain souhaitait apporter «l’ordre et la liberté» au pays (p.65) et c’est d’ailleurs par le truchement des bulletins de vote que Gambetta conviait ses concitoyens à fonder la République.

Une fois la IIIe République établie, Léon Gambetta mena ce que le polémiste Rochefort dénonça comme une politique fondée sur l’«opportunisme», laquelle le conduisit parfois à joindre son suffrage aux votes légitimistes et bonapartistes. Le député républicain brocarda ce «barbarisme» qu’il tenait pour mal sonnant et «même inintelligible». Sa politique était en fait «avisée». D’après lui, il s’agissait non seulement de «la politique de la raison», mais encore de «la politique du succès» consistant à fonder le régime républicain sur l’«alliance du peuple et de la bourgeoisie» (p.95).

A la suite de la défaite, cet opportunisme mit «la France en état d’affirmer qu’elle avait sauvé son honneur et depuis, elle a mis la France en état d’éblouir le monde de sa richesse et de son crédit, en état de refaire à la fois sa sécurité intérieure et son outillage matériel et économique, en même temps qu’elle la mettait à même de refondre cette immense coulée de bronze que l’Empire avait enfoui et perdu dans le désastre de Metz et le gouffre de Sedan» (pp.95-96). Cette formidable réussite, expliquait Gambetta, était à mettre au crédit de la République.

La victoire définitive des Républicains eut certes lieu en 1879, mais elle ne conduisit pas Gambetta à exercer une influence conforme à son ambition et à son talent. S’il accéda à la présidence du Conseil en novembre 1881, la plupart des grandes figures républicaines refusèrent de devenir ses ministres. L’expérience ne dura que trois mois. Le 27 janvier 1882, son gouvernement fut en effet renversé suite au rejet de son projet de réforme constitutionnelle.

Quelques mois plus tard, le grand homme devait mourir. Comme le note Jean-Philippe Dumas dans cette passionnante biographie, dont on ne peut que regretter l’excessive brièveté, «l’ère des fondateurs de la IIIe République venait de se clore» (p.115).


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 17/01/2012 )
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