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Robespierre revisité
Cécile Obligi   Robespierre - La probité révoltante
Belin - Portraits 2012 /  20 € - 131 ffr. / 160 pages
ISBN : 978-2-7011-5331-5
FORMAT : 13,5cm x 21,5cm

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.
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Quel est le but où nous tendons ? La jouissance paisible de la liberté et de l’égalité ; le règne de cette justice éternelle, dont les lois ont été gravées, non sur le marbre ou sur la pierre, mais dans les cœurs de tous les hommes, même dans celui de l’esclave qui les oublie, ou du tyran qui les nie».

C’est ainsi que 18 pluviôse an II, i.e. le 5 février 1794, Robespierre rendit compte des principes directeurs de la politique qu’il menait. Précisant plus avant sa pensée, il continua en affirmant fonder «un ordre de choses où toutes les passions basses et cruelles soient enchaînées, toutes les passions bienfaisantes et généreuses éveillées par les lois ; où l’ambition soit le désir de mériter la gloire et de servir la patrie».

Et l’Incorruptible de poursuivre qu’il entend substituer «la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la République, à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie» (p.105).

Bref, pour lui, il s’agissait non seulement d’établir le régime républicain sur les décombres de l’ancien régime, mais encore de créer un homme nouveau. Le dessein jacobin était donc tout à fait prométhéen. De surcroît, l’ambition de Robespierre dépassait le cadre strictement national. Elle était universaliste, comme l’écrit Cécile Obligi dans sa belle étude sur l’Incorruptible, intitulée Robespierre. La probité révoltante.

Dans cet ouvrage récemment paru aux éditions Belin, l'auteur, conservatrice à la Bibliothèque nationale de France, s’interroge sur la trajectoire à tout le moins insolite de Robespierre. Comment un jeune avocat promis à une carrière locale des plus traditionnelles a-t-il été propulsé sur le devant de la scène politique nationale ? Pourquoi cristallise-t-il aujourd’hui encore l’essentiel du ressentiment contre la Terreur et plus largement contre la Révolution française ? Si sa mauvaise presse est à certains égards tout à fait méritée, n’est-elle pas le plus souvent excessive ?

Pour répondre à ces questions fondamentales, Cécile Obligi a fait le choix de s’appesantir sur le «verbe» de Robespierre (p.8). En effet, l’Incorruptible est l’auteur d’une masse considérable d’écrits en tous genres, comprenant notamment lettres, œuvres littéraires, plaidoiries et discours prononcés ou non. Sa production littéraire s’étale sur des milliers de pages et remplit à elle seule plus d’une dizaine de volumes publiés par la Société des études robespierristes.

Né à Arras en 1758, Maximilien Robespierre était issu d’une famille désargentée de la petite noblesse, laquelle avait compté beaucoup d’hommes de loi dans ses rangs. Tôt orphelin, avec son frère cadet Augustin-Bon dit Bonbon, il fut élevé par son grand-père maternel. Après de brillantes études chez les oratoriens, remarqué pour sa vive intelligence, Maximilien bénéficia d’une bourse pour étudier au lycée Louis-Le-Grand à Paris, où il côtoya entre autre Danton et Camille Desmoulins.

Avocat au Conseil d’Artois en 1781, Robespierre mena une carrière on ne peut plus banale, même s’il se signala en 1783 en défendant l’introduction du paratonnerre de Franklin contre une accusation d’impiété. Maximilien ne négligea pas pour autant la philosophie, puisqu’il entra rapidement dans la société des Rosati et fut reçu à l’académie d’Arras. Acquis aux idées de Jean-Jacques Rousseau, Robespierre n’eut de cesse s’élever contre les privilèges cléricaux et nobiliaires.

En 1789, il parvint à se faire élire député du Tiers Etat de l’Artois. Certes ses débuts furent mitigés, tant il ne brilla guère par son éloquence et sa voix un peu criarde, mais Robespierre s’imposa à force de conviction et de travail. L’appui des Jacobins, club dont il devint président en mars 1790, fut décisif. A l’Assemblée, certaines de ses interventions eurent un écho considérable.

Outre la promotion d’un projet de démocratisation radicale fondé notamment sur le suffrage universel direct, l’instruction gratuite et obligatoire, la mise en place d’un impôt progressif sur le revenu et l’introduction d’un système d’aides en faveur des chômeurs, Robespierre défendit aussi la libération des victimes des lettres de cachet, la fin de la censure, la non réélection des membres de la Constituante à la Législative et l’abolition de la peine de mort.

Après l’insurrection du Champ-de-Mars, Robespierre s’efforça d’empêcher l’entrée en guerre du royaume. Ce faisant, il s’opposa à la propagande belliciste des Brissotins. La guerre contre l’ensemble du continent coalisé contre la France révolutionnaire devait, selon lui, ruiner les finances du pays et aboutir, en cas de défaite, au funeste triomphe de la contre-révolution. En cas de victoire, Robespierre craignait par ailleurs la survenue d’une dictature militaire.

A la suite de l’émeute du 10 août 1792, Robespierre demanda la suspension de Louis XVI. S’il ne prit pas part aux massacres de Septembre, il dirigea avec Danton le procès du roi. Après avoir évincé les Girondins à l’aide des sections, le Montagnard contribua à susciter la création d’un Comité de salut public, mais n’y fit son entrée qu’assez tardivement, en juillet 1793. «Onze armées à diriger, le poids de l’Europe entière à porter, des traîtres à démasquer, des émissaires soudoyés par l’or des puissances étrangères à déjouer, des administrateurs infidèles à surveiller, tous les tyrans à combattre, tous les conspirateurs à intimider, partout à aplanir des obstacles, telles sont nos fonctions». La mission dont l’Incorruptible devait s’acquitter était des plus rudes…

C’est pourquoi, avec le concours de la Convention et de ses comités, il déclencha la Terreur. Pour l’inlassable rhéteur, le contexte extrêmement trouble et l’établissement de la République justifiaient la mise en place du «gouvernement révolutionnaire», lequel devait être transitoire. Il s’agissait alors de faciliter la mise en place d’un système républicain et démocratique. Bref, ce «gouvernement révolutionnaire» s’apparenterait à ce que l’on appelle de nos jours l’état d’exception. Robespierre expliquait en effet que «le but du gouvernement constitutionnel est de conserver la République», tandis que celui du «gouvernement révolutionnaire est de la fonder. La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis ; la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible» (p.102).

Dans ces conditions, la Constitution de 1793 fut suspendue. «Le vaisseau constitutionnel, expliquait l’orateur, n’a point été construit pour rester toujours dans le chantier». Il aurait été hasardeux de «le lancer à la mer au fort de la tempête, et sous l’influence des vents contraires» (p.103). Robespierre se tenait donc pour une sorte de guide de la Révolution, qu’il souhaitait diriger sur un chemin sinueux. Il s’agissait de «voguer entre deux écueils», que sont d’une part «la faiblesse» et d’autre part «la témérité», bref entre «le modérantisme et l’excès» (pp.103-104). C’est ainsi que, durant les mois de mars et d’avril 1794, il anéantit les Hébertistes, puis les Indulgents, c’est-à-dire les Dantonistes.

Finalement, Robespierre fut lui aussi renversé par la Convention, «les honneurs du poignard» lui étant à lui aussi «réservés» (p.93). S’interrogeant sur la nature du pouvoir robespierriste, Cécile Obligi nuance un certain nombre de poncifs. Si ce système constituait bel et bien à une «forme de dictature», il ne s’agissait en aucun cas d’un «pouvoir absolu», dont Robespierre aurait usé de façon «discrétionnaire». Certes sa politique était terroriste et donc «en partie contraire aux principes énoncés dans la Constitution de 1793», mais elle s’exerça toujours dans «un cadre légal». La Convention avait, par exemple, approuvé la création du Comité de salut public. Au vu de l’extrême «facilité avec laquelle elle se débarrassa des indésirables, le 9 Thermidor», la Convention n’avait certainement pas «les mains liées», tant s’en faut.

Par ailleurs, continue l’auteure, «voir en Robespierre un dictateur serait faux». S’il fut un membre éminent du Comité de salut public, l’Incorruptible n’en fut pas «l’organe principal ni dans les textes, ni dans les faits»«pas de hiérarchie» et «chacune de ses décisions devait être contresignée par plusieurs membres», ce qui signifie qu’absolument rien ne put être décidé par Robespierre seul. En raison du fait que les délibérations du Comité étaient secrètes, son fonctionnement quotidien apparait comme relativement énigmatique. En outre, les récits qui nous sont parvenus sont «ceux des gagnants, [c’est-à-dire] ceux qui ont éliminé Robespierre», si bien qu’«attribuer précisément à certains des mesures à l’intérieur du Comité est bien souvent compliqué et souvent invérifiable» (pp.124-125).

La chute de Robespierre ne fut pas à proprement parler le fruit d’une éruption de violence, mais elle intervint suite à un «chahut à l’Assemblée». Cécile Obligi rappelle à cet égard «des tribunes qui crient, un député qui demande l’acte d’accusation contre Robespierre et un accusé qui s’incline». Le 9 Thermidor, explique d’autre part l’auteure, fut ni plus ni moins «la victoire d’une faction sur une autre». Celle-ci fit de l’Incorruptible sinon l’unique, du moins le principal responsable de la Terreur. La propagande des conjurés ne tarda pas, elle débuta dès le 10 Thermidor. Ce qui eut notamment pour effet de faire passer «la supercherie […] pour la vérité historique». Vae victis, le récit de la vie de Robespierre est avant tout «l’histoire d’un vaincu […] sur lequel il était bien commode de rejeter toutes les fautes de la Révolution» (p.141).


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 17/04/2012 )
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