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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Jean Zay, un ministre d’une grande modernité
Marcel Ruby   Jean Zay
Corsaire - Une vie, une oeuvre 2004 /  23.10 € - 151.31 ffr. / 424 pages
ISBN : 291047500X
FORMAT : 13x20 cm

Ouvrage publié une première fois en 1994.

L'auteur du compte rendu : Éric Alary, agrégé d’histoire, docteur ès Lettres de l’IEP de Paris (sa thèse sur la ligne de démarcation a été publiée en 2003 chez Perrin), est professeur en Lettres Supérieures et en Première Supérieure au lycée Camille Guérin de Poitiers.

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Après avoir commis plusieurs ouvrages sur la Résistance, l’historien et ancien résistant, Marcel Ruby, a publié en 1994 la première biographie consacrée au ministre de Léon Blum sous le Front populaire, Jean Zay. Ce dernier est alors âgé seulement de 31 ans. Son ascension politique fut exceptionnelle malgré sa jeunesse.

Cet ouvrage comble un vide sur l’histoire d’un radical socialiste, élu à Orléans, atypique et courageux. Quand le Front populaire gagne les élections de mai-juin 1936, Léon Blum doit composer un gouvernement avec les socialistes et les radicaux. Les communistes soutiennent la gauche unie au pouvoir mais ils préfèrent ne pas y participer. Dans une France qui est au pire de la crise, Léon Blum doit tenter de satisfaire vite les revendications sociales des millions de grévistes. Les résultats sont rapides en ce qui concerne la diminution du temps de travail et les premiers congés payés. Cependant, les grèves ont continué. Le Front populaire échoue in fine sur la question économique et après les divisions provoquées par les conséquences de la Guerre d’Espagne. Corrélativement, Jean Zay, épaulé en partie par Léo Lagrange, et une équipe de techniciens de l’éducation nationale, a engagé une politique singulière en matière culturelle et éducative. Il fait passer l’école obligatoire de 13 à 14 ans, réorganise tous les niveaux d’enseignement, tente progressivement d’imposer l’éducation physique dans les écoles malgré les résistances culturelles d’une partie des populations rurales ; il crée aussi les bibliobus, etc.

Le 5 mars 1937, le bureau de la Chambre des députés reçoit un projet de loi très ambitieux de Jean Zay. Il est dense et comprend les grandes lignes d’un idéal de démocratisation de l’enseignement ; il souhaite introduire la sélection par le mérite et permettre de gommer au maximum les inégalités sociales entre les élèves. En résumé, chaque Français doit parcourir un chemin scolaire cohérent entre 6 ans et 14 ans. Le CEPE (certificat d’études primaires élémentaires qui est abaissé à 12 ans ou bien à 11 ans pour les élèves qui entrent dans le second degré) sanctionne les études primaires et il est obligatoire pour accéder au second degré ; ce qui permet de vérifier que les élèves qui y entrent ont la possibilité de suivre un enseignement plus difficile. Le CEPE est conçu comme un examen pour lequel il faut acquérir des connaissances et des aptitudes. Jean Zay veut éviter aussi l’envahissement du second degré par des effectifs qui s’accroissent considérablement depuis le milieu des années vingt. Par ailleurs, l’enseignement public du second degré est gratuit, sanctionné par l’obtention du baccalauréat, obligatoire pour faire des études à l’université. Les programmes sont harmonisés pour permettre aux élèves d’accéder aux grandes écoles ou aux écoles d’art, par exemple. Les instituteurs et les enseignants du second degré doivent avoir le baccalauréat et le CAP (certificat d’aptitude pédagogique) obtenu à l’issue d’une formation en école normale. L’idée d’orienter les élèves est également inscrite dans la loi. Jean Zay y tient beaucoup ; des orienteurs définissent les aptitudes des élèves pour certaines disciplines et demandent aux familles de choisir le parcours de leur enfant en fonction de cela et non pas selon des traditions et des préjugés. L’idée n’est pas pionnière, mais Jean Zay a tenu à rendre plus efficace les moyens de déceler les véritables compétences des élèves. Des expériences de classes d’orientation ont été tentées dans toute la France, non sans réticences. Jusqu’en 1939, Jean Zay a tenté d’améliorer les méthodes d’orientation.

La droite a critiqué fortement ce projet, mais la gauche l’a bien reçu, car cette réforme structurelle semblait nécessaire dans le renforcement permanent du régime républicain. Les catholiques pensaient qu’elle était une atteinte à l’école libre. Le projet de loi a soulevé bien des débats et des tensions ; il était encore en discussion à la veille de la Seconde Guerre mondiale, comme nombre d’autres projets, mais les idées exposées ont été en partie reprises après la Libération.

L’ouvrage de Marcel Ruby est complété par la description des projets et des efforts de Jean Zay pour renforcer les droits d’auteur, développer le théâtre populaire, commander des œuvres picturales pour le ministère, afin d’aider des peintres, etc. La densité des initiatives est impressionnante dans un temps aussi court. Marcel Ruby rappelle que Jean Zay s’opposa derechef aux nazis. Emprisonné par le régime de Vichy, pour désertion en présence de l’ennemi, Jean Zay, qui est l’un des passagers du Massilia en juin 1940, devient un bouc émissaire fréquent de la presse collaborationniste et antisémite. Le 20 juin 1944, les miliciens l’assassinèrent après l’avoir enlevé à la prison de Riom.

L’ouvrage, doté de repères bibliographiques efficaces et d’un appareil critique de bonne qualité, est très documenté et nous apprend beaucoup sur un homme politique très engagé en des temps difficiles ; parfois, l’auteur frôle l’hagiographie. On peut regretter également le caractère un peu trop descriptif de l’ouvrage. Malgré cela, les spécialistes trouveront ici un ouvrage qui permet de mieux comprendre l’histoire de l’éducation nationale à la fin des années trente.


Eric Alary
( Mis en ligne le 09/06/2004 )
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