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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Un homme sincère au cœur du XIXe siècle
Jean-Pierre Bedei   Patricia Bedei   François-Vincent Raspail - Savant et Républicain rebelle
Alvik éditions 2005 /  19 € - 124.45 ffr. / 318 pages
ISBN : 2-914833-27-X
FORMAT : 15 x 23 cm

L’auteur du compte rendu : Rémi Luglia, professeur agrégé d’Histoire et interrogateur en deuxième année dans une classe préparatoire commerciale, est doctorant à Sciences-Po Paris où il mène une recherche sur l’histoire de la protection de la nature en France de 1854 à nos jours à travers le mouvement associatif.
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Né sous la Terreur, décédé au moment où la République s’installe définitivement en France, François-Vincent Raspail a connu tous les soubresauts de ce XIXe siècle français très instable. Totalement républicain, et même républicain extrémiste, Raspail a lutté sans cesse pour que triomphe ce régime et que la Révolution française tienne toutes ses promesses. Loin de se cantonner au champ politique, Raspail n’a eu de cesse de dénoncer une société coercitive envers les plus faibles et profondément injuste.

Cet homme complexe, à la fois savant autodidacte reconnu et citoyen engagé, Patricia et Jean-Pierre Bédéï vont l’humaniser et le décrypter de belle manière. Dans une langue agréable et bien maîtrisée, les auteurs rendent cohérent l’itinéraire agité de cet homme. De toute évidence, leur choix d’un plan chronologique s’avère efficace. Mais nous sommes bien loin de l’art biographique archaïque qui se perd dans des détails inutiles et qui fait œuvre de manichéisme en se posant comme juge d’inspiration divine d’actions humaines non remises dans leur contexte. Ainsi, à travers la vie souvent difficile de Raspail, nous voyons doucement se forger son caractère et émerger ses prises de position, qui resteront remarquablement constantes malgré les péripéties redoutables auxquelles l’astreignent ses oppositions aux régimes successifs qui gouverneront la France, de l’épopée napoléonienne jusqu’à la chute lamentable du Second empire, au gré des déchirements nationaux et révolutionnaires.

Ainsi, par exemple, Patricia et Jean-Pierre Bébéï obtiennent avec facilité nos suffrages en faisant de la famille de Raspail un des éléments majeurs de sa vie. On reste en effet frappé par la cohésion de cette cellule familiale qui résiste à la pauvreté (récurrente pendant l’essentiel de la vie de Raspail), aux multiples passages en prison du père, accompagnés d’une surveillance attentive de la police politique, aux déménagements imposés par les transfèrements, au bannissement, à la mort d’Adélaïde, épouse fidèle et exemplaire, épuisée par le soutien qu’elle manifeste sans faiblir à son époux emprisonné. Pour le peuple républicain et démocrate, Raspail, c’est donc aussi sa famille et puisque le régime de Napoléon III lui refuse le droit d’enterrer son épouse, ce sont près de 50 000 personnes qui le feront pour lui en accompagnant la dépouille mortelle d’Adélaïde. Face à cette manifestation spontanée, le régime prend peur et envoie la troupe. Il cherchera ensuite à limiter les enterrements de personnalités républicaines à un cadre strictement familial. Le pouvoir subversif de ce nom, Raspail, est grand, trop grand même : il sera donc exilé. Peine perdue, le peuple ne l’oubliera pas. Et il a de nombreuses raisons pour cela.

En effet, si l’engagement politique de Raspail est omniprésent, il n’occupe qu’une partie de sa vie car, les auteurs le mettent là encore clairement en avant, il se fait avant tout en faveur des classes populaires, la République étant pour Raspail le régime le plus à même de s’en préoccuper. Ainsi, il apparaît durablement dans l’esprit des gens comme le médecin des pauvres, celui que l’on vient consulter quel que soit son niveau social mais qui ne fait payer que les riches, celui qui cherche à diffuser l’hygiène et des soins simples. Ce souci des déshérités va aussi conduire Raspail, c’est une autre des lignes directrices de son existence, que les auteurs ont mis en valeur, à se dresser contre la peine de mort et un système carcéral et pénitentiaire où la peine ressemble plus à une vengeance qu’à une possibilité de retrouver sa place dans la société. Et les prisons, on l’aura compris, Raspail les connaît bien car il les aura intimement fréquentées.

De nombreuses autres facettes du personnage sont mises en évidence dans cet ouvrage d’une grande qualité historique et pleinement roboratif. Voici de la «belle histoire» comme on dit de la «belle ouvrage». Point n’est besoin de romancer pour rendre la vie de Raspail attachante. Certains hommes ont une aura de héros par leur être et par leurs actes et ils n’ont pas besoin d’apprentis démiurges complaisants et hagiographes pour les faire valoir. Raspail est de ceux-ci. Patricia et Jean-Pierre Bédéï l’ont parfaitement compris et nous livrent ici une biographie exemplaire.


Rémi Luglia
( Mis en ligne le 07/03/2005 )
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