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Paul Reynaud ou les origines de la Ve République
Thibault Tellier   Paul Reynaud - Un indépendant en politique (1878-1966)
Fayard - Pour une histoire du XXe siècle 2005 /  30 € - 196.5 ffr. / 887 pages
ISBN : 2-213-62314-7
FORMAT : 16x24 cm
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Pour les Français d’un certain âge, le nom de Paul Reynaud éveille des souvenirs assez ambigus. Paul Reynaud, c’est le président du Conseil du printemps 1940, arrivé au pouvoir en mars, démissionnaire en juin, emporté par la plus totale défaite que la France ait connue. Un destin manqué, en somme, comme englouti dans une des grandes failles de l’histoire nationale. Mais ce chef de gouvernement, impuissant dans l’immédiat, prend aussi des décisions aux conséquences incommensurables. Il est celui qui appelle au gouvernement à la fois… le général de Gaulle et le maréchal Pétain. En expédiant le premier en Grande-Bretagne, il a, indirectement, permis l’Appel du 18 juin et l’aventure de la France libre. En même temps, en recourant au second, puis en se retirant devant lui, il est à l’origine directe de l’armistice du 22 juin et du suicide de la IIIe République, le 10 juillet suivant… On comprend donc que la personne de Paul Reynaud et son rôle au cours de ces journées tragiques aient fait l’objet de débats passionnés dans la surabondante littérature consacrée au drame de 1940. Pour autant, l’homme lui-même restait jusqu’ici méconnu. Le livre de Thibault Tellier comble cette lacune, en éclairant le président du Conseil de 1940 par le Paul Reynaud «d’avant», mais aussi par celui de la guerre et de l’après-guerre.

Paul Reynaud accède au pouvoir tardivement, à l’âge de soixante et un ans, après une carrière politique tout à la fois longue et atypique. Originaire des Basses-Alpes, il est issu d’une famille de bourgeoisie récente, enrichie en s’expatriant au Mexique. Avocat talentueux au barreau de Paris, il entre en politique en 1914, dans les rangs des républicains modérés. Il est élu député pour la première fois dans la Chambre «bleu horizon» de 1919, sans pour autant être lui-même un combattant des tranchées. D’emblée et pour près d’un demi-siècle, Reynaud s’affirme comme l’un des plus brillants orateurs parlementaires français. Pendant les vingt années de l’entre-deux-guerres, il est le défenseur d’une politique économique libérale et d’une politique extérieure énergique. Mais si son éloquence lui vaut une renommée nationale, Paul Reynaud reste un indépendant, en fait un homme seul. Ses passages aux affaires (ministre des Finances en 1930, des Colonies en 1931-1932, de la Justice en 1932 et 1938) sont trop brefs pour infléchir le déclin progressif du régime. Ses avis sont avidement écoutés, mais peu suivis. «Homme de droite votant à gauche», Reynaud est également honni par l’extrême-droite et par la gauche.

Ministre des Finances le 1er novembre 1938, dans un cabinet dirigé par Edouard Daladier, Paul Reynaud est de fait le numéro 2 du gouvernement. Comme Daladier, le grand argentier se place dans l’hypothèse d’une guerre longue, menée sur la défensive, en préservant les équilibres budgétaires, à l’abri d’une «véritable muraille d’or» (R. Frank), guerre où la confrontation verra le triomphe du système économique et financier le plus solide. C’est le sens de la célèbre formule «Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts», qui lui fut si souvent reprochée dans la suite. La mésentente entre Reynaud et Daladier, qui s’avive après l’entrée en guerre, est donc un heurt d’ambitions plus q’un désaccord fondamental. Tous deux temporisent, croyant que le temps joue pour les Alliés.

Le 21 mars 1940, Paul Reynaud arrive au pouvoir en raison de l’affaiblissement de son rival, non sous l’action d’une dynamique propre. Il n’est investi qu’avec une voix de majorité. Son «cabinet de guerre», gros de trente-cinq ministres et secrétaires d’Etat, est composé en fonction des équilibres politiques de la Chambre. Si les Allemands redoutent ce «Churchill français», ses détracteurs français brocardent le «petit Tigre» qui voudrait être un second Clemenceau. Ses interlocuteurs britanniques ne sont guère séduits par le nouveau président du Conseil, un «petit Ouistiti», un «sauteur», un «Napoléon de poche». Ces formules sont parfois imprudemment définitives (on se souvient du malheureux «La route du fer est et restera coupée» à propos de l’expédition de Norvège). De fait, Paul Reynaud n’a ni les moyens ni le temps d’imprimer sa marque sur la conduite de la guerre. Démissionnaire une première fois le 9 mai, il doit reprendre sa démission le lendemain, quand commence l’offensive allemande.

À l’heure de l’épreuve décisive, au cours des journées tragiques de mai et juin 1940, le Cassandre de la IIIe République se révèle plus homme de vision que d’action. Individualité brillante, Reynaud n’est ni un chef d’équipe ni un entraîneur d’hommes. Au gouvernement, faute d’alliés capables de l’épauler, il ploie sous le fardeau. Aux oreilles des Français, confrontés à la réalité du désastre, son éloquence churchillienne sonne creux. Si le langage est ferme, les actes ne témoignent pas d’une même résolution. Après s’être dit déterminé à poursuivre la guerre en Afrique du Nord, le président du Conseil démissionne, parce qu’il pense que la majorité du cabinet est favorable à l’armistice. Thibaut Tellier montre que, lors de la journée historique du 16 juin 1940, Paul Reynaud est resté fidèle à sa ligne de toujours, inscrivant son action «dans la logique parlementaire classique», qui lui interdisait de forcer le destin.

Mis en résidence surveillée puis emprisonné de 1940 à 1945, Reynaud rentre en politique dès sa libération. Sous les IVe et Ve Républiques comme sous la IIIe République, il ne cesse d’occuper le devant de la scène, en dépit de son âge. Député en 1946, réélu en 1947, il retrouve des responsabilités gouvernementales (ministre des Finances en 1948, vice-président du Conseil en 1953), plaide pour le redressement économique et financier et la réforme du régime. En 1958, il préside le Comité consultatif qui discute le projet de constitution, puis est élu président de la commission des finances de la nouvelle Assemblée nationale. La rupture avec le général de Gaulle intervient en 1962, sur la question de l’élection du président de la République au suffrage universel. Fidèle à la tradition républicaine, Paul Reynaud refuse cette réforme : à ses yeux, le président de la République ainsi élu serait un «inconnu tout-puissant qui ne sera responsable devant personne», un «maître intouchable», le premier ministre un contrôleur général d’Ancien Régime. Pour la première et dernière fois dans l’histoire de la Ve République, le gouvernement est renversé. L’Assemblée est dissoute, le peuple donne raison à De Gaulle, et Reynaud n’est pas réélu. La presse ironise : «La route du Palais-Bourbon est et restera coupée.» Paul Reynaud meurt quatre ans plus tard, en pleine activité intellectuelle et physique.

La biographie de Paul Reynaud invite à chercher les causes de l’impuissance de 1940 moins dans le caractère de tel ou tel individu que dans les pratiques constitutionnelles de la IIIe République. Entre un Parlement tout-puissant et divisé, un gouvernement à son image, un président de la République réduit à l’inauguration des chrysanthèmes et un président du Conseil dont l’existence était d’ordre purement coutumier, le régime n’était pas bâti pour résister aux plus violentes des tempêtes.

Le livre de M. Tellier est aussi une lecture précieuse pour comprendre le régime politique où nous vivons. Le Paul Reynaud des années 1920 et 1930, observateur critique de la IIIe République, partisan d’un renforcement du pouvoir exécutif, appartient en effet à une génération dont la réflexion institutionnelle prélude aux réformes de 1958. Mais, en même temps, ces dernières ont de beaucoup dépassé les projets conçus avant-guerre. Car l’ombre de juin 1940 plane sur la Ve République. Les concepteurs de la nouvelle constitution, au premier chef le général de Gaulle, ont voulu rendre impossible une nouvelle carence du pouvoir. Autorité et légitimité ne sont plus dans l’Assemblée ni même dans le Gouvernement ; elles sont concentrées dans la personne du président, élu du peuple, qui seul décide et seul porte la responsabilité des décisions.

Le drame de Paul Reynaud est que, farouche adversaire de cette évolution, il en a sans doute été, par son court passage au pouvoir, un des involontaires initiateurs.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 16/05/2005 )
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