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Le Robespierre du clergé
Philippe Barthelet    Collectif   Joseph de Maistre - Dossier H
L'Âge d'homme 2005 /  59.00 € - 386.45 ffr. / 880 pages
ISBN : 2-8251-1871-0
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Résumer un Dossier H est une insurmontable gageure. Héritière des «Cahiers de L’Herne» de Dominique de Roux, cette collection des Éditions L’Âge d’homme a pour ambition d’appréhender un auteur sous ses dehors les plus multiples, les plus inattendus parfois. Philippe Barthelet, qui avait précédemment dirigé de main de maître le volume sur Ernst Jünger, s’est attelé cette fois à cerner une figure depuis longtemps en disgrâce auprès des revues littéraires avides uniquement de nouveauté : Joseph de Maistre. Un très gros morceau. Pour preuves le poids de l’ouvrage et le nombre de contributions qui y sont présentées.

Tous les ingrédients sont en effet réunis ici pour dresser un portrait aussi diffracté qu’exhaustif de ce «penseur austère et de mauvaise foi» (Sartre), cher aux réactionnaires de tout poil : témoignages de contemporains ou d’intimes ayant côtoyé de Maistre du temps de sa formation et de sa grandeur (durant la période savoyarde) ou de son exil post-révolutionnaire principalement à Moscou, qui lui inspirera ses onze fameux dialogues des Nuits de Saint-Pétersbourg) ; réflexions de fond sur sa théorie du préjugé, sa conception du rôle du bourreau, sa vision de la Providence divine ou encore de la guerre ; réfutations au vitriol ou exercices d’admiration qui n’ont rien à envier aux pages que Cioran lui dédia dans les années 50 ; analyses de sa réception en France ou à l’étranger ; évocation des influences qu’il reçut ou exerça : approche de son adhésion à la franc-maçonnerie et de ses rapports à l’occultisme. Sans oublier des écrits de de Maistre lui-même, qui, s’ils ne sont pas inédits, sont exhumés pour la plus grande délectation des amateurs de ce style altier, aussi superbe dans l’éloge que dans la colère. On s’empressera de lire sa brève mais si férocement savoureuse note sur la bibliothèque de Voltaire, ou encore cette parodie de discours jacobin, prêté à un loufoque et caricatural tribun Cherchemot…

Que le lecteur qui serait tenté de s’immerger dans ces viviers foisonnants ne se laisse ni impressionner par la masse documentaire qui y est rassemblée, ni décourager par l’idée qu’il va s’y égarer. L’agrément de ce genre de travail est justement d’élargir au maximum les perspectives à partir du sujet ou du personnage abordé. Ce cahier n’est donc pas à aborder comme une encyclopédie maistrienne, mais bien à visiter comme un mausolée ouvert à tous, de la crypte au jardin, et érigé en l’honneur d’un homme qui irrigua souterrainement les œuvres de maints autres grands esprits.

Baudelaire en tout premier, qui estimait avoir tout appris de de Maistre. Mais on croisera aussi des figures aussi antithétiques que celles d’Auguste Comte, Proudhon, Maurras, Valéry, Chesterton, René Guénon, Barbey d’Aurevilly, Marcuse ou encore Caillois et Klossowski. Si bien sûr tous n’avouèrent pas explicitiment de dette à l’auteur de Du Pape, ils ont cependant, chacun à sa façon, partie liée à cette pensée en cheville entre Tradition et Modernité.

Parmi les textes d’auteurs contemporains, écrits à l’appel de Philippe Barthelet, saluons les synthèses, exemplaires de clarté et de finesse, de J.-L. Darcel à propos des Nuits pétersbourgeoises, de M. Kohlauer, sur l’idée de préjugé, et de J.-Y. Pranchère qui s’est penché sur les sources classiques de l’historicisme de de Maistre. Les plus hardis suivront la déambulation de Juan Asensio parmi les écritures croisées de de Maistre, Armand Robin et Conrad, accompagneront Joseph et son frère Xavier dans la nacelle de leur aérostat à Chambéry, et assisteront à la confrontation de de Maistre et de Bloy, sous l’arbitrage perspicace d’un spécialiste de ce dernier, Pierre Glaudes.

L’ouvrage opère enfin plusieurs mises au point salutaires quant à l’influence de de Maistre sur l’apparition des doctrines totalitaires du XXe siècle, thèse qui a fait florès depuis l’essai de Sir Isaiah Berlin. Voilà qui permet de relativiser pas mal d’idées reçues sur un homme qui usa tant de cette notion
et dont on cite volontiers à tort et à travers l’un ou l’autre aphorisme des plus percutants, pour briller en société. Une erreur qu’on n’aura plus le mauvais goût de commettre après s’être plongé sérieusement dans cette somme, déjà incontournable.


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 10/08/2005 )
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