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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Aux origines de la psychologie scientifique française
Serge Nicolas   Théodule Ribot (1839-1917) - Philosophe breton, fondateur de la psychologie française
L'Harmattan - L'Encyclopédie psychologique 2005 /  19.80 € - 129.69 ffr. / 226 pages
ISBN : 2-7475-7890-9
FORMAT : 14x22 cm

L'auteur du compte rendu : Laurent Fedi, ancien normalien, agrégé de philosophie et docteur de la Sorbonne, est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la philosophie française du XIXe siècle, parmi lesquels Le Problème de la connaissance dans la philosophie de Charles Renouvier (L'Harmattan, 1998)ou Comte (Les Belles Lettres, 2000).
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Théodule Ribot (1839-1916) : ce nom évoque pour les lecteurs de Bergson ou encore pour les amateurs de vieux manuels, le charme suranné des chapitres de psychologie qui meublaient les cours de philosophie de la Troisième République. L’ouvrage de Serge Nicolas est la première monographie complète, en français, sur ce personnage autrefois célèbre, auquel les progrès de la neuropsychologie pourraient bien, par un retour inattendu, redonner quelque actualité. Cette monographie, ouvrage universitaire, n’est ni une réhabilitation, ni un essai, plutôt une étude érudite, analytique, axée autour des enjeux institutionnels de la fondation de la psychologie scientifique en France, un dossier sur lequel on pourrait renvoyer également aux travaux de Laurent Mucchielli.

A une époque où l’étude des faits de conscience était encore entièrement dépendante de la philosophie, Ribot coupe le cordon ombilical, dans un geste d’autant plus audacieux qu’il s’inscrit d’abord dans un cursus de philosophie. L’événement date de 1873. La soutenance de sa thèse sur l’hérédité psychologique, devant un jury de philosophes spiritualistes, ébranle les murs de la Sorbonne. La thèse publiée, est bientôt traduite en anglais, en allemand, en espagnol, puis en russe, en polonais, en danois. En 1876, Ribot fonde la Revue philosophique de la France et de l’étranger, première revue de philosophie indépendante de toute école et ouverte à la psychologie expérimentale (entre autres domaines). En 1885, il est investi du premier cours de psychologie expérimentale à la Sorbonne, avant d’obtenir en 1888 une chaire de psychologie expérimentale et comparée au Collège de France. Il encourage, enfin, la fondation à la Sorbonne du premier laboratoire français de psychologie expérimentale dirigé d’abord par Henry Beaunis puis par Alfred Binet. Ce parcours est décrit dans la première partie du livre, la partie biographique.

La seconde partie présente les œuvres dans l’ordre chronologique de parution, sous forme de résumés analytiques. Si cette méthode d’exposition facilite les repérages et permet de retrouver facilement tel ou tel point de théorie, il est à craindre qu’elle ne lasse le lecteur non averti, ne serait-ce que par les répétitions et les solutions de continuité qu’elle entraîne. Quelques lignes de force néanmoins se dégagent. Au plan méthodologique d’abord. S’inspirant des évolutionnistes et psychologues associationnistes anglais, ainsi que des travaux allemands de psychologie expérimentale, Ribot conteste la mainmise de la métaphysique (dominée par les disciples de Victor Cousin et par l’école de Ravaisson) sur ce qu’on appelle encore l’âme. Au risque d’être taxé de «positivisme» (c’est à cette époque précisément que le mot devient une insulte), il réclame l’observation des faits et le contrôle de l’expérience dans l’étude des phénomènes d’attention, de mémoire, de volonté, d’affectivité, etc. Plus précisément, la démarche de Ribot consiste à partir des phénomènes pathologiques (comme l’aphasie, le dédoublement de la personnalité ou les troubles de l’attention) pour expliquer les mécanismes psychologiques, suivant le principe de Broussais selon lequel la maladie fournit à la science l’équivalent naturel d’une expérimentation.

Ribot a également laissé son nom à une loi, la loi de régression selon laquelle la dissolution des capacités psychiques s’effectue à rebours de leur constitution : le plus volontaire et le plus complexe s’efface en premier sans atteindre les actes automatiques. C’est ainsi par exemple que dans l’amnésie, les souvenirs récents, encore mal fixés dans le système nerveux, disparaissent avant la mémoire procédurale (dans la terminologie d’aujourd’hui) qui représente l’organisation à son degré le plus fort. La désagrégation de la vie psychique suit «la ligne de moindre résistance» qui est celle de «la moindre organisation». La référence au neurologue John Hughlings Jackson (1835-1911) est éclairante. Mais surtout, il faut rappeler que Ribot subordonne la conscience à l’organisme, posant ici un problème fondamental, sans cesse repris et discuté jusqu’à nos jours. Tout fait psychique est la manifestation visible d’un processus biologique, ce qui veut dire pour Ribot que la base des phénomènes psychologiques est physiologique et que le lien entre psychologie et biologie est déterminé par les rapports de l’organisme avec le milieu. Ainsi la mémoire est-elle capacité d’acquérir des habitudes, de produire des dispositions adaptées aux situations courantes, organiquement stabilisées, enregistrées à un niveau solide. Pour ce théoricien de la conscience- épiphénomène, la conscience est aussi, comme le note Serge Nicolas, un facteur de progrès et un instrument d’insertion du corps dans la vie sociale.

La troisième partie, présentant une sélection d’extraits, aurait sans doute été plus utilement employée à faire le bilan de «l’actualité» des problématiques esquissées par Ribot. On pourrait en effet interroger pour ce qui concerne la mémoire chez Ribot, la discussion bergsonienne, les prolongements neuropsychiatriques de la théorie de Ribot (chez Jean Delay notamment), ou sa compatibilité avec les modèles structuraux actuels. Le cas de Bergson mériterait à lui seul un long développement. Attaché comme on sait à la complémentarité de la métaphysique «positive» et des résultats scientifiques, Bergson s’est opposé à Ribot en considérant que le cerveau n’est pas le support de la mémoire pure qui enregistre les événements de notre vie à mesure qu’ils se déroulent, mais de la mémoire motrice et physiologique qui est dirigée vers l’action et qui «joue» le passé au lieu de le représenter sous forme d’événement daté. Signalons toutefois que Serge Nicolas a abordé ces questions dans d’autres publications, qu’il faudrait compléter par les études de Pierre Hum sur Ribot et l’oubli, malheureusement absentes de la bibliographie (P. Hum : «Ribot, l’oubli, fait biologique ou fait psychologique ?», dans Le Moment 1900 en philosophie, sous la direction de F. Worms, Presses Universitaires du Septentrion, 2004, pp. 237-251).

Pourquoi Ribot a-t-il été à ce point oublié ? Les raisons sont bien mises en lumière par l’auteur. Ribot épuisa son énergie en justifications pour défendre l’autonomie d’une discipline dont les gardiens de la tradition auraient bien voulu conserver le monopole. Son rôle fut celui d’un fondateur plutôt que d’un promoteur (il faut attendre Henri Piéron et Paul Fraisse pour que études de psychologie se développent et fructifient dans l’espace universitaire français). Les expérimentateurs n’ont pu se reconnaître dans un empirisme largement étranger au travail de laboratoire. De leur côté, les philosophes ont presque toujours reculé devant le matérialisme scientifique de Ribot. Bien que la roue de l’histoire ait tourné, on remarquera que la suspicion qui touche aujourd’hui Jean-Pierre Changeux, par exemple, repose sur les mêmes motifs et des enjeux comparables.

Serge Nicolas est l’auteur de nombreux travaux sur l’histoire de la psychologie française, dont il est un des rares spécialistes. Il est également le directeur de la fameuse collection «Encyclopédie psychologique» aux Editions L’Harmattan, une collection qui ressuscite les grands classiques de la psychologie française, largement occultés par la psychanalyse au cours du siècle dernier.


Laurent Fedi
( Mis en ligne le 18/08/2005 )
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