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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Une statue enfin en couleur
Jean-Christophe Notin   Leclerc
Perrin 2010 /  12 € - 78.6 ffr. / 808 pages
ISBN : 978-2-262-03294-4
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en octobre 2005 (Perrin)

L’auteur du compte rendu : Jacques Augier a été officier de l'armée de terre pendant dix ans avant d'enseigner l'Histoire dans divers établissements, essentiellement de la région bordelaise.

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Le général Leclerc fait partie de ces figures qui, parce qu’elles font l’unanimité, semblent ne plus appeler de questions. Au cours des vingt années qui ont suivi sa mort tragique, vingt-cinq biographies contribuèrent à bâtir sa légende. Dans la douleur de sa disparition, pas question d’ouvrages critiques : il n’y avait de place que pour les faits d’armes glorieux et le déroulement d’un destin hors normes. Il a donc fallu attendre 1994, et le livre du général Jean Compagnon, pour creuser un peu la personnalité de Leclerc. Étant lui-même ancien de la 2e DB, ce dernier brossa toutefois un portrait encore très louangeur. Quatre ans plus tard, André Martel lui succéda à la tâche, avec plus d’objectivité, mais un style laborieux et une construction désordonnée handicapèrent la lecture de son œuvre. Pour autant, il porta à vingt-sept le nombre des biographes s’étant penchés sur Leclerc depuis 1947, presque un record, qui semblait condamner tout nouvel essai au jugement de Danton : Leclerc, encore Leclerc, toujours Leclerc !

Jean-Christophe Notin a pourtant relevé le pari, et avec ambition, puisque son Leclerc, paru chez Perrin (aujourd'hui en format poche "Tempus"), ne compte pas moins de 800 pages. Quelques indices incitent d’emblée à accueillir favorablement cet opus. Le jeune auteur, en effet, en est à son quatrième livre. Après 1061 Compagnons, évoquant les parcours croisés des Compagnons de la Libération, il s’est attaché à dépeindre deux campagnes des troupes françaises tombées dans l’ignorance, celles d’Italie en 1943 et d’Allemagne en 1945. Si le premier livre avait surtout marqué par un style enlevé, et une incroyable facilité à fondre mille vies en une seule, les deux suivants se nourrirent d’archives, assurant à la forme déjà très agréable un véritable fond, riche et structuré.

Avec Leclerc, Jean-Christophe Notin nous livre une œuvre beaucoup plus achevée puisque style et sources se complètent avec harmonie. La trame suivant en toute simplicité la chronologie, le premier chapitre, "Un modèle d’officier", évoque en une quarantaine de pages la vie avant-guerre du futur général : un parcours très classique d’officier issu de l’aristocratie terrienne, qui, faute de conflits, a passé près d’une quinzaine d’années dans les écoles militaires à être formé ou à former lui-même. Grâce à la correspondance privée qu’il a pu recueillir, Notin éclaire d’un jour nouveau le caractère du jeune capitaine qui apparaît aimant, dur, obstiné, souvent sectaire.

Survient la débâcle. L’auteur décortique le raisonnement qui a conduit l’officier de 38 ans, père de six enfants, à opter pour Londres. La description des jours cruciaux qui vont le conduire face à de Gaulle donne lieu à quelques-unes des plus belles pages du livre. La suite des événements est connue : le ralliement de l’Afrique Équatoriale, Koufra, le Fezzan, la Tunisie, les libérations de Paris et de Strasbourg. Notin revient sur chacune de ces étapes en s’affranchissant de tout ce qui a pu être écrit précédemment. Grâce aux archives anglaises et américaines, il offre un autre Leclerc, ascète, adulé de ses hommes même si colérique, et par-dessus tout, victorieux. Sa relation avec de Gaulle est analysée mois après mois. Ainsi, jusqu’en 1943, Leclerc demeure le héraut de la France Libre dans tous ses excès, prêt à fusiller les "traîtres" de Vichy. Avec la 2e DB, amalgame de toutes les France, il met de l’eau dans son vin, mais Notin montre avec finesse qu’il ne s’éloignera jamais de ses primes convictions. Il faut lire en particulier le tableau de la Résistance parisienne peint par Leclerc. En fait, jusqu’à la capitulation, celui-ci ne perdra rien de sa ferveur comme le montre, le 7 mai 1945, en Allemagne, l’exécution sans jugement de douze Waffen SS français (les sources utilisées par Notin dans cette grave affaire sont aussi inédites qu’éloquentes).

Cette nouvelle biographie prend cependant tout son intérêt dans la période de l’après-guerre. Leclerc y est décrit avec ses ambitions et ses désillusions. Lui qui guignait la résidence générale du Maroc se voit envoyer en Indochine résoudre un conflit auquel il ne connaît rien. En se détachant de ce qui a été mis dans la bouche de Leclerc après sa mort, en particulier par Lacouture, Chaffard ou encore Devillers, l’auteur analyse scrupuleusement sa pensée et démontre qu’il était loin d’être le décolonisateur proclamé depuis. C’est là un point clé de ce livre, faisant comprendre que Leclerc et d'Argenlieu n’étaient finalement pas si éloignés. On pourra seulement reprocher à Notin de ne pas avoir assez élagué ses sources ; d’où une légère impression de fouillis dans les derniers mois de la période indochinoise qui, au demeurant, correspond au fouillis régnant dans les esprits de l’époque !

De retour en France, de Gaulle parti, le général souffre de l’absence de soutiens politiques et se fait utiliser, et par la classe politique, qui le renvoie à Hanoï, et par certaines autorités militaires. Sa mort, dans un accident d’avion, déchaîne les passions d’un pays en proie à de nombreux tourments. On parle d’attentat et de sabotage. Pendant les soixante dernières pages, Notin quitte l’habit de l’historien pour endosser celui de policier. Son enquête est bluffante de précision et de révélations, parfois légèrement trop techniques (l’auteur retrouvant sans doute ses réflexes d’ingénieur des Mines), mais, comme pour un film, il serait vraiment dommage d’en révéler ici les très troublantes conclusions.

Aussi pertinente et souvent dérangeante qu’elle soit, cette biographie n’a rien d’une entreprise de démolition. En la refermant, Leclerc demeure pour le lecteur cette statue vénérée à chaque 25 août, mais Notin lui donne enfin les couleurs qui permettent de vraiment jauger la part d’héroïsme dans ses actes. Du bien bel ouvrage pour un bien beau personnage.


Jacques Augier
( Mis en ligne le 11/05/2010 )
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