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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Les mythes ont la vie dure
Jean Des Cars   Sissi, impératrice d'Autriche
Perrin - Tempus 2009 /  11 € - 72.05 ffr. / 434 pages
ISBN : 978-2-262-03139-8
FORMAT : 11x18 cm

L'auteur du compte rendu : Agrégée d'histoire, Anne-Valérie Solignat prépare une thèse sur les noblesses auvergnate et bourbonnaise au XVIe siècle. Elle est actuellement allocataire-monitrice à l'université Paris 1.
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Certains mythes résistent aux assauts du temps. On pensait que les ados pré pubères de la Star’Ac’ avaient définitivement relégué Sissi et les crinolines au rang d’antiquité n’intéressant que le public des maisons de retraite, que les valses viennoises et les chasses bavaroises en costumes tyroliens de Romy Schneider étaient complètement surannées, voire ridicules, et l’on se rend compte finalement que les petites filles d’aujourd’hui veulent encore devenir Sissi dans la vie.

Malgré une abondante littérature et une cinématographie des plus enviables consacrées à la plus célèbre des impératrices d’Autriche, Jean Des Cars revient sur ce personnage qu’il affectionne particulièrement et sur lequel il a déjà largement écrit. Spécialiste des têtes couronnées, de préférence disparues depuis une bonne centaine d’années, comme Louis II de Bavière, cousin de ladite Sissi, l’auteur veut à la fois faire œuvre d’historien en rétablissant la vérité sur la vie d’Élisabeth, tout en y insufflant le romantisme et la nostalgie du temps de ces «aigles foudroyés».

Amours contrariés, folie, morts violentes : tous les ingrédients sont en effet réunis pour faire de la destinée de Sissi une véritable tragédie romanesque. Mais c’est en menant une enquête minutieuse fondée sur l’utilisation d’archives privées, de témoignages uniques récoltés de la bouche même de la fine fleur des Habsbourg encore vivants que Jean Des Cars se penche sur ce tourbillon tragique en voulant en éclaircir les zones d’ombres. L’ouvrage est ainsi fondé sur une série d’interrogations plus ou moins existentielles : l’archiduchesse Sophie était-elle vraiment méchante ? Sissi et François-Joseph s’aimaient-ils d’un véritable amour ? Le cœur de la belle impératrice était-il aux mains du fameux comte Andrassy ou de son fantasque cousin Louis II ? Comment s’est déroulé le drame de Mayerling ?

On mesure bien là les incohérences et les contradictions de l’auteur qui veut tout à la fois mener une recherche historique scientifique et relater cette «opérette inachevée en tragédie». Or de son passé de grand reporter à Paris-Match, il garde visiblement des réflexes et sa vocation d’historien passe bien vite au second plan sans qu’il ne fasse jamais de véritables choix entre ces deux aspirations. Certes, bien écrite et agréable à lire, cette biographie se rapproche plus du reportage photo façon Point de Vue-Image du Monde que d’une analyse précise et argumentée de la vie d’Élisabeth d’Autriche dont il aurait été pourtant très pertinent de mesurer le rôle politique, notamment lors de la mise en place de la double monarchie austro-hongroise.

Ainsi, le drame de Mayerling, point d’orgue tragico-romantique de l’ouvrage, qui ôte en 1889 à l’impératrice son seul fils, et accessoirement l’héritier du trône, tourne vite au roman à l’eau de rose, mâtiné d’un zeste de suspens sur fond de forêt viennoise. Jean Des Cars veut enfin élucider cette énigme qui taraude depuis plus de cent ans les amateurs de mystères historiques comme la mort de Louis XVII ou l’affaire Gaspar Hauser. Il affirme que la thèse officielle du double suicide de l’archiduc Rodolphe et de sa maîtresse Marie Vetsera a été montée de toutes pièces pour éviter un scandale bien plus grand. L’auteur opte pour la thèse de l’assassinat politique, se fondant sur les confidences exceptionnelles que lui a faites peu de temps avant sa mort Zita, dernière impératrice d’Autriche. Cette option est effectivement intéressante car l’archiduc, connu pour ses idées libérales, s’était attiré l’animosité des milieux conservateurs de la cour impériale. Mais, là encore, le lecteur tombe vite sur des invraisemblances historiques car ce serait Georges Clemenceau qui aurait commandité l’assassinat ! Or, il n’était à ce moment là qu’un simple député sans grande influence et l’on voit mal comment il aurait pu faire vaciller de la sorte le vieil empire des Habsbourg.

L’auteur fait donc un anachronisme assez révélateur du ton général du livre : des témoignages intéressants, un indéniable travail de recherche, un certain lyrisme mais une fâcheuse tendance à jouer la carte du romanesque et de la sensiblerie au risque de décrédibiliser l’enquête historique. Au final, on est bien plus proche des émissions de Frédéric Mitterrand que de la biographie historique académique. Mais il faut avouer honnêtement ici que nous sommes nombreux à regretter le temps de l'émission «Étoiles Étoiles» !


Anne-Valérie Solignat
( Mis en ligne le 15/12/2009 )
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