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La Vie d’un homme illustre
Jean Sirinelli   Plutarque
Fayard 2000 /  24.43 € - 160.02 ffr. / 524 pages
ISBN : 2-213-60371-5
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Plutarque a peut-être été le plus célèbre des écrivains antiques de la Renaissance au XIXè siècle. Puis, cet auteur dont s’était nourri Montaigne ou que citait tel personnage de Molière est tombé dans l’oubli, voire le mépris. Jean Sirinelli le réhabilite de manière magistrale en livrant cette biographie à la fois précise et agréable à lire, qui invite à lire ou relire les oeuvres du philosophe de Chéronée.

En effet, il fallait être érudit pour rendre compte de la vie d’un auteur à la fois philosophe, historien, moraliste, qui a laissé finalement peu de traces, à l’exception de son oeuvre monumentale, mais dans laquelle il parle bien peu de lui-même. Une grande familiarité avec l’oeuvre de Plutarque permet à Jean Sirinelli de dégager les particularités de son cheminement, d’émettre des hypothèses, souvent convaincantes, sur ce que Plutarque a pu faire comme d’autres ou contrairement à d’autres. Il commence par rappeler la jeunesse de l’auteur, le milieu dont il est issu, surtout l’éducation qu’il a reçue, qui n’est guère différente de celle de nombreux jeunes Grecs cultivés de sa génération, qui ont vingt ans sous le règne de Néron.

Comme ses contemporains, Plutarque a donc suivi des études couronnées par un enseignement de philosophie, essentiellement à Athènes qui reste une grande capitale culturelle. Il a complété sa formation par des voyages initiatiques, en Égypte, en Asie Mineure sans doute, à Rome enfin. C’est dans l’Urbs qu’il fait ses débuts dans la littérature par des essais sur des thèmes courants, où il montre, vraisemblablement devant un public choisi, ses talents de rhéteur.

Son destin ne se singularise que plus tard. Alors que d’autres ont recherché les honneurs à Rome, près du pouvoir impérial, Plutarque choisit de rentrer dans sa petite cité de Chéronée, obscure localité de Béotie. C’est dans cette cité célèbre seulement pour avoir été le lieu de la défaite d’Athènes devant la domination macédonienne de Philippe II, c’est dans sa patrie que Plutarque décide d’exercer son enseignement et vraisemblablement d’assumer des fonctions politiques. En cela, Plutarque est un Grec héritier de l’époque classique. À Chéronée, il se consacre à sa famille et à son épouse qu’il aime tendrement, comme le montrent plusieurs éloges de l’amour conjugal dans ses oeuvres.

Sa principale activité, du moins celle qui nourrit le plus son oeuvre, est son enseignement de philosophie. En effet, le lien est étroit et le va-et-vient constant entre les questions des élèves, les notes de cours, les différents traités rédigés à cette époque. Les autres cercles de ses relations, qu’il s’agisse de sa famille, de ses amis ou de cercles moins intimes, jouent également un rôle important.

C’est vraisemblablement vers le milieu de sa vie que Plutarque devient prêtre de Delphes. Sa nomination à cette fonction à vie, particulièrement importante, montre la notoriété de Plutarque, non seulement à Chéronée, mais aussi vraisemblablement dans toute la Grèce et jusqu’à Rome. Par ailleurs, l’exercice de cette charge a sans doute fait évoluer son sentiment religieux, sa réflexion sur l’âme et sa pensée philosophique.

Les Vies parallèles sont l’oeuvre la plus célèbre de Plutarque. Leur rédaction s’étend sur de longues années. Au départ, plusieurs de ces biographies ont été écrites pour répondre à des commandes, mais progressivement, le genre biographique et plus encore le projet des Vies parallèles deviennent essentiels pour Plutarque. Leur composition ne doit rien au hasard. Le parallèle systématique entre un Grec et un Romain ne laisse pas d’intriguer. Il ne s’explique pas par une volonté de faire rivaliser les vaincus et les conquérants mais traduit plutôt le souci de rechercher, au-delà des destins opposés de Rome et de la Grèce et à travers les générations, des traits communs chez les individus. Oeuvre d’historien et de moraliste à la fois, les Vies parallèles témoignent du goût de Plutarque pour la philosophie appliquée à un objet précis et de son intérêt pour les caractères et la psychologie. Les personnages évoqués sont soigneusement choisis : tous se caractérisent par un dévouement très grand à une cause qui les dépasse, que cela se traduise positivement ou non.

C’est sans doute à l’époque où s’achevait la rédaction des Vies que Plutarque a écrit ou commencé des oeuvres qui montrent son évolution, au terme de ce vaste projet et au soir de sa vie. Les Propos de table, tout en reflétant les banquets lettrés auxquels participait Plutarque, s’inscrivent dans une tradition de dialogues philosophiques et cherchent à définir ce que doit faire l’homme de bien. Les Préceptes politiques visent à adapter la philosophie politique platonicienne à l’époque nouvelle. Plutarque se place, dans ces oeuvres comme dans sa vie, dans le cadre des cités grecques, contrairement à d’autres penseurs politiques de son temps. Il cherche à montrer ce que doit faire un bon citoyen pour sa patrie, sans nostalgie d’un passé héroïque, en tenant compte des réalités d’un empire romain en train de se stabiliser. Plutarque participe en cela à la propagande impériale qui se développe sous Trajan et qui cherche à redonner toute leur vitalité aux provinces de l’Empire. Enfin, à travers quelques traités écrits à la fin de sa vie, Plutarque livre une sorte de testament spirituel, où il exprime ses méditations sur la vie, la mort, la destinée de l’âme.

En s’interrogeant tout au long de son ouvrage sur la manière de travailler de Plutarque, sur les sources dont il pouvait disposer, mais aussi les commandes auxquelles répondent certaines de ses oeuvres, leurs destinataires, le public visé, l’entourage intellectuel de Plutarque et ses divers interlocuteurs, Jean Sirinelli nous offre bien plus qu’une simple biographie de Plutarque. C’est une véritable page d’histoire culturelle qu’il propose, l’histoire des élites cultivées de l’empire romain en cours d’unification véritable, au moment où les différences entre Rome et le monde hellénique s’estompent pour créer une nouvelle culture.


Marie-Christine Marcellesi
( Mis en ligne le 28/08/2000 )
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