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Homère, au coeur du monde grec
Pierre Carlier   Homère
Fayard 1999 /  21.37 € - 139.97 ffr. / 415 pages
ISBN : 2-213-60381-2
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C'est un paradoxe que d'écrire un livre sur Homère alors que l'on ne sait rien de lui. Pierre Carlier le souligne dès l'introduction de son livre. Pourtant, nombreuses sont les vies d'Homère écrites dans l'Antiquité, mais il s'agit de vies imaginaires, de la légende qui s'est constituée autour de ce poète dont les oeuvres servaient de base à l'éducation des jeunes grecs. Évoquer Homère revient donc à parler de ces oeuvres. Les épopées homériques, qui représentaient pour le monde gréco-romain l'équivalent de la Bible dans le monde judéo-chrétien, ont continué bien après l'Antiquité à susciter de multiples passions. Laissant à d'autres l'analyse littéraire, Pierre Carlier se propose d'étudier les oeuvres homériques en tant que source historique.

Lorsqu'on évoque Homère, on pense à Mycènes et à Schliemann qui, lecteur passionné d'Homère, a mis sa fortune au service de sa passion en fouillant les sites d'Ithaque, Mycènes, Troie. Il rattachait chaque découverte archéologique à un épisode des épopées homériques, en dépit de la chronologie des sites.

Pierre Carlier rappelle les principales étapes de la découverte archéologique du monde mycénien, les premières hypothèses sur cette civilisation, la plupart contredisant Schliemann. Puis vint le déchiffrement des tablettes en linéaire B, après la seconde guerre mondiale, qui permit de découvrir que les Mycéniens étaient des Grecs. On comprit mieux alors la structure des civilisations minoenne et mycénienne, l'originalité de chacune, les héritages et les influences qui les relient.

Après un état précis des connaissances sur la civilisation mycénienne, Pierre Carlier passe à la période des âges "obscurs" : après la disparition du linéaire B des tablettes mycéniennes, l'écriture reparaît sous la forme de l'alphabet, emprunté aux Phéniciens; on ignore quand exactement s'est fait cet emprunt, mais il est certain qu'au VIIIe siècle, l'écriture est déjà diffusée dans les couches supérieures de l'ensemble du monde grec et est utilisée à des fins ludiques. Il apparaît aussi que ceux qui font des graffitis sur les vases connaissent bien les épopées homériques.

Celles-ci sont composées à l'époque où renaît l'écriture et il est possible qu'elle ait joué un rôle dans la genèse des poèmes homériques, même s'ils s'inscrivent dans la tradition de poésie orale, comme l'ont montré des comparaisons avec les techniques des bardes serbes et bosniaques au début du siècle. En effet, les oeuvres homériques se distinguent des productions courantes de la poésie orale par leur ampleur et la subtilité de leur composition. Sans éluder les débats et les questions en suspens, Pierre Carlier suggère que, vers le début du VIIIe siècle, un aède géniale, maîtrisant parfaitement les techniques et le répertoire de la poésie orale, décida de composer une oeuvre d'une ampleur inédite, en réunissant, recomposant, renouvelant quelques récits du cycle troyen : ainsi naquit l'Iliade. quelques décennies plus tard, un autre aède, vraisemblablement, composa l'Odyssée en s'inspirant de l'Iliade, rivalisant avec elle et s'en démarquant clairement sur plusieurs points.

Les deux épopées devinrent très vite célèbres dans tous le monde grec. Elle se transmirent sans doute à la fois oralement et par écrit, en entier ou partiellement. D'après la tradition grecque, les Pisistratides, tyrans d'Athènes au VIe, ont fait fixer par écrit une version complète des deux oeuvres, devenues officielles, qui a servi ensuite de référence aux poètes alexandrins, celle-là même qui nous a été transmise. Cependant, les sources prouvent que les épopées, leur composition, de nombreux vers, étaient depuis longtemps bien connus dans l'ensemble du monde grec.

L'auteur présente ensuite une analyse détaillée de chacune des deux épopées, en soulignant les passages les plus intéressants au point de vue historique, en signalant ceux dans lesquels certains ont vu des interpolations, en montrant souvent qu'il peuvent être interprétés d'une manière cohérente avec le reste de l'oeuvre. Il suit le récit chant par chant pour l'Iliade. Pour l'Odyssée, il procède par ensembles plus vastes, en effectuant des regroupements thématiques et en assistant particulièrement sur la situation à Ithaque pendant l'absence d'Ulysse et après son retour. Ces deux chapitres ne peuvent qu'inciter le lecteur à lire ou relire l'Iliade et l'Odyssée.

Cette étude riche et minutieuse permet de dresser enfin un tableau général des sociétés homériques, de l'oikos, la maison aristocratique, qui en constitue la cellule de base, des différentes catégories sociales qui apparaissent au sein ou en dehors de l'oikos, des modes d'échanges fondés sur le don et le contre-don, notamment à travers les règles de l'hospitalité ou du mariage. La guerre ou le pillage constituent également, à leur manière, des modes d'acquisition.

Les sociétés homériques se distinguent très nettement à la fois du monde mycénien, de la féodalité médiévale et des sociétés primitives, notamment mélanésiennes, dont on a voulu les rapprocher. Pierre Carlier le montre grâce à une analyse des institutions qui apparaissent dans les épopées homériques, l'assemblée du peuple, le conseil des anciens et le roi, le basileus. Il précise le rôle de ce dernier, la nature et les limites de son pouvoir dans le domaine politique, religieux, militaire, judiciaire. Au delà de ces pouvoirs codifiés, le tableau de l'idéologie royale est nuancé et, surtout, des différences notables apparaissent entre l'Iliade et l'Odyssée.

Dans la plus ancienne des deux épopées, les rois sont rarement parés des vertus les plus importantes, comme si les dieux répartissaient leurs dons entre les rois et les autres héros. Dans l'Odyssée, au contraire, les rois sont soit mauvais, soit parfaits, comme Ulysse, qui n'est pas seulement investi par les dieux, mais entretient une relation très étroite avec la déesse Athéna qui le protège et l'accompagne.

Il reste à savoir si le monde homérique, cohérent en lui même, correspond à une société réelle et à quelle époque il convient de la situer. Pierre Carlier se lance dans la confrontation extrêmement délicate des données homériques, des autres textes et des sources archéologiques. En reprenant la question discutée de l'historicité de la guerre de Troie, en analysant les pratiques funéraires ou les usages matrimoniaux, l'auteur rappelle les différences entre le monde homérique et l'époque mycénienne, fait apparaître la continuité entre les sociétés et les institutions évoquées par Homère et celles des cités de la Grèce archaïque et classique, sans négliger les évolutions. Il en ressort que les épopées homériques, si elles mêlent des éléments de diverses époques, doivent beaucoup à celles où elles ont été composées. Elles permettent à la fois de mieux comprendre le haut archaïsme et de saisir l'évolution du monde grec depuis l'époque mycénienne jusqu'à la période classique, en faisant la part des ruptures et des permanences.

Pierre Carlier a choisi de présenter en détail, dans les annexes, certains éléments des civilisations de l'âge du bronze qui ne pouvaient être évoqués que rapidement dans le texte principal. Illustrant son propos de fac-similés et de tableaux récapitulatifs, il offre l'état le plus récent des connaissances sur les documents minoens et les tablettes en linéaire B. Il évoque des études de mains et d'empreintes qu'elles ont suscitées et qui ont apporté des informations sur l'organisation administrative des palais. Il donne des exemples d'analyse sur les ouvrières palatiales, les fonctions et titres mycéniens, offrant ainsi au lecteur l'occasion de se familiariser avec des documents encore méconnus du grand public.

Tout au long de son ouvrage, grâce à un style clair et entraînant, à des tableaux et des plans qui éclairent son propos, Pierre Carlier rend accessibles au lecteur les débats les plus érudits, expose les différentes hypothèses, montre laquelle a sa préférence. Il nous fait partager sa familiarité non seulement avec les textes d'Homère, mais aussi avec les découvertes les plus récentes de l'archéologie et les sources orientales. Après cette lecture, il ne reste plus qu'à se plonger dans les épopées homériques pour pénétrer directement dans le monde si attachant dont Pierre Carlier nous a ouvert la porte.


Marie-Christine Marcellesi
( Mis en ligne le 08/08/2001 )
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