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Erlanger ou les délices de l’anecdote
Philippe Erlanger   Philippe V d’Espagne
Perrin 2000 /  22.75 € - 149.01 ffr. / 408 pages
ISBN : 2-262-01639-9
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La recette est toujours la même: quelques chroniqueurs et mémorialistes du temps mis à contribution ; une prédilection pour les récits d’alcôve et les particularités tératologiques des protagonistes; une indifférence complète pour ce qui n’est pas pure histoire événementielle. On comprend pourquoi le critique historien aborde un ouvrage de Philippe Erlanger avec un préjugé invariablement défavorable.

Et cependant, à chaque fois, la magie fait son oeuvre: on prend le livre avec la ferme intention de n'en parcourir que quelques passages… et on ne le repose que bien plus tard, à la dernière page. Cette biographie de Philippe V en est un bon exemple : l’histoire de ce roi d’Espagne, à la fois dévot et obsédé sexuel, qui eut la chance d’avoir deux épouses hors du commun, nous est contée avec un grand talent d’écrivain et de conteur.

Louis XIV avait gardé un souvenir traumatisant de la Fronde, pendant laquelle son oncle, Gaston d’Orléans, avait comploté contre lui. C’est pourquoi, selon Erlanger, il adopta pour politique de laisser les cadets de la famille de Bourbon dans l’ignorance la plus complète. C’est ainsi que Philippe, duc d’Anjou et second fils du Grand Dauphin, né en 1683, aurait été élevé dans la soumission, une foi aveugle et la terreur de l’enfer. D’un naturel modeste, il ne jouissait pas d’une grande d’intelligence, d’où peut-être son extrême timidité.

Roi d’Espagne en 1700, par le testament de Charles II, Philippe V se marie l’année suivante. Sa première épouse, Marie-Louise de Savoie, reine à douze ans, régente à quatorze, intelligente et douée d’une grande force de caractère, sut, aidée par Mme des Ursins, gouverner et se faire aimer et vénérer par les Espagnols. Elle conseilla et guida son mari dont les talents se limitaient à un grand courage physique, mais à qui le métier de roi pesait.

La seconde épouse de Philippe V, Élisabeth Farnèse, énergique et autoritaire, prit à son tour un grand ascendant sur son mari et gouverna avec lui. Lorsque, par suite des décès successifs des héritiers de Louis XIV, il fut pressé de choisir entre son droit de succession au trône de France et son royaume espagnol, il dut renoncer pour lui et ses descendants à ses droits héréditaires pour rester en Espagne. L’Europe, en effet, n’aurait pas toléré d’avoir à envisager la réunion des deux couronnes sur une seule tête.

Élisabeth Farnèse eut la sagesse de laisser au ministre Patino la haute main sur l’économie et les finances du royaume. Grâce à lui, l’Espagne vécut un extraordinaire redressement. Pendant ce temps, Philippe V, d’ordinaire indifférent aux affaires, avait quelques accès d’autorité. Torturé par des remords de conscience et affaibli par la maladie, il décida d’abdiquer en faveur de son fils Louis. En janvier 1724, il se retirait avec la reine à la Granja de San Ildefonse. Le 30 avril suivant, Louis mourut de la petite vérole. Le 30 septembre, cédant aux pressions de sa femme et de son entourage, Philippe remontait sur le trône. À partir de 1727, le roi subit des crises de folie passagères, dont il ne sortait que pour tomber dans une profonde neurasthénie. Il mourut brusquement le 9 juillet 1746, âgé de soixante-trois ans.

Paradoxalement, ce roi qui régna peu par lui même, toujours dominé par ses épouses, laissa l’Espagne plus florissante et prospère qu’il l’avait trouvée. Remarquable par sa puissance d’évocation, le livre d'Erlanger nous restitue l’image d’un souverain pusillanime et inquiet, de ses deux épouses et d’une époque riche en rebondissements, alliances, guerres et réconciliations, les peuples n’étant alors que des pions ou des marionnettes entre les mains de souverains avides et ambitieux : image limitée et traditionnelle de l’histoire sans doute, mais dont la simplicité n’a pas fini d’exercer sa séduction.


Gisèle Durix
( Mis en ligne le 08/09/2000 )
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