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Histoire & Sciences sociales  ->  Biographie  
 

Le Prince de l'anarchie
Madeleine Grawitz   Bakounine
Calmann-Lévy - Biographie 2000 /  25.95 € - 169.97 ffr. / 630 pages
ISBN : 2-7021-3079-8
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A l'heure où de nombreux historiens s'interrogent sur le bilan du siècle qui s'achève, on est tenté de constater que le XIXè siècle a constitué une rupture par rapport au passé et a ainsi pesé sur le siècle suivant. L'éveil des nations, le tumulte des industries, la marche inexorable du progrès catalysent les aspirations politiques et les frustrations sociales pour engendrer l'idéal du "grand soir", la révolution. De nombreuses figures ont alors émergé dans toute l'Europe, qui ont incarné l'idéal révolutionnaire. Bien peu pourtant ont échappé aux oubliettes de l'Histoire, éclipsés par les héritiers de Marx et Engels. Essentiellement considéré comme le seul grand rival de Marx, Michel Bakounine a certainement marqué son temps et ses contemporains d'une façon plus profonde que l'oubli relatif dans lequel il est tombé peut le laisser supposer.

Madeleine Grawitz, s'appuyant sur une documentation et une bibliographie abondante, exhume dans son ouvrage un personnage tonitruant, démesuré mais tellement humain. Elle nous entraîne au gré des pérégrinations de Bakounine, de Moscou à Berlin, de la Sibérie à l'Italie, et nous fait sillonner une Europe encore meurtrie par les fracas de la révolution française et de l'épopée napoléonienne.

Michel Bakounine est issu de l'aristocratie russe au sein d'un empire aux moeurs politiques et sociales arriérées, garant de la stabilité de la vieille Europe. Les tsars ont érigé la Russie en bras séculier de la réaction face aux aspirations révolutionnaires et libertaires venues de France. Elevé dans le culte du tsar, de la religion orthodoxe et de la patrie, Michel voue une adoration sans bornes au cocon familial, en particulier à ses sœurs, avec lesquelles il entretient des relations quasi passionnelles. Après quelques années passées chez les cadets, il renonce à embrasser la carrière militaire pour se consacrer à la philosophie. La découverte des philosophes allemands l'entraîne à fréquenter les cercles d'étudiants moscovites puis étrangers où les heures se passent dans la fumée des cigares et les vapeurs de l'alcool à refaire le monde. Bakounine, par sa puissance intellectuelle, son allure de géant et son tempérament de meneur brille de toute son aura. Très vite pourtant, philosopher ne suffit plus à la démesure du personnage, il lui faut agir.

Dès lors, la vie de Bakounine est une cavalcade échevelée dont le seul point cardinal est la révolution. Entre les barricades du Paris de 1848, les geôles russes ou la Commune de Lyon, Bakounine entame une carrière d'agitateur, d'électron libre. Dans son inlassable quête du meilleur système politique possible, Bakounine en arrive à l'anarchie, car il met la liberté de l'individu au-dessus de tout. Utopiste grandiose, Michel donne parfois aux réalités les aspects de ses rêves et se livre avec passion à l'exaltation des veillées révolutionnaires. Eternel sans-le-sou, le grand révolutionnaire russe a toujours vécu aux crochets de ses amis. Il n'est cependant pas qu'un pique-assiette talentueux: Michel a le culte de l'amitié. Il conquiert les hommes autant par le coeur que par les idées. Bakounine est un séducteur, il frappe les esprits, et les années de cachot dans les prisons tsaristes en ont fait un mythe.

Aristocrate de la révolution, Michel cultive une désinvolture qui, lorsqu'elle tourne à la naïveté ou à l'inconscience, expose le malheureux à bien des erreurs. Qu'importe ! Bakounine trouve toujours quelque société secrète à créer, un complot à ourdir, un tract à diffuser. Reste que cette activité foisonnante, la confusion dans laquelle vit notre Russe, son peu d'insouciance du lendemain, dégagent une impression de brouillon, d'inachevé. Bien qu'il ait beaucoup écrit, et échangé des correspondances avec plusieurs grands noms de la mouvance socialiste, il reste malaisé pour le néophyte de comprendre la pensée bakouninienne, son évolution, sa finalité. Certes, Bakounine prône la destruction. Pour instaurer un monde plus juste, il lui semble indispensable de faire table rase du passé et de ses institutions. Il faut abattre les carcans qui oppriment le peuple, annihiler les outils qui servent à l'enchaîner. L'état est ainsi la bête noire de notre anarchiste russe. Pour autant, Bakounine refuse la violence à l'encontre des personnes. Comment alors faire la révolution sans heurts et malheurs? Là encore, la logique bakouninienne trouve ses limites.

On comprend aisément que Bakounine ait laissé sa trace dans l'Histoire plus comme le seul grand adversaire de Marx que comme l'un des fondateurs de la pensée socialiste et révolutionnaire. Il était impossible que les deux hommes ne s'opposent pas. A travers eux, c'est l'aristocrate qui combat le bourgeois, le Russe contre l'Allemand, l'Homme contre l'Etat. La confrontation était inéluctable, deux conceptions révolutionnaires s'affrontaient. Plus pragmatique, plus théorisée, plus structurée, la pensée marxiste s'imposa. Le souvenir de Bakounine et de son oeuvre s'est depuis estompé. Seuls quelques nostalgiques ou quelques révolutionnaires contempteurs du monolithisme bolchevique lors de la guerre d'Espagne ou des lendemains de mai 68 avaient tenté de sauver son héritage. Le très riche ouvrage de Madeleine Grawitz est une bonne occasion, pour un plus large public, de redécouvrir Bakounine et de lui rendre sa place au panthéon des grands révolutionnaires.


Philippe Alix
( Mis en ligne le 04/07/2000 )
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