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La ''gastrocratie''
Pascale Tournier   Stéphane Reynaud   Dans les cuisines de la République - Enquête sur les tables du pouvoir
Flammarion 2010 /  20 € - 131 ffr. / 261 pages
ISBN : 978-2-08-122936-5
FORMAT : 14,5cm x 22cm

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.
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Lors du Congrès de Vienne, la France fut représentée par Talleyrand. La tâche que Louis XVIII confia à celui que l'on surnommait naguère le «diable boiteux» n'était pas des plus aisées, loin s'en fallait, puisqu'il s'agissait de rendre à la France sa place en Europe et de contraindre les alliés à ne point sortir des «idées de modération et de calme». Pour ce faire, la suite du prince de Bénévent comportait une pièce maîtresse : le fameux cuisinier Carème. Talleyrand souhaitait en effet avoir la meilleure table de Vienne, car si la diplomatie s'enlise régulièrement lors des réunions officielles, elle aboutit non moins fréquemment lors des bals, fêtes et réceptions (A. Castelot, Talleyrand, pp.412-415).

On le voit, l'idée que la table est au centre du pouvoir n'est pas neuve. Naturellement, elle n'est pas née au XIXe siècle. Elle lui est bien antérieure. Cet «art du ventre» (p.12) est par ailleurs toujours d'actualité, comme s'attachent à le démontrer Pascale Tournier et Stéphane Reynaud. Leur dernier essai, intitulé Dans les cuisines de la République, est le fruit d'une longue enquête. Pendant plus d'un an, les deux journalistes ont partagé la table de personnalités politiques de tous bords. Les auteurs ont en outre recueilli les témoignages d'une pléthore de décideurs, comme Christine Lagarde, Anne Hidalgo, Jack Lang, Jean-Louis Debré et Bruno Lemaire, de nombreux autres parlementaires et de chefs très réputés.

Dès le prologue, les auteurs donnent une définition complète de ce qu'ils appellent la «gastrocratie» : «un système dans lequel la caste dirigeante utilise la table au sens large et la gastronomie comme des instruments de pouvoir politique et diplomatique, sans leur associer un projet de société global, économique, social et environnemental. La gastrocratie, concluent-ils, est indissociable d'une certaine forme d'hédonisme égoïste» (p.9).

En dépit de la «crise» et du souci d'«exemplarité» affiché par le Président de la République depuis juin 2010, «les politiques ne sont pas tous prêts à sacrifier leur qualité de vie. Le faire croire est une chose, ajoutent les deux journalistes, agir en est une autre». Si bien que finalement «la communication se substitue bien à la privation» (p.11), parce que «nos politiques sont gourmands». Si «Martine Aubry se pâme devant les superpositions chocolatées des tiramisus, Gérard Larcher ne jure que par les perdreaux et les pâtés en croûte». «Dominique de Villepin raffole des pâtes à la bottarga». «Xavier Darcos s'enflamme pour le lièvre à la royale, Jack Lang voue un culte à la tête de veau cuite à l'os» (p.12).

Dans leur ouvrage, Pascale Ternier et Stéphane Reynaud traitent du «narcissisme jouissif» dans lequel nos élites politiques se complaisent. «Il s'agit bien de se réunir en petit comité aux tables de quelques restaurants, de voir et d'être vu». Il n'existe ni adresse de gauche ni adresse de droite, puisque «la caste des politiques partage les mêmes origines sociales. A quelques exceptions près, tous ont fréquenté les mêmes écoles, Sciences-po, École polytechnique, École nationale d'administration ou HEC». La couleur politique est donc tenue pour quantité presque négligeable, car «tous parlent la même langue, et les palais sont habitués aux mêmes saveurs» (p.14), inaccessibles à la plupart des Français...

Au fil des pages, les auteurs égrènent les anecdotes - parfois insolites - et dénoncent une «fracture alimentaire» (p.251) entre les élites politiques et les citoyens.


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 04/01/2011 )
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