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La gauche monumentale
Jean-Jacques Becker   Gilles Candar    Collectif   Histoire des gauches en France - Coffret 2 volumes (poche)
La Découverte - Poche 2005 /  30 € - 196.5 ffr. / 1360 pages
ISBN : 2-7071-4738-9
FORMAT : 13,0cm x 19,0cm

Première publication en septembre 2004 (La Découverte).

- Tome 1, L'héritage du XIXe siècle
- Tome 2, XXe siècle : à l'épreuve de l'histoire

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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La distinction du monde politique entre droite et gauche est un tropisme français… Mais est-ce un équilibre (qui ferait de la gauche le pendant de la droite dans un système cohérent) ? Et qu’est-ce que la gauche? Une sensibilité ? Une culture ? Une idéologie ? Une mémoire ? Un refus ?

Il y a là un véritable objet historique, et c’est à son analyse selon divers angles que Jean-Jacques Becker et Gilles Candar consacrent un ouvrage important, fruit du travail de nombreux historiens. Et il était temps ! Dans une introduction historiographique riche, les auteurs soulignent l’inégalité de traitement, par les historiens, entre la droite et la gauche : s’il existe bien quelques histoire particulières (du socialisme, du communisme, du mouvement ouvrier via le Maitron) ou générales (Jean Touchard notamment), il manque à l’historiographie de la gauche une théorie synthétique comme celle de René Rémond, ainsi qu’une somme à la fois culturelle, sociologique et politique comme L’Histoire des droites en France (3 volumes, Gallimard). Le modèle, et la comparaison, s’imposent donc, d’autant que L’Histoire des gauches comprend quelques illustres transfuges venus de la première… C’est donc dans cette trace marquante et cette perspective ambitieuse que les auteurs ont envisagé l’ouvrage. Avec un indéniable succès. Qui a dit que l’histoire politique déclinait ?

Cette somme se divise en deux parties. Le premier volume est consacré au XIXe siècle. Si une longue partie chronologique s’impose, c’est surtout le traitement thématique qui fait la richesse et l’efficacité de ce XIXe siècle. Divers angles d’attaque ont été envisagés, généralement assez novateurs : les traditions et sociabilités, les grands combats, les débats, avec, plus spécifiquement, la question sociale et la question nationale, avec un portrait de l’homme de gauche sous la plume d’Alain Corbin. Dans le détail, le lecteur se trouve face à un panorama varié et un premier défi, celui de la définition : comment définir un objet qui n’existe que par des clivages successifs ? Quel est le lien entre un La Fayette et un Pierre Mendès-France ? Sans doute l’idée de progrès (dans un article définitif d’A. Rasmussen), au décalque de la religion (traitée magistralement par P. Boutry). Et comment insérer dans cette histoire quelques éléments constitutifs postérieurs, comme le marxisme et son manichéisme simplificateur ?

C’est la mémoire qui s’impose comme réponse dans ce premier volume, une mémoire non pas homogène et univoque, mais au contraire source de débat : comment disposer de l’héritage des Lumières ? Et si la Révolution, sous la plume éclairée de J. El Gammal, semble indiscutable, la figure de Napoléon, «homme de gauche», fait l’objet d’une interrogation de G. Candar, passant de l’oncle (discutable) au neveu (plus justifié, du moins jusqu’au pouvoir). Il en va de même pour les grands combats, en particulier l’instruction publique que J.-F. Chanet revendique pour une gauche qui s’identifie à la république combattante, puis victorieuse. Autre mémoire, celle de la société secrète, du banquet et des enterrements «stratégiques», du complot et de l’insurrection (tant l’histoire des gauches au XIXe est une histoire d’affrontements)… mémoire heurtée, rythmée par les «fièvres nationales», difficilement séparable des débats sur l’idée révolutionnaire (qui domine sans s’imposer durant tout le XIXe siècle). Les nombreux exils, qui scandent les échecs successifs, rappellent que cette gauche du XIXe est une gauche qui se forge généralement dans l’épreuve, mais qui forge aussi ses divisions. Le mythe de la «famille politique» de gauche naît alors, famille recomposée où les descendants de Saint-Simon voisinent avec ceux de Proudhon et de Marx. Mais la mémoire de la gauche n’est pas unanimiste, et l’étude revendique aussi une sorte de «droit d’inventaire» : dans les articles consacrés aux juifs et à l’antisémitisme (celui de gauche étant un peu rapidement évacué), aux femmes («l’ailleurs du politique» selon une belle formule de M. Riot-Sarcey), il apparaît que derrière une mémoire parfois lissée par les nécessités actuelles, le XIXe siècle des gauches fut parfois très obtus dans le domaine social.

Ce premier tome est très réussi, car le plaisir de lecture y alterne avec celui de la réflexion, et le tout est encore renforcé par le va et vient systématique entre un XIXe fondateur et le très contemporain, illustrant au passage les impasses et la permanence des divisions (notamment les dénis de mémoire du trotskisme).

C’est sur un portrait de famille que commence le second tome, une famille qui évolue avec son siècle, où les extrémistes d’hier (comme les radicaux de l’inévitable S. Berstein) deviennent les conservateurs d’aujourd’hui, où les cousins un peu éloignés et bruyants (les écologistes, proches, dans leur rejet du capitalisme et de ses visions scientifiques, du socialisme du XIXe…) jusqu’aux «compagnons de route» (mythiques ?) que sont les gaullistes de gauche. Mais quid des altermondialistes (évoqués dans l’économie, ou «à gauche de la gauche», et dont la confusion entretenue gêne l’analyse et le classement)? Avec ce second tome, on passe de la mémoire à la pratique : pratique gouvernementale, événements fondateurs, questions structurantes, vie quotidienne (les loisirs eux-mêmes identifient l’homme de gauche)...

Car si au siècle précédent, la gauche avait acquis une âme (multiple), elle se dote à ce siècle d’un corps politique (le militant, l’électeur, le sympathisant), organisé à partir de moments qui favorisent les regroupements et l’identification. Ces occasions de rassemblement (et de divergences) sont de plusieurs ordres, dans le doute des querelles nationales (de l’affaire Dreyfus, illustrée avec talent par V. Duclert, à l’Europe, dans un bel article de R. Frank, à la conclusion très actuelle) comme dans les lendemains de victoires (depuis le bloc des gauches jusqu’à la gauche plurielle). Le siècle des masses est celui des identifications politiques, des postures partisanes (voir l’article revigorant de C. Prochasson sur la morale et les mœurs) et de quelques tartufferies. Chaque événement, chaque étape de ce cheminement redéfinit (par accumulation) une sensibilité aux gauches, redéfinition fondée sur un modèle (notamment extérieur dans un article de F. Hourmant ), un contre-modèle (le fascisme, le cléricalisme…), un clivage (communisme/anticommunisme), une stratégie de conquête du pouvoir (comme l’envisage avec finesse P. Buton) voire un positionnement aux institutions et à l’Etat (et M.-O. Baruch constate qu’en dépit de sa présence fréquente à la tête de l’Etat, la Gauche ne l’aura finalement pas «pensé» mais seulement étendu, même si le «mythe» de sa réforme y est tout aussi valide qu’à droite). Une figure se distingue dans cet ensemble : celle de l’intellectuel, seule catégorie sociale à se trouver gratifiée d’un article, chez qui l’adhésion le dispute à la conversion. Au final, c’est toutefois un «homme de gauche» fédérateur qui demeure et qui fait le pendant avec celui d’A. Corbin, donnant un corps à cette histoire.

L’ensemble est vaste, foisonnant d’idées, de pistes, et constitue une référence désormais incontournable, issu d’une méthodologie qui a fait ses preuves depuis les Lieux de Mémoires de P. Nora, ou encore les nombreux dictionnaires critiques (de la Révolution, de la République…). Peut-être manque-t-il quelques notions débattues (l’amnistie, l’épuration, la justice, les fonctionnaires…) et les syndicats, éparpillés, auraient mérité un article (aux marges du politique ?). Pas d’esprit partisan dans cette histoire, mais peut être chez certains une tendresse pour l’objet en question… Comme le constate J.-J. Becker dans un «Homme de gauche au XXe siècle», la gauche jouit dans nos sociétés d’un préjugé positif, mais représentation autant que réalité politique, elle suppose également une redéfinition constante qui est la marque du politique, territoire de l’instable.

En lui-même, l’ouvrage est déjà fort réussi et très utilisable… Chaque article est suivi d’une bibliographie en général efficace, mélangeant sources et études. Mais les auteurs en ont fait un outil scientifique de premier ordre en lui adjoignant, outre l’irremplaçable index nominal (des personnages, des partis et organisations), un index des notions qui rendra des services insignes aux lecteurs pressés. L’instrument, très pratique, étant absent du modèle «adverse» – l’Histoire des droites –, on est tenté de clore par cet ultime satisfecit une recension impressionnée.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 04/12/2005 )
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