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L’histoire est toujours contemporaine
Enzo Traverso   Le Passé, mode d'emploi - Histoire, mémoire, politique
La Fabrique 2005 /  14 € - 91.7 ffr. / 136 pages
ISBN : 2-913372-47-3
FORMAT : 13,0cm x 20,0cm

L’auteur du compte rendu : Philippe Poirrier est Professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne. Il est notamment l’auteur de plusieurs ouvrages d’historiographie : Aborder l’Histoire (Seuil, 2000) et Les Enjeux de l’histoire culturelle (Seuil, 2004).
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Cet essai du politiste et philosophe Enzo Traverso s’ouvre sur la proposition d’Antonio Gramsci : «L’histoire est toujours contemporaine, c’est à dire politique». L’ambition affichée par l’auteur est de reprendre l’analyse des relations entre l’histoire et la mémoire, et d’étudier certains aspects de l’usage public du passé.

Cette problématique, aujourd’hui largement travaillée par les historiens, n’étonne pas chez un auteur dont les travaux, depuis quinze ans, se situent à la confluence de l’histoire des idées, de l’histoire intellectuelle et de l’historiographie. Depuis ses premiers travaux (Les Marxistes et la question juive. Histoire d’un débat, 1990) jusqu’à ses derniers ouvrages (Le Totalitarisme. Le XXe siècle en débat, 2001 ; La Violence nazie. Une généalogie européenne, 2002 ; La Pensée dispersée. Figures de l’exil judéo-allemand, 2004), Enzo Traverso a construit une œuvre reconnue, et a croisé à maintes reprises cette question des usages publics du passé.

L’ouvrage s’articule autour de six contributions, dont certaines ont déjà été publiées. Le premier chapitre reprend la question des rapports entre histoire et mémoire. L’historien est certes redevable de la mémoire mais il contribue aussi à la former et à l’orienter. Le second, s’appuyant sur la distinction entre mémoires «fortes» et mémoires «faibles», analyse les processus d’historisation de certaines mémoires. Plus la mémoire est «forte», plus sa mise en histoire est susceptible de se concrétiser. L’auteur souligne combien mémoire et histoire interagissent en permanence. Le troisième chapitre étudie la posture de l’historien entre juge et écrivain. Un quatrième chapitre s’interroge, à partir des situations contrastées de la mémoire de la Shoah comme «religion civile» et l’éclipse de la mémoire du communisme, sur les usages politiques du passé. Le chapitre suivant ouvre logiquement sur les dilemmes des historiens allemands. Enzo Traverso montre comment et pourquoi le concept de «fascisme» — jadis central chez les historiens de la RDA — a quasiment disparu de l’historiographie allemande depuis la réunification. Cette disparition est une conséquence du consensus à la fois antitotalitaire libéral et «anti-antifasciste», et de l’émergence d’une conscience historique fondée sur la mémoire de la Shoah. Un dernier chapitre, particulièrement bienvenu, analyse les métamorphoses du concept de «révisionnisme». L’auteur préfère ne conserver ce concept que pour la controverse soulevée par Bernstein au sein de la social-démocratie allemande, et signale les dérives d’un usage non contrôlé. Il s’agit certes de combattre les tendances apologétiques — nettement perceptibles ces dernières années — dans l’historiographie du nazisme et du fascisme, mais sans pour autant leur opposer une vision normative de l’histoire.

Le grand mérite de cet essai est de traiter cette question des relations entre histoire et mémoire en mobilisant une large bibliographie qui puise ses références au sein des historiographies françaises, italiennes, allemandes et anglo-américaines. Aussi, l’auteur présente, avec un grand souci didactique, des configurations qui dépassent la seule perspective franco-française. Sa connaissance fine du débat en Allemagne apporte un plus indéniable.

En filigrane, Enzo Traverso ne manque pas de pointer les dangers d’une instrumentalisation de l’histoire. Il plaide à juste titre pour le maintien d’une perspective critique, et souligne les apories qui guettent toutes les formes d’histoire officielle. Il est peu dire que cette question est aujourd’hui d’une brûlante actualité, en France comme ailleurs.


Philippe Poirrier
( Mis en ligne le 18/12/2005 )
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