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La démocratie revivifiée
Pierre Rosanvallon   Le peuple introuvable - Histoire de la représentation démocratique en France
Gallimard - Bibliothèque des histoires 1998 /  25.19 € - 164.99 ffr. / 379 pages
ISBN : 2-07-075200-3
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<i>Le sacre du citoyen et Le peuple introuvable constituent les deux premiers volumes de la série que Pierre Rosanvallon consacre depuis bientôt une dizaine d’années à la démocratie. Parti de l’histoire du suffrage universel, celui-ci élargit depuis sa réflexion à celle des mécanismes de représentation politique avant de l’étendre à nouveau au thème de la souveraineté du peuple (La démocratie inachevée, Gallimard, 2000). Sa démarche est originale : Pierre Rosanvallon se défie des généalogies, autrefois courantes dans le domaine des sciences politiques, où l’on faisait courir, dans un esprit dérivé d’une sociologie primitive, d’hypothétiques familles d’esprit à travers les siècles (le "bonapartisme", l’"orléanisme"…), donnant ainsi une espèce de base sociale à l’histoire des idées politiques.

Plutôt que de s’inscrire dans ce type de parentés idéologico-sociales, Pierre Rosanvallon s’occupe avant tout du politique et entend lui restituer sa complexité : à la fois doctrine, pratique institutionnelle, et mise en œuvre au quotidien d’une idéologie ou d’un programme. Des physiocrates à l’époque contemporaine, il replace dans leur contexte, autour des thèmes du suffrage universel et de la représentation politique, les querelles doctrinales propres à chaque époque, leur restituant leur cohérence et leur logique : l’intérêt de cette approche est de bien faire apparaître, au fil de portraits successifs, à la fois la prégnance de certains modèles à travers les âges et les particularités de l’époque historique dans lesquels ils s’inscrivent. Cette démarche amène des rapprochements inédits, comme ceux que l’auteur établit entre certains notables de la monarchie de Juillet et les Républicains du début de la IIIe République.

La chronologie qu’il établit est la suivante : La Révolution a entraîné une grande confusion dans le processus de démocratisation de la France. A la différence de l’Angleterre, où la population accède de manière successive et progressive aux droits civiques, politiques et sociaux (de l’Habeas corpus à l’élargissement progressif du droit de suffrage jusqu’au développement de l’Etat-providence), la France fait une première expérience relativement confuse des droits civiques et politiques dans la tourmente révolutionnaire. Dès lors, la Révolution concentre tout à la fois les aspirations nostalgiques de l’extrême-gauche et les réticences de la droite qui, sans pouvoir renier officiellement les avancées démocratiques de cette époque, s’efforce de les réduire à néant par la mise en place d’un système capacitaire. Le peuple, à qui l’on reproche une trop partielle accession à la Raison, se voit, sous les monarchies censitaires, privé d’une partie de ses droits acquis.

La Révolution de 1848 qui instaure le suffrage universel, puis le réduit aussitôt, vient perturber ce schéma : Louis-Napoléon Bonaparte a dès lors beau jeu de le rétablir après son coup d’Etat et de se présenter en défenseur du peuple, d’autant plus qu’il lui accorde, par le biais du plébiscite, une possibilité d’intervention directe dans la vie politique. Méfiants à l’égard d’un suffrage universel que le régime précédent a eu trop de facilité à manipuler à son profit, les Républicains, instaurent, à partir du début des années 1880, ce que Pierre Rosanvallon appelle une "démocratie d’équilibre", compromis instable qui exclut notamment les femmes (ce qui devrait interdire de parler de suffrage universel avant 1945) et mêle une conception élitiste de la société, la mise en place de processus souvent informels ou para-institutionnels d’information du gouvernement (des conseils supérieurs de la IIIe République au Plan des années 1950 en passant par le Conseil national économique de l’entre-deux-guerres) et une croyance dans les vertus du groupe, conceptualisée par la sociologie de Durkheim et qui place les partis au cœur du système démocratique français. Analysant l’histoire des partis et du syndicalisme, l’auteur montre comment ceux-ci ont, jusque dans les années 1980 , permis de compenser les lacunes initiales du compromis formulé plus d’un siècle plus tôt, au début de la IIIe République.


On pourra trouver deux limites à la méthode utilisée par l’auteur. Les historiens pourront dire que, contrepartie, sans doute, de son important travail bibliographique, Pierre Rosanvallon donne parfois trop d’importance à des documents parfois secondaires, certes intéressants, mais qui doivent être rapportés aux circonstances exactes dans lesquels ils ont été produits : faut-il accorder tellement d’importance aux plaintes (en privé) des Républicains contre le suffrage universel ? Tous les propos d’un homme politique doivent-ils être mis sur le même plan ou, au contraire, ne faut-il pas d’abord les replacer dans le contexte particulier dans lequel ils ont été prononcés ? Une phrase de meeting (et l’on sait quel tribun était un homme comme Gambetta) ou une lettre privée, essentielle à la biographie d’un personnage, ne peuvent être mis sur le même plan qu’un discours de politique générale. Les politistes regretteront, eux, une démarche aux résonances un peu nostalgiques, qui pour s’attacher abondamment aux formes du passé, tarde à formuler ses conclusions dans le présent. Car Pierre Rosanvallon aborde essentiellement la question de la démocratie comme concept politique, alors même qu’elle semble aujourd’hui un enchevêtrement de droits politiques, sociaux et même économiques (revenu minimum d’insertion…), si bien que son analyse, très pertinente pour le XIXe siècle, où la question démocratique appelait surtout une réponse politique, paraît souvent partielle ou incomplète pour le XXe siècle.

Ces deux points n’enlèvent rien à l’importance de la réflexion historique menée par Pierre Rosanvallon : celui-ci manifeste une grande clarté dans l’expression et l’enchaînement de ses idées, tout en fondant ses développements sur des dépouillements bibliographiques considérables, ce qui fait de la lecture du Sacre du citoyen et du Peuple introuvable une excellente présentation de l’histoire des idées politiques de la période.


Jean-Philippe Dumas
( Mis en ligne le 05/06/2001 )
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