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Réflexions sur la violence
Slavoj Zizek   Violence
Au Diable Vauvert 2012 /  23 € - 150.65 ffr. / 320 pages
ISBN : 978-2-84626-399-3
FORMAT : 13,0 cm × 19,5 cm
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Slavoj Žižek (né en 1949 à Ljubljana) est un philosophe et psychanalyste slovène. Diplômé d’un doctorat en philosophie de l'Université de Ljubljana, il a étudié la psychanalyse à l'Université de Paris VIII avec Jacques-Alain Miller et François Regnault. Il est connu pour son utilisation des travaux de Jacques Lacan sous l'angle de la culture populaire ainsi que pour ses analyses de Hegel. Il a écrit sur divers sujets comme le fondamentalisme, la tolérance, le politiquement correct, la mondialisation, la subjectivité, les droits de la personne, le postmodernisme, le multiculturalisme, le marxisme…

Électron libre de la pensée philosophique, Slavoj Žižek écrit et publie beaucoup. Le voici de retour dans un excellent livre qui aborde la violence au cœur des sociétés libérales. L'avènement du capitalisme, voire de la civilisation, cause-t-il plus de violence qu’il n’en empêche ? Et se pourrait-il que la forme d’action la plus appropriée contre la violence soit aujourd’hui de la contempler, de penser ?

Dans son style habituel, Slavoj Žižek emprunte moult références au domaine philosophique mais aussi à la culture populaire (films récents, blagues...). Il commence son analyse par l’autopsie de la fausse antiviolence puis enchaîne sur la défense de la violence émancipatrice, prenant comme point de départ l'hypocrisie de ceux qui, tout en combattant la violence subjective, exercent une violence systémique générant le phénomène même qu'ils exècrent.

Slavoj Žižek part du fait que la violence subjective n'est que la part la plus visible d'un triptyque mobilisant deux autres types de violence objective.  Pour lui, la violence «symbolique» est incarnée dans le langage et ses formes mais celle-ci n'est pas seulement à l'œuvre dans les cas évidents d'incitation à la violence et de rapports de domination sociale reproduits dans les formes courantes de discours. Il existe aussi une forme de violence plus fondamentale, inhérente au langage lui-même et à l'univers de sens qu'il impose. Il parle de violence «systémique», liée aux rouages de nos systèmes politico-économiques dont elle traduit les effets dévastateurs. Il poursuit avec la cause première de la violence, dans la peur du prochain, et montre à quel point celle-ci s'inscrit dans la violence inhérente au langage. Ce qui permet au philosophe de remettre en cause l’apparition d’une nouvelle sorte de libéralisme.

Slavoj Žižek étudie ensuite les trois types de violence qui hantent les médias (violence juvénile «irrationnelle» dans les banlieues parisiennes en 2005, récents attentats terroristes et chaos à La Nouvelle-Orléans après l'ouragan Katrina) ; il analyse les antinomies de la raison tolérante à propos des manifestations suscitées par l'affaire des caricatures de Mahomet puis démontre les limites de la notion de tolérance à la base de l'idéologie actuelle ; il termine son exposé par la dimension émancipatrice de la violence divine théorisée par Walter Benjamin, plus contestable.

En six chapitres, rythmés comme des phrases musicales, Slavoj Žižek analyse nos démocraties permissives libérales et tente d'en voir les chausse-trappes. Cet essai sur la violence est assez brillant et écrit d’une façon tourbillonnante ; le philosophe passe du coq à l’âne même si son style est assez simple à comprendre. En même temps, il reste détonnant et surprenant par la façon qu'il a de retourner les habituelles interrogations et affirmations que l’on donne aux événements. Au fond, quelles sont nos véritables motivations, celles qui guident nos comportements et agissements ?

Slavoj Žižek fait feu de tout bois concernant la post-modernité et sa violence cachée, notamment vis-à-vis du multiculturalisme : «le problème de la lutte multiculturaliste politiquement correcte contre le racisme n'est pas son antiracisme excessif, mais son racisme dissimulé» (p.159). Il explique aussi que les vraies caricatures de l'Islam résident dans ces violentes manifestations antidanoises elles-mêmes, offrant des musulmans une image ridicule, en parfaite adéquation avec les clichés occidentaux. D'autant que ces manifestations s'établissent sur fond de tolérance envers autrui : «Cette constel­lation reproduit parfaitement le paradoxe du surmoi : plus vous obéirez à ce que l'Autre exige de vous, plus vous serez coupable. En quelque sorte, le plus tolérant vous serez envers l'islam, plus sa pression se fera fortement sentir» (pp.156-157).

L'égalitarisme, voire l’ouverture tant proclamée, se fondent, d'après le philosophe, sur la jalousie, reposant sur l'inversion du renoncement classique au bénéfice des autres : «Je suis prêt à renoncer à cela pour que les autres ne puissent pas l'avoir (non plus) !» ; «Loin de s'opposer à l'esprit de sacrifice, le mal apparaît ici comme l'esprit même de sacrifice, la volonté d'ignorer mon propre bien-être si, à travers mon sacrifice, je peux priver l'Autre de sa satisfaction...» (p.128). Un phénomène que Nietzsche et Freud avaient déjà repéré.

Reprenant l'analyse du philosophe Clément Rosset, Slavoj Žižek montre ainsi que ce n'est pas la réalité qui pose problème en soi mais l'imagerie moraliste que les hommes s'en font. Et c’est bien de cela dont il s’agit, la formation symbolique chez l’être humain, donc le langage qui est en même temps nécessaire, fondamental mais problématique : «Prenons l'exemple des pogroms antisémites, cas typique de violence raciste. Ce que le participant aux pogroms trouve intolérable et insupportable, ce qui le fait réagir, ce n'est pas la réalité immédiate des juifs, mais la figure/image du «juif» qui a été construite et véhiculée au sein de sa tradition culturelle. Or l'individu lambda ne fait pas spontanément la différence entre les juifs réels et l'image antisémite qu'il se fait d'eux — laquelle image, en plus de surdéterminer ma vision des juifs réels, affecte la vision qu'ils ont d'eux-mêmes. Ce qui, aux yeux d'un antisémite, rend «intolérable» la présence d'un juif réel dans la rue, ce qu'il s'efforce de détruire lorsqu'il s'attaque à lui, autrement dit la véritable cible de sa fureur, n'est autre que cette dimension fantasmatique» (p.93). N’oublions pas que le sous-titre à cet essai est «La violence n’est pas un accident de nos systèmes, elle en est la fondation».

On comprend l’optique du philosophe qui est de rechercher les soubassements de nos indignations et de nos imageries. Slavoj Žižek analyse donc les deux faces de nos sociétés occidentales, l'une étant le système politico-économique et l'autre le discours par exemple humanitaire. Il prend l’exemple de Bill Gates, incarnation du libéralisme le plus débridé et en même temps l’humanitaire le plus affiché. Il serait facile de dire que Bill Gates ment (parce que c’est Bill Gates) sans remettre en cause l’exhibition de toute cause humanitaire qui l’enrobe de sa pureté. Conclusion de Slavoj Žižek : «La charité n'est qu'un masque généreux dissimulant le vrai visage de l'exploitation économique. Dans le cadre d'un incroyable chantage surmoïque à grande échelle, les pays développés «aident» les nécessiteux à coups de subventions et de crédits, s'évitant ainsi d'affronter la question majeure de leur complicité et de leur co-responsabilité dans la triste réalité du sous-développement» (p.36).

Slavoj Žižek voit ce phénomène à l’œuvre dans de petits faits que l’on ne remarque pas forcément. Et avec son humour habituel ! Il remarque par exemple, d’après une enquête, que des scientifiques vénézuéliens ont réussi grâce à des manipulations génétiques à mettre au point des fayots qui ne génèrent ni mauvaises odeurs, ni flatulences embarrassantes en société ! Nous avons eu le café décaféiné, le Coca Light et la bière sans alcool, voici maintenant le fayot sans flatulence !


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 29/05/2012 )
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