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Etude de genre
Thomas Laqueur   La Fabrique du sexe - Essai sur le corps et le genre en Occident
Gallimard - Folio essais 2013 /  9.95 € - 65.17 ffr. / 517 pages
ISBN : 978-2-07-045078-7
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm
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Depuis quelques années, le débat fait rage entre l'idée que la différence biologique influencerait les comportements sociaux et celle selon laquelle le genre dépasserait le biologique, l'idée que le sexuel ne serait pas déterminé par le physiologique. Une thèse essentialiste (le sexe détermine l'individu) contre une thèse libertaire (l'individu détermine son sexe), avec des nuances entre ces deux pôles. C'est sans doute d'ailleurs la radicalisation des deux thèses qui est en elle-même problématique.

Dans le présent essai, Thomas Laqueur propose un (long) survol historique des relations complexes et ambiguës qui existent entre le sexe (biologique) et le genre (socioculturel). Il tente de démontrer que genre et rôle social selon le sexe ne sont pas les fruits d’une différence biologique réelle, mais plutôt, selon lui, de la lecture culturelle que l'on fait du biologique.

Tout d'abord, Thomas Laqueur montre comment l'Occident est passé du schéma du sexe unique (le sexe dépend du genre) au schéma des deux sexes (le genre dépend du sexe). Cette vision du sexe unique a régenté les représentations du masculin et du féminin de l’Antiquité jusqu'au XVIIIe siècle. Pendant longtemps, les hommes et les femmes ont fait partie d’un même univers. Leurs différences physiques sont alors la traduction dans le corps de leur prétendue perfection métaphysique. C'est à cause de ces qualités que le corps est masculin ou féminin. L'homme représente la perfection et les organes sexuels masculins et féminins sont pensés comme identiques, le corps féminin étant vu comme une version du corps masculin. Ceux des hommes sont à l’extérieur, alors que ceux des femmes sont à l’intérieur et cette identité induit que l’utérus est un pénis passif. A ce propos, Thomas Laqueur disserte longuement sur les approches d'Aristote et sur sa conception qui modèle la perception des corps et empêche une nomenclature anatomique précise des organes génitaux féminins. De plus les femmes ne produisent pas de semence, le pneuma, le souffle vital.

C'est au XVIIIe siècle qu'émerge le modèle des deux sexes à une époque où une histoire naturelle de l’Homme se développe. Selon cette conception, le sexe biologique fonde le genre. Du coup, les hommes et les femmes sont différents, par essence. Les comportements, attitudes et rôles entre hommes et femmes trouvent leurs fondements dans le biologique, les différences entre les sexes. Thomas Laqueur rappelle que les deux conceptions coexistent et selon les époques l’une ou l’autre prend le dessus. Il en passe par Sigmund Freud en indiquant chez lui l’apparition d’une vision du modèle «unisexe».

Thomas Laqueur tente ainsi de montrer que ce modèle à «deux sexes» n’est pas la conséquence de l’évolution de la science. Le problème de la thèse de Thomas Laqueur est en fin de compte de nier cette différence sexuelle qui ne serait pas inféodés à des faits biologiques ou à des faits sociaux ou économiques, eux-mêmes soumis à leurs exigences culturelles intrinsèques. C'est-à-dire que la définition du sexe est influencée par les représentations culturelles. On se pose une simple question : pourquoi la nature se serait-elle entêtée à créer deux sexes pour que l’esprit humain puisse réfuter la différence anatomique de base ?

Le problème posé semble alors tourner en rond. Car comment un être humain peut-il vivre sans représentation culturelle ? Or, il ne suffit pas de dire que le biologique soit influencé par une représentation culturelle pour relativiser le biologique. D’ailleurs, cette vision culturelle peut être totalement fantasmée par rapport à son objet. On laisserait sinon libre cours à une autodéfinition permanente de l’individu sans aucune relation avec le concret, avec le biologique justement. De même, le dilemme est aiguisé par le fait que l’être humain n’est pas non plus absolument déterminé par son simple sexe biologique.

Le texte ne facilite pas la clarté de la thèse, accumulant moult détails, dans une forme froide et passablement sèche, avec une multitude de notes qui rend le tout assez «lourd» à lire et comprendre.

Thomas Laqueur se situe dans la tendance culturelle accordant une prédominance au genre plutôt qu'au sexe. Le dilemme de départ reste donc entier.


Yannick Leloup
( Mis en ligne le 02/07/2013 )
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