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Voyage en terre noble…
Eric Mension-Rigau   Enquête sur la noblesse - La permanence aristocratique
Perrin 2019 /  24 € - 157.2 ffr. / 395 pages
ISBN : 978-2-262-06774-8
FORMAT : 15,5 cm × 24,0 cm
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Professeur d’histoire à la Sorbonne, Eric Mension-Rigau est un spécialiste des élites françaises, et plus particulièrement de l’aristocratie, depuis la Révolution. Dans son avant-propos, il indique sa démarche, déchiffrer codes, comportements, langage de la noblesse : «Depuis plus de trente ans, j’ai recueilli en abondance récits, impressions, anecdotes, petits faits exemplaires qui aident à préciser les idées. (…) Dans ce vaste réservoir de conversations, de confidences et de réflexions, j’ai abondamment puisé pour écrire ce livre». Ses sources sont aussi les mémoires, autobiographies, archives, textes littéraires dont Marcel Proust, à peu près inévitable pour ce sujet : «L’auteur de La Recherche n’a jamais été intimement lié aux vieilles familles de l’aristocratie. (…) ne reculant devant aucune flagornerie dans l’espoir vain de tisser des liens d’amitié». Toutefois Eric Mension-Rigau concède : «(..) il a parfaitement compris son fonctionnement et excelle à juger les attitudes et les conduites».

Dans cet épais volume, Eric Mension-Rigau s’interroge donc sur la «permanence aristocratique», en fondant sa réflexion sur les notes et matériaux qu’il a accumulés au cours de sa vie professionnelle. Son texte fait une large part à des citations d’interlocuteurs appartenant à ce milieu, dont il préserve l’anonymat, en se bornant à indiquer leur sexe et leur date de naissance. Un milieu qui le fascine et dont il épouse avec ardeur la cause. L’interrogation qui sous-tend son travail est celle de la transmission de ce mode de vie, de ses valeurs etc. Transmission qui s’est opérée jusqu’à nos jours, mais dont il craint qu’elle soit parvenue à son terme. S’il constate la permanence de la noblesse parmi les élites françaises, permanence due à sa grande faculté d’adaptation, à l’aura de prestige qui l’a toujours entourée et qu’elle a su entretenir, en revanche les menaces actuelles viennent plutôt de l’intérieur de ce milieu, de générations plus jeunes, détachées des terroirs ruraux, ouvertes à la mondialisation et peu soucieuses de contraintes lourdes, telles par exemple l’entretien des châteaux et des propriétés familiales.

L’ouvrage, complété d’une bibliographie et d’un index, les notes étant repoussées en fin de volume, comporte deux parties : ''La noblesse, classe de mémoire'', et ''Être noble : pratiques et manières''. La mémoire est en effet un élément essentiel pour ce milieu : mémoire des ancêtres, sentiment d’appartenir à une lignée au rôle prestigieux, effacement de l’individu dans son groupe familial et social dont il ne forme qu’un maillon d’une longue chaîne. Ceci conduit l’auteur à poser la définition de la noblesse en France, définition particulièrement exigeante et contrôlée depuis 1932 par l’Association de la noblesse française (ANF) : «L’admission est en effet soumise à un avis de la commission des preuves qui exige la présentation pour tout candidat, d’actes prouvant sa filiation masculine, naturelle (par le sang) et légitime (dans le cadre du mariage), d’un ancêtre ayant incontestablement possédé la noblesse héréditaire sous un régime la reconnaissant». Autant dire que si les candidats sont nombreux, tel n’est pas le cas des élus : actuellement, l’association compte 6000 membres. Un milieu étroit, menacé également par l’évolution de la société : les divorces, les remariages, les adoptions, etc., qui ne rentrent donc pas dans le cadre prévu. L’auteur prend à cœur de dénoncer les abus enregistrés, les petites ruses et manœuvres pour se faire reconnaître nobles par certains parvenus, mais aussi par certains membres de famille de noblesse immémoriale désireux de transmettre leurs titres à leurs enfants ; il s’interroge longuement sur les prétentions à arborer les titres familiaux, alors que ces héritiers sont issus d’un remariage, ou d’une adoption, ou encore nés après le mariage religieux de leurs parents, autant de critères qui les en exclut selon les normes strictes de l’ANF.

Ce milieu se caractérise par des valeurs et un mode de vie dont un des symboles est le «château» ; un jour peut-être faudra-t-il écrire ''était'' en raison de la désaffection actuelle due tout à la fois au code civil qui impose l’égalité successorale entre héritiers, au déclin de l’habitude dans les familles de privilégier le fils aîné pour maintenir la propriété familiale, au coût d’entretien de demeures dont le sens n’est plus perçu par les jeunes générations. Il en est de même des meubles qui font l’objet d’une désaffection générale. Or châteaux, objets, archives, meubles, etc., étaient les signes visibles de cette importance de la transmission héréditaire et de l’attachement à la lignée. Restent les comportements, l’art du savoir-vivre, la courtoisie, la «bonne éducation» qui suppose la maîtrise de soi et le respect des codes, la transmission d’usages, de prénoms, bref de tout un patrimoine symbolique, sans doute entamé si l’on en juge d’après les témoignages cités, mais qui demeure cependant.

Une interrogation finale : la noblesse poursuivra-t-elle son évolution séculaire en s’adaptant aux normes sociales nouvelles ? Pour l’auteur, elle peut jouer un rôle essentiel dans la société actuelle : «Dans une société guidée par le culte de l’urgence et du résultat, où le souci de la rentabilité affaiblit le désir de perfection morale et esthétique, elle offre une boussole de sens : elle rappelle la nécessité de la lenteur, de la la continuité, de l’attachement aux permanences et, mieux qu’aucun autre groupe social, manifeste la force propulsive du passé».

Un ouvrage de lecture agréable, sur un milieu qui demeure fascinant autant par ses aspects conservateurs que par son adaptabilité constante, et son aisance à répondre à des enjeux sans cesse renouvelés.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 15/07/2019 )
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