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Histoire & Sciences sociales  ->  Sociologie / Economie  
 

La praxéologie en action ou l'économie comme science des moyens
Ludwig von Mises   Abrégé de L'Action humaine, traité d'économie
Les Belles Lettres - Bibliothèque classique de la liberté 2004 /  15 € - 98.25 ffr. / 215 pages
ISBN : 2-251-39037-5
FORMAT : 14x21 cm

L'auteur du compte rendu: Guy Dreux est professeur certifié de Sciences Economiques et Sociales en région parisienne (92). Il est titulaire d'un DEA de sciences politiques sur le retour de l'URSS d'André Gide.
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Ludwig von Mises (1881-1973) est connu pour appartenir à l'un des trois courants de la théorie néoclassique, l'école autrichienne fondée par Carl Menger. Mais cela dit, il faut bien avouer que peu d'entre nous ont réellement lu cet auteur.

S'il n'est qu'un abrégé de Human Action, a Treatise on Economics publié en 1949, l'ouvrage proposé par les Belles lettres présente le grand intérêt de permettre de lire un auteur en effet plus souvent cité qu'étudié. Une lecture qui n'est d'ailleurs pas réservée à un public de spécialistes puisque Mises, fidèle à la tradition de l'école de Vienne, fait partie de ces "économistes littéraires".

On découvre un auteur qui, tout en défendant une analyse strictement libérale, n'en est pas moins particulièrement critique envers les autres courants marginalistes, l'école de Lausanne de Walras et l'école de Cambridge de Marshall. L'utilisation outrancière des mathématiques est une de ses premières critiques de fond. Selon lui, la méthode mathématique "doit être rejetée" car elle est "stérile", "tout à fait vicieuse, partant d'hypothèses fausses et conduisant à des inférences fallacieuses" (p.50). Cette approche est non seulement inféconde, mais aussi nuisible puisqu'elle détourne l'esprit de "l'étude des problèmes réels".

De même, il réfute catégoriquement "la construction imaginaire de l'économie en rotation uniforme", ce qui renvoie aux théories de Walras sur l'équilibre général, entendons une situation d'équilibre sur l'ensemble des marchés simultanément. Cette théorie n'est pas simplement rejetée en raison de son caractère spéculatif. Pour Mises, elle est incapable d'intégrer convenablement deux éléments essentiels de l'activité économique : le temps et la monnaie. En effet, à supposer un environnement où les prix sont stables et où les agents sont omniscients (le fameux homo oeconomicus), les hommes vivants sont remplacés par des "automates" et "la notion même de monnaie s'évanouit en un processus de calcul sans substance" (p.47). On pourra d'ailleurs consulter, pour un développement plus contemporain de ces critiques, l'ouvrage particulièrement intéressant de Jacques Sapir, Les trous noirs de la science économique(Seuil, Points, 2003).

Si Mises reste dans une défense sans faille du libéralisme économique, il ne partage donc pas bon nombre d'éléments qui font aujourd'hui partie de ce que l'on appelle l'analyse économique standard. Ce point est important au regard des formidables développements de la modélisation en science économique aujourd'hui.

Son approche réaliste de l'économie, Mises la nomme praxéologie. Cette science de l'action humaine, qui se veut universelle et générale, se distingue de la psychologie ou de certains courants de la sociologie en ce sens qu'elle ne s'intéresse qu'aux moyens de l'action, non aux fins ou aux motifs. Revendiquant cette "neutralité axiologique" (p.70), Mises ne reconnaît qu'un seul ressort de l'action : "Chaque action est motivée par le désir d'éliminer une gêne ressentie." (p.27) Comment les gens qualifient cette gêne ? Quels sont les motifs de l'action ? La science économique n'a rien à en dire. "La seule norme qu'elle applique est : les moyens choisis sont-ils ou non appropriés à la réalisation des fins visées ?" (p.34)

A partir de cette définition de l'économie, Mises entend démontrer que le marché est l'environnement le plus adéquat à rendre les actions humaines efficaces. Il garantit la "souveraineté des consommateurs" puisque eux seuls dirigent ses évolutions. Plus encore, le marché est présenté comme un environnement idéal où n'existe aucune distinction réelle entre les individus. Ainsi pour Mises, consommateurs et propriétaires des moyens de productions ne sont pas réellement distincts, la production et la consommation n'étant que "des étapes différentes de l'action" (p.164).
Dans cette présentation, aucune distinction sociale, encore moins de conflit, ne subsiste puisque les propriétaires des moyens de production sont présentés comme de simples mandataires des consommateurs : "Les consommateurs attribuent le contrôle des moyens de production à ceux qui savent comment les utiliser au mieux pour la satisfaction des besoins les plus urgents des consommateurs" (p.166).

Le marché apparaît donc chez Mises comme une sorte d'horizon indépassable, ou plus précisément un environnement que l'économie, en tant que discipline scientifique, n'a pas à interroger. Il constitue notre "corps social primordial", où "la relation d'échange est la relation sociale fondamentale" (p.149), et dans le cadre duquel la question de la liberté ne doit pas être envisagée dans un sens métaphysique (p.86). C'est un cadre social simplement préférable puisqu'il assure au mieux la coopération, la richesse et la sécurité (p.87).

Rien d'idéal donc, mais Mises affirme la supériorité du marché sur tout autre ordre social pour qui, comme lui, est attaché à la liberté des individus. Une liberté, dirions nous.


Guy Dreux
( Mis en ligne le 05/01/2005 )
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